Frais d’examens : le détournement de l’Etat

Sous le principe de l’unicité des caisses, les frais des examens officiels sont déposés au trésor public, qui décaisse selon les priorités, au détriment de l’objet initial de ces fonds

Enseignants, laisser pour compte

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’enseignant au Cameroun le 5 octobre 2021, les syndicats des enseignants ont dénoncé le non-paiement des frais de surveillance des examens 2021 organisés par l’Office du baccalauréat du Cameroun. Cela est devenu une habitude, les retards de paiement qui ont parfois fait courir des rumeurs de grèves pouvant conduire à la non publication des résultats, mais à chaque fois les responsables ont su jouer pour calmer le jeu, mais sans payer. Sur le site internet de la Cameroon radio and télévision, on peut lire dans un article publié le 9 mai 2019, « qu’après une après-midi houleuse, chargée de revendication et de vacarme le mercredi 08 mai 2019, les bénéficiaires concernés par le  paiement des frais de déplacement pour les corrections et les délibérations des examens des sessions de 2014 à 2016, peuvent à nouveau passer à la caisse du lycée de Biyem-Assi. » L’article relate les déboires des enseignants ayant pris part aux corrections et délibérations des examens officiels de l’enseignement secondaire des sessions de 2014 à 2016, certains étant venus des sous-centres d’Obala, de Ngoumou et de Mfou. Deux ans après, malgré les annonces d’améliorations faites pour une école plus humaniste et une meilleure considération du personnel enseignant, le cycle des retards continuait. Le journal en ligne socialinfos du 9 mars 2021 relevait que la session d’examens officiels 2020 était entièrement bouclée depuis août 2020 par la publication des résultats du probatoire de l’enseignement secondaire général. Et même, la session 2021 était lancée depuis quelques mois avec les inscriptions des candidats aux différents examens officiels. Seulement, certains enseignants ayant pris part à la session 2020 du baccalauréat et du probatoire, des examens organisés par l’Office du baccalauréat du Cameroun (Obc), rencontrés dans les artères de la ville de Yaoundé se plaignaient du fait que plusieurs mois après clôture desdits examens, les frais de correction et de délibération n’étaient toujours pas payés dans certaines départements du Cameroun, notamment le Wouri et le Mfoundi. Un enseignant avait alors confié au journal « l’Obc à cette manière-là de fonctionner. Si par exemple au terme de cette session, il paie les enseignants ayant pris part aux corrections dans les sous-centres d’examens situés dans les périphériques, à la prochaine session, ils seront lésés au profit de ceux des centres urbains qui ont été lésés à la précédente session »

Si l’on prend une moyenne de 11 000 francs que les 477 000 candidats annoncés par l’Obc ont payés pour les examens 2021, le pactole est évalué à 5 milliards 247 millions. De l’argent encaissé avant le 1er janvier de chaque année, puisque la date limite de paiement des frais d’examen est généralement fixée au 28 décembre, délai au-delà duquel ces frais sont frappés de pénalités. Question : comment l’argent est reçu 6 mois au moins avant le début des examens officiels en juin, et les examinateurs ont du mal à être payés, où part cet argent ?  

Détournement étatique…

Délesté se ses comptes

Sur le site internet de l’Office du Baccalauréat au Cameroun, plus de 447 000 candidats ont pris part aux examens officiels en 2021. Il faut déjà noter que l’Office ne donne pas les chiffres précis, ce qui n’est pas anodin. Un coup d’œil également sur les frais d’examen officiel renseigne qu’il faut 9500 francs cfa pour le probatoire enseignement général, 13 000 pour le probatoire STT, 16 500 pour le probatoire industriel, 10 500 pour le baccalauréat général,  14500 pour le Baccalauréat STT, 18500 pour le bac industriel. Depuis le 3 août 2021, le ministre des Enseignements secondaires signait le communiqué de presse numéro 96/21, informant l’opinion que les inscriptions dans les établissements commencent le 9 août 2021, avec paiement automatique des frais exigibles et des frais des examens officiels, et ce par voie électronique à travers 6 opérateurs sélectionnés. Il faut relever au passage que ces frais sont majorés de 200 francs au moins depuis 2 ans pour rémunérer les opérateurs qui ont pris langue avec le ministère des Enseignements secondaires, soit 95 400 000 francs cfa que les parents d’élèves ont payé de plus en 2020 pour les seuls examens de l’Office du baccalauréat, sans compter ceux de la direction des examens et concours et du sous-système anglophone. A côté de cela, si l’on prend une moyenne de 11 000 francs que les 477 000 candidats annoncés par l’Obc ont payés pour les examens 2021, le pactole est évalué à 5 milliards 247 millions. De l’argent encaissé avant le 1er janvier de chaque année, puisque la date limite de paiement des frais d’examen est généralement fixée au 28 décembre, délai au-delà duquel ces frais sont frappés de pénalités. Question : comment l’argent est reçu 6 mois au moins avant le début des examens officiels en juin, et les examinateurs ont du mal à être payés, où part cet argent ?  D’ailleurs le cycle est aujourd’hui tel que c’est l’argent des frais d’examen de l’année en cours qu’on récolte pour essayer de payer les correcteurs de l’année précédente. Où vont les frais d’examen payés en début d’année ?

 “Lorsque la trésorerie reçoit les ordres de paiement de l’Obc, il décaisse les fonds et met à la disposition des billeteurs de l’Obc sur le terrain. Ces derniers ont les états et les noms de tous les intervenants. Par conséquent, paient lorsqu’ils ont l’argent à leur disposition. Sauf que, à la trésorerie générale, on dit sortir l’argent en fonction des priorités

…par l’unicité de caisse

Nalova Lyonga, Minesec, je veut contrôler le pactole

Au lendemain du lancement du paiement électronique des frais de scolarité et des examens en septembre 2020, le ministre des Enseignement secondaire Nalova Lyonga rassurait : « Le recours au digital permet de régler un problème qui est celui de l’opacité dans la gestion des frais d’examens et de scolarité, car il apporte beaucoup de transparence. Souvenez-vous que l’on a eu à faire dans ce pays au phénomène de détournement des frais d’examens qui devient de plus en plus en plus récurrent…ce nouveau système vient également mettre un terme au phénomène de marchandage des places dans les établissements scolaires. » Etait-ce là vraiment le but, difficile de le dire deux ans plus tard. Tout laisse croire que l’Etat central voulait mettre la main sur les faramineuses sommes d’argent engrangées par les examens officiels et couper l’herbe sous le pied de l’Office du Baccalauréat. En suivant les traces de cet argent, le journal socialinfos a eu cette information en mars 2021 « l’Obc a l’argent entre les mains de l’Etat. Tout comme, les frais d’inscriptions ne sont plus directement versés dans les comptes de l’Obc. Depuis l’instauration du paiement électronique, ces frais transitent par le ministère des Enseignements secondaires », indiquait une source, qui expliquait qu’avant le déroulement des examens, un état financier est établi, avant de poursuivre « Lorsque la trésorerie reçoit les ordres de paiement de l’Obc, il décaisse les fonds et met à la disposition des billeteurs de l’Obc sur le terrain. Ces derniers ont les états et les noms de tous les intervenants. Par conséquent, paient lorsqu’ils ont l’argent à leur disposition. Sauf que, à la trésorerie générale, on dit sortir l’argent en fonction des priorités.» En d’autres termes, lorsque l’argent des frais d’examen entre dans les caisses de l’Etat suivant le principe de l’unicité des caisses, il l’utilise pour ses priorités, qui se résument parfois à un rythme de vie princier. Ainsi, les parents d’élèves versent chaque année des frais d’examen pour que les enseignants correcteurs soient payés, cet argent est utilisé à autre chose et ce sont les enseignants qui doivent être clochardisés. En langage simple, on appelle cela un détournement des fonds.

Roland TSAPI

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