Gestion de l’Etat : le gouvernement en vacance ?

Le chef de l’Etat est appelé désormais à intervenir dans tous les domaines pour faire avancer les tâches dévolues aux membres du gouvernement pourtant en poste

La Constitution du Cameroun renseigne à suffire sur le fonctionnement de l’Etat. Article 10 (1) : Le Président de la République nomme le Premier ministre et sur proposition de celui-ci, les autres membres du Gouvernement. Il fixe leurs attributions, il met fin à leurs fonctions, il préside des conseils ministériels. Article 12 (1), le Premier ministre est le chef du Gouvernement et dirige l’action de celui-ci, (2) il est chargé de l’exécution des lois. » Autrement dit, le président de la République, qui ne peut pas tout faire seul, s’adjoint les services d’un Gouvernement qui a la charge de gérer les affaires de l’Etat au quotidien, dans le respect des textes et lois que l’Etat s’est donné pour réguler chaque secteur. Tous les secteurs devant concourir au bien être de la population, il est également prescrit ce qui est appelé la cohésion gouvernementale, entendu la collaboration entre les différents ministères pour la satisfaction du citoyen lambda. La question qui se pose, au vu des évènements qui surviennent chaque jour, est celle de savoir si le gouvernement est en vacance, pour que le chef de l’Etat soit encore obligé de tout instruire, chaque jour, et dans tous les domaines.

Rien de ce qui est demandé à ces ministres n’est nouveau, tout relève de leurs missions au quotidien, consignées dans des textes régissant chaque département, connues de tous les inspecteurs généraux et conseillers techniques qui peuplent ces ministères.

« Hautes instructions »

Paul Biya, obligé d’intervenir à tous les coups

La dernière « haute instruction » du chef de l’Etat est relative au mouvement de grève entamé depuis le 21 février 2022 par les enseignants du secondaire pour réclamer leurs droits bafoués depuis des décennies par la non application des textes. Le 9 mars 2022, le Secrétaire général de la présidence de la république a signé une énième correspondance adressée au Secrétaire général du Premier ministère, lui répercutant les instructions du Chef de l’Etat aux ministres des Finances et celui de la Fonction publique. Au premier, il est demandé entre autres, de procéder au paiement à partir du mois de mars 2022, du complément salarial mensuel à verser aux enseignants titulaires ou non du décret d’intégration qui ne reçoivent que les 2/3 de leurs salaires, et au deuxième, de systématiser la constitution des dossiers d’intégration des enseignants avant la fin de leur formation par les intéressés et les institutions auxquelles ils sont affiliés, de mettre en œuvre toutes les mesures concourant à la dématérialisation et à la simplification des procédures de traitement des dossiers d’intégration dans la fonction publique, entre autres également. Rien de ce qui est demandé à ces ministres n’est nouveau, tout relève de leurs missions au quotidien, consignées dans des textes régissant chaque département, connues de tous les inspecteurs généraux et conseillers techniques qui peuplent ces ministères.

Que le chef de l’Etat soit chaque fois appelé physiquement ou via les « hautes instructions », et plus par « hautes instructions » que physiquement à jouer le sapeur-pompier pour éteindre un feu que les ministres et fonctionnaires payés sur les fonds publics allument méthodiquement dans tous les secteurs, est une preuve de l’existence de ce que le Professeur Charlemagne Messanga Nyamding appelle le coup d’état scientifique

Vacance ?

Pourquoi donc cela n’est pas fait, se demande le citoyen ordinaire. Manquent-ils des moyens pour travailler, comme se justifieraient certains employés dans des entreprises qui se cherchent, on ne le dirait pas. Pour l’année budgétaire 2022, le ministère des Finances bénéficie de 243 200 000  de francs cfa pour la modernisation de l’administration du trésor et l’amélioration de la qualité du service, 800 millions de francs cfa pour le pilotage des activités de réforme de la gestion des finances publiques, 1 933 950 000 de franc cfa pour l’amélioration du cadre de travail, pour ne citer que ces quelques rubriques. De son côté, le ministère de la Fonction publique a, dans le cadre de l’amélioration de la gestion des ressources humaines de l’Etat 4 milliards de francs cfa pour la finalisation de la mise en œuvre du Sigipes 2. Sigipes étant défini comme le système intégré de gestion du personnel de l’Etat. Le Sigipes 1 avait déjà englouti une autre quantité de milliards de francs cfa, et à date l’intégration dans la fonction devrait se faire automatiquement et générer de la même manière tous les effets financiers. L’amélioration du cadre de travail est prévue ici pour 410 millions, pour dire le moins. Ces différentes enveloppes sont à quelque chose près des simples reconductions, c’est dire que chaque année, autant d’argent est prévu pour que les employés fonctionnaires ou pas de ces différents ministères bénéficient d’un cadre de travail et des moyens conséquents, l’objectif attendu étant un rendement optimal, c’est-à-dire que les usagers soient satisfaits. Ce personnel ne travaille donc pas dans des conditions misérables et n’accusent pas  non plus des coupes et des arriérés des salaires comme les enseignants. Ils seraient donc payés à ne rien faire, ou plutôt à utiliser les moyens et le matériel de l’Etat pour les fêtes au village et les manifestations de soutien à un président de la République qui n’en demande pas.

En langage militaire on appelle cela manquement au devoir, avec des sanctions qui vont parfois jusqu’à la radiation du corps. Que le chef de l’Etat soit chaque fois appelé physiquement ou via les « hautes instructions », et plus par « hautes instructions » que physiquement à jouer le sapeur-pompier pour éteindre un feu que les ministres et fonctionnaires payés sur les fonds publics allument méthodiquement dans tous les secteurs, est une preuve de l’existence de ce que le Professeur Charlemagne Messanga Nyamding appelle le coup d’état scientifique, c’est-à-dire le sabotage systématique de ses volontés, le refus maladif d’appliquer les simples textes, le boycott des valeurs dans l’espoir de provoquer un soulèvement populaire. D’aucuns demanderont pourquoi ils sont maintenus en poste, d’autres répondront qu’il a épuisé ses cartes, sans en trouver qui ne trahisse pas ses idées. Et plus souvent il a remplacé ce qui ne marchait pas par ce qui ne marchait plus, pour paraphraser l’artiste Claude Moundi dit Petit pays. Soit, mais le constat est implacable, le gouvernement est en vacance, où ses membres passent le clair du temps à faire beaucoup de choses sauf ce qu’il faut faire. Tout est pourtant écrit dans la Constitution, dans les textes, dans les lois, qui sont hélas devenues moins que des loisirs, on ne s’y adonne même plus. Même les « hautes instructions » y perdent souvent…leur latin !

Roland TSAPI

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