Gouvernance : la corruption au bout du sifflet

Longtemps décriée et quelques fois « sanctionnée », la corruption à ciel ouvert par divers corps de l’Etat se porte plus que jamais bien. Fatalité ?

écouter l’éditorial

Le 9 mai 2017, le Secrétaire d’Etat à la défense en charge de la gendarmerie nationale Jean Baptiste Bokam, envoyait un message porté  au commandant de compagnie de la région n° 2 de Douala avec  pour objet : « Corruption à ciel ouvert ». Le message disait : « Une vidéo postée dans les réseaux sociaux par  inconnu circule actuellement sur Facebook impliquant des personnels du PRM de Bonabéri dans des actes de corruption, Bien vouloir  procéder aux vérifications urgentes. Par ailleurs, prendre des mesures disciplinaires et judiciaires à l’ encontre des intéressés et rendre compte de l’exécution. » Cette instruction fut exécutée avec rapidité en moins de  24 heures. La preuve, le lendemain 10 mai 2017, un autre message radio porté disait « Sont mutés pour compter de ce jour : troisième région, légion nord : Arouptouang Mat Guy matricule 19584, quatrième région, légion Logone Chari : Blangoua, Adjudant Etouke Achille matricule 18037 tous de Bonabéri.»

Tout était effectivement parti d’une vidéo prise par un usager de la route, sans doute outré par une pratique qui a cours à la sortie de la ville de Douala vers l’Ouest, où depuis des années, pour ne pas dire depuis toujours est installé un péage d’un type particulier. La vidéo montrait deux éléments de la gendarmerie appartenant au peloton routier motorisé en contrôle. Ces derniers percevaient de l’argent dissimulé ou pas dans les dossiers des véhicules,  des mains des conducteurs des véhicules de transport en commun, des camions et autre gros porteurs à usage commercial. Les évidences de l’image ne pouvant être contestées, les coupables furent mutés à la troisième et quatrième région respectivement.

Perfectionnement

Trois ans déjà depuis la survenance de ces faits, et cette pratique n’a pas régressé, au contraire elle se porte plus que jamais bien, et s’est même perfectionnée. Désormais, conscients que les curieux peuvent les prendre en image ou vidéo, les éléments de la gendarmerie postés aux mêmes endroits, le motard bien en vue, ont également une voiture banalisée, plus souvent  placée en perpendiculaire de la route, et qui sert des centres des opérations. Les dossiers des véhicules sont plutôt lancés sur le sièges passagers, le gendarme les récupère et fait semblant de les feuilleter, le temps de laisser glisser le billet d’argent dans la voiture, un « comment ça va » lancé au chauffeur ou au moto boy avec sourire, et le contrôle est fini. Bien entendu Bonabéri n’est pas le seul point de ce type de péage. Dibamba à la sortie Est de la ville de Douala est un autre, et d’après les multiples plaintes des transporteurs routiers, le phénomène est régulier sur tous les tronçons routiers du territoire national.

Le 18 Novembre 2016, au cours d’un point de presse à Yaoundé, l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs (ACDIC) mettait également à nue ces pratiques de corruption qui affectaient particulièrement la filière avicole. Elle donnait comme cas pratique des événements survenus au même endroit à Bekoko dans la nuit du 2 au 3 octobre 2016. Deux camions  portant 1500 poulets chacun, en provenance de Nkongsamba et à destination de Douala avaient été  immobilisés  pendant près de  10 heures de temps par deux gendarmes du Peloton routier motorisé (PRM) de la brigade de Bonassama, suite d’après l’Association, au refus des conducteurs de payer une somme 200.000 FCFA par véhicule. Sous l’effet de la chaleur, des centaines de poulets étaient morts, et en guise de protestation, les conducteurs les avaient sortis des caisses et  jetés sur la chaussée, créant un incident qui a fait sortir les responsables du ministère de l’Elevage, des pêches et des industries animales pour le Littoral, de même que la hiérarchie de la gendarmerie.

Des exemples peuvent être cités à profusion, où les contrôles routiers sont transformés en postes de péages, et ce n’est pas la spécialité de la gendarmerie loin de là. La police, les agents des eaux et forêts, de la douane, de la prévention routière, bref, tout corps qui peut trouver un prétexte pour se retrouver sur la route, se fait plein les poches.  Tant pis pour  les produits de contrebande transportés, les surcharges, le bois coupé frauduleusement, les transports mixtes, la circulation des véhicules visiblement hors d’usage.

Connu

Le comble, c’est que ces pratiques ne sont pas ignorées en haut lieu. Cela se fait trop publiquement pour échapper aux simples passagers des cars de transports, combien de fois les services de renseignements qui sont formés et outillés pour remonter l’information ?  Dans un livre avec pour titre « Au Cameroun de Paul Biya » paru en 2011,la journaliste Fanny Pigeaud écrit « Les autorités militaires et policières font régulièrement mine de s’élever contre les pratiques de leurs éléments. En juillet 2008, le Secrétaire d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie Jean Baptiste Bokam, a accusé la gendarmerie de liens dangereux avec les bandits de grand chemin traqués et interpellés puis étonnamment libérés sous de fallacieux prétextes. Le patron de la police, Mbarga Nguelle, a lui aussi reconnu le problème en déclarant en octobre 2010 à ses éléments : ceux d’entre vous  qui ont fait de l’arnaque et de la mendicité sur la voie publique leur crédo doivent se reconvertir sans délai. Le département d’Etat américain a relevé qu’au moins 599 policiers et 18 gendarmes avaient été sanctionnés en 2009 pour des faits divers… » La question aujourd’hui est de savoir comment le phénomène de corruption se porte aussi bien sur les routes, malgré la pleine connaissance du phénomène des dirigeants, malgré les dénonciations et plus est, malgré les sanctions infligées ? N’y a-t-il vraiment rien à faire contre cela où devrait-on la considérer comme une fatalité et lancer l’habituel soupir de désespoir « on va faire comment » ? Tentative de réponse dans le prochain éditorial

A suivre

Roland TSAPI

One Reply to “Gouvernance : la corruption au bout du sifflet”

  1. merci pour la nouvelle mais il me semble que la securité routiere est encore plus dangereuse et plus predatrice que les gendarmes. ils cherchent à tout prix l’argent sans honte ni crainte, merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code