Frais d’Apee : la peau dure de l’habitude

Pendant que le gouvernement tente des solutions partielles, les chefs d’établissements s’accrochent aux vielles pratiques décriées

La 17 septembre 2021, 10 jours après la rentrée scolaire au Cameroun, la ministre des Enseignements secondaires a tenu une réunion de concertation à Douala, au cours de laquelle elle a apporté une solution à l’épineux problème des frais d’Association des parents d’élèves et d’enseignants. La résolution prise était que le taux serait désormais plafonné à 25 000 francs cfa. Plus d’un mois après, ces frais continuent de faire parler d’eux, simplement parce que la résolution du ministre apportait une réponse déjà questionnable à une question, sur la multitude restée pendantes. Un parent est-il libre d’adhérer à cette association ou pas, comme le prévoit la Constitution et la loi sur les libertés d’association ? Pour une association des parents d’élèves, pourquoi un parent doit payer les frais autant de fois que le nombre d’enfants qu’il a dans un établissement public, comme s’il s’agissait plutôt d’une association d’élèves ? Pourquoi doit-on subordonner le paiement des frais exigibles au paiement préalable des frais d’Apee ? Pourquoi les chefs d’établissements continuent de s’immiscer dans la gestion de ces fonds, alors qu’ils n’en sont pas membres ? Autant de questions qui sont restées sans réponse après la sortie du ministre des enseignements secondaires.

Persister et signer

En plus de ces questions en suspens, les établissements primaires publics, qui sont plutôt sous la tutelle du ministère de l’Education de base, connaissent ces problèmes de manière encore plus accrue. Voici un appel à l’aide d’un président de l’Association des parents d’élèves dans une école primaire du département de la Menoua, région de l’Ouest, lancée le mardi 19 octobre dans le groupe de l’Onaped, l’organisation nationale des parents d’élèves pour la promotion de l’éducation et le développement. Il dit : « J’ai une préoccupation. Je suis président de l’APEE d’une école de brousse.  Avant moi, l’APEE était dirigée par le directeur et le président qui n’était qu’un figurant. Le directeur était cosignataire du compte de l’APEE. C’est lui qui collectait de l’argent, le déposait en banque quand il voulait, et payait les vacataires. Il convoquait les Assemblées générales et les dirigeait lui-même. Bref, il s’était approprié l’Apee et la dirigeait de façon autocratique. Vu sa façon de faire, le trésorier, le Secrétaire général et le commissaire au compte avaient démissionné. Cette année, j’ai pris la tête de cette association et je tiens à la diriger selon les textes que je détiens. Mais, le directeur n’entend pas se laisser faire. Le secrétaire financier est une maîtresse vacataire. Le directeur exerce la pression sur elle pour retirer de l’argent. Lorsqu’elle lui dit qu’elle ne lui donne pas de l’argent sans l’avis du président, il la menace.

Nalova Lyonga, Minesec. le problème reste

Nous avons cherché à ramener le directeur à l’ordre en vain. Une plainte a déjà été déposée chez le Délégué départemental du ministère de l’Education de base pour la Menoua et l’Inspecteur d’arrondissement (IPEB/pm).  Ils ont promis de descendre sur le terrain. En attendant, le directeur continue de percevoir les frais d’APEE sans les reverser à l’Association, il se sert de son influence pour retirer de l’argent chez le secrétaire financier sans que la somme retirée obéisse à une ligne budgétaire votée. Il dit qu’il n’a peur de personne et que nous sommes libres d’aller nous plaindre chez qui nous voulons. J’ai convoqué la réunion de bureau ce vendredi. Il a appelé un enseignant pour lui dire de faire savoir au secrétaire financier que les réunions de l’APEE sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Il refuse délibérément de collaborer avec l’APEE, ce qui nous paralyse dans notre fonctionnement. Face à une telle situation, que faire? Démissionner ou saisir une fois de plus le délégué départemental et l’inspecteur qui tardent à descendre sur le terrain? Je tiens à préciser que la première plainte portait sur les malversations financières constatées, le mépris et les menaces verbales. Il insulte les parents, menace les enfants et leur dit d’aller s’inscrire ailleurs s’ils veulent. L’année passée, l’école avait un effectif de 255 élèves. A cause de son comportement, on est aujourd’hui à 237 élèves. »

le gouvernement devrait prendre ses responsabilités et se prononcer une fois pour toute, sans éluder les questions de fond, et tout en cessant de se réfugier derrière la formule « l’Etat ne peut pas tout faire seul », car ici comme ailleurs, force doit revenir à la loi. Et la loi en la matière n’a pas changé, il est toujours inscrit dans la Constitution que : « nul ne peut être contraint d’adhérer… à une association »

Sortir l’Etat de l’indifférence

Laurent Serge Etoundi Ngo, Mindebub, encore silencieux

Trois jours après cet appel de détresse, le 22 octobre 2021, il est revenu pour donner le compte rendu de la journée de vendredi, date à laquelle devait se tenir cette réunion : « Bonsoir. Ce soir, mon cher directeur a annulé la réunion de l’APEE qui était prévue. Il nous a mis hors de l’école et dit qu’il suspend toutes les activités de l’APEE jusqu’à nouvel ordre. Il s’autoproclame ordonnateur de l’association et seul habilité à ouvrir un compte bancaire au nom de l’association.  Il supplante ainsi le président dans son rôle. Au regard de la situation problématique, nous suspendons nos activités jusqu’à la descente du délégué. Une seconde plainte lui sera remise lundi avec copies au sous-préfet/ Inspecteur/chef supérieur. Dans la plainte, nous précisons que si dans les jours qui suivent, il ne descend pas sur le terrain avec l’inspecteur, nous saisissons les autorités administratives après convocation d’une AG extraordinaire. Les menaces mystiques voilées du Directeur font déjà peur aux autres membres du bureau. » Avec ces détails racontés avec minutie, il est aisé de comprendre ce qui se passe généralement dans ces écoles des zones reculées où les populations se plaignent peu surtout quand ils sont face à un fonctionnaire, qui en plus parle souvent avec le sous-préfet ou le commandant de la brigade de gendarmerie du coin.

Si l’Apee était une maladie, elle mériterait qu’on la décrète problème de santé publique. Et en attendant que les diverses plaintes audibles et sourdes, et les soulèvements enregistrés sur le territoire national amènent les intrus dans les fonds des Apee à battre en retraite, le gouvernement devrait prendre ses responsabilités et se prononcer une fois pour toute, sans éluder les questions de fond, et tout en cessant de se réfugier derrière la formule « l’Etat ne peut pas tout faire seul », car ici comme ailleurs, force doit revenir à la loi. Et la loi en la matière n’a pas changé, il est toujours inscrit dans la Constitution que : « nul ne peut être contraint d’adhérer… à une association »

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code