France-Afrique : le réveil de la jeunesse bloqué

De plus en plus, la jeunesse africaine montre sa volonté d’émancipation face à la politique avilissante de la France, mais cet élan reste bloqué sous la chape de plomb de la vieille clique encore aux affaires

La ville de Montpellier en France, a abrité le 8 octobre 2021, le sommet France Afrique dans sa formule revue, sans chef d’Etat, mais plutôt la société civile. D’après les services d’information de la diplomatie française, Le Nouveau Sommet était prévu dans un nouveau format, avec de nouveaux acteurs, de nouvelles thématiques pour de nouveaux enjeux : l’objectif de cet évènement étant de porter un regard neuf sur la relation entre l’Afrique et la France pour offrir un nouveau cadre de réflexion et d’action aux nouvelles générations. Il est important de noter que la France ne parle plus désormais de sommet France Afrique, l’ordre des mots est désormais inversé et les documents officiels parlent de sommet Afrique-France et non plus de sommet France-Afrique. Ce changement de d’alignement des mots n’est pas anodin, mais résulte du fait que l’expression France Afrique s’est déjà suffisamment attiré les foudres de la nouvelle intelligentsia africaine, qui s’est de tout temps offusqué de ce qu’on parle de sommet France Afrique, comme si tout le Continent africain dans l’ensemble, avec 52 pays était l’alter ego de la France seule, et même si l’on pouvait rétrécir l’Afrique au pré carré français constitué de 14 pays, cela restait insultant qu’un seul pays, sous prétexte d’être l’ancienne colonie se comporte comme étant supérieur à ceux qui hier étaient ses colonies. L’appellation Afrique France serait la nouvelle stratégie communicationnelle pour rendre le concept plus digeste, mais le fond reste le même, comme pour la monnaie en cours dans ces pays, le Cfa qui est passé de Comptoirs français d’Afrique à Communauté financière d’Afrique, tout en gardant le même contenu et les mêmes caractéristiques, la monnaie de la servitude pour emprunter à l’expression des économistes. Mais personne n’est plus dupe, sommet France Afrique ou sommet Afrique France, c’est comme bonnet blanc, blanc bonnet. Parce qu’on ne connaît pas de sommet Angleterre Afrique pu Allemagne Afrique, tous des pays européens qui ont eu comme colonies le Nigéria et la Namibie par exemple, mais des pays dont le niveau de développement n’est pas contestable.

Quel que soit le cas,  la jeunesse se réveille, et montre des signes de volonté ferme pour la reprise en main de son destin, elle se distance progressivement de la politique du ventre et de la protection du pouvoir, et ose dire à la France « je ne mangerai pas de ce repas, nous ne mangerons pas, l’Afrique ne mangera plus

Nouvelle méthode

Au-delà, le président Emmanuel Macron a voulu tester une nouvelle formule, laisser les chefs d’Etat, pour discuter avec la société civile et surtout la jeunesse. Peut-être parce qu’il voulait entendre un autre discours, que la langue de bois de ces chefs d’Etat, il voulait que la jeunesse africaine, en laquelle le sentiment anti français va de plus en plus grandissant lui dise en face ce qu’elle a dans le cœur. Et cette jeunesse n’a pas boudé le plaisir, pour lui dire que la marmite est sale et qu’il faut la récurer, sinon elle n’est plus prête à prendre part à tout repas qui  sera fait dans cette marmite  françafricaine enduite de corruption, de non transparence, de vocabulaire dévalorisant, selon la burkinabè Rai Mouendé Elda Kouama. La rencontre au moins, a ainsi donné l’occasion à la jeunesse de porter l’estocade finale, et faire voir au monde qu’elle est résolument engagé dans la voie de la rupture des relations avilissantes imposées par « cet empire qui ne veut pas mourir », pour emprunter au titre de la dernière sortie de Thomas Deltombe et coauteurs.

Mais la jeunesse africaine démontre là que si l’occasion lui était donnée chez elle, si le président de la République du Cameroun par exemple, pouvait organiser un forum où la jeunesse, la vraie, pas celle fabriquée et briefée dans le discours et dans la manière de le prononcer, s’adresserait à lui, l’opportunité sera bonne pour qu’elle se vide, se libère et parle franchement.

Rêve bloqué

Rencontre entre le président français Emmanuel Macro et la jeunesse africaine

Il reste un regret, de ce qui s’est passé à Montpellier, c’est que cela se passait justement à Montpellier, en France, sur une terre étrangère. C’est là où, malheureusement, la jeunesse a l’occasion de parler « sans filtre » au président de la république. Parce que les libertés sont respectées, parce qu’il y a un égard pour la loi, parce que les citoyens se sentent libres de s’exprimer sans craindre qu’au sortir de la salle ils seront kidnappés, parce que les jeunes ne sont pas considérés là-bas comme des éternels enfants, juste bon à servir du bétail électoral, et contre qui on lâche des chiens de gardes et des hommes des sales besognes, pour les molester s’ils osent se porter candidat à un poste convoité par un ponte du régime. Est-ce seulement possible sur le sol africain, au Cameroun, au Tchad ou en Guinée équatoriale, difficile de le dire. Mais la jeunesse africaine démontre là que si l’occasion lui était donnée chez elle, si le président de la République du Cameroun par exemple, pouvait organiser un forum où la jeunesse, la vraie, pas celle fabriquée et briefée dans le discours et dans la manière de le prononcer, s’adresserait à lui, l’opportunité sera bonne pour qu’elle se vide, se libère et parle franchement. De là sortira la vérité, la réconciliation et l’atténuation de la violence devenue l’épine dorsale des paroles, faits et gestes au Cameroun. Quel que soit le cas,  la jeunesse se réveille, et montre des signes de volonté ferme pour la reprise en main de son destin, elle se distance progressivement de la politique du ventre et de la protection du pouvoir, et ose dire à la France « je ne mangerai pas de ce repas, nous ne mangerons pas, l’Afrique ne mangera plus.» Cette volonté est certes encore prisonnière d’une chape de plomb constituée par ces hommes d’Etat du 4eme âge qui s’agrippent désespérément au pouvoir et n’entendent pas changer de paradigme, mais l’essentiel c’est que la marmite quoique sale, boue déjà à une température élevée, en mesure  de faire sauter le couvercle. Ce n’est plus qu’une question de temps.

Roland TSAPI

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