Football : quand le Chan 2020 s’achève sur les conflits de la fécafoot

Un énième litige sur la légalité des dirigeants de l’instance faîtière du football camerounais est né à la veille de cette compétition, et une fois de plus le gouvernement interfère

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Le Cameroun a abrité du 16 janvier au 07 février 2021 la 6eme édition du championnat d’Afrique des nations, le rendez-vous africain du football amateur, essentiellement réservé aux joueurs évoluant dans le championnat local. Pari finalement tenu tant au niveau de l’organisation que de la participation. Au niveau de l’organisation, les reports des compétitions depuis 2020 à cause du corona virus, ont permis au Cameroun d’évoluer suffisamment dans la mise à niveau des infrastructures nécessaires pour cette compétition, notamment les stades. Ici la Confédération africaine de football, organisatrice de la compétition, n’a cessé de mettre la pression sur le gouvernement camerounais pour le respect des normes internationales, et jusqu’à la dernière minute les réglages se faisaient, qui ont finalement permis d’avoir la mention passable, faisant dire à l’entraineur des Lions indomptables Antonio Conceiçao que le Cameroun est apte à organiser des compétitions de haut niveau.

Les Lions A’, malgré eux

Quant à la participation, c’est un autre pari tenu pour une équipe des Lions A’ sans championnat. Après le diktat du corona virus qui a écourté la saison 2019-2020, la 61eme édition 2020-2021 qui devait reprendre en novembre 2020 n’a jamais connu que le lancement  au forceps le 1er novembre, avec un match opposant la Panthère du Ndé à Coton sport de Garoua et des arbitres empruntés de la Guinée équatoriale. La suite de cette première journée prévue le 4 novembre avait été reportée suite au conflit de compétence entre la Fédération camerounaise de football et la Ligue de football professionnelle du Cameroun. Les joueurs sont donc restés au chômage, et c’est parmi eux qu’ont été sélectionnés ceux qui devaient représenter le pays au cours de cette compétition. Une phase de rodage lors d’un tournoi pré-chan n’a pas été prometteuse, et c’est une équipe de lions A’ dont on ne vendait pas chère la peau qui s’est lancé dans la compétition et a poussé jusqu’aux quart de finale. Malgré la lourde défaite face au Maroc (0-4), et la troisième place perdue face à la Guinée, la participation aura été honorable, ces joueurs sans grande préparation auront donné ce qu’ils pouvaient pour sauver ce qui pouvait encore l’être de l’image du football camerounais.

Fécafoot, l’éternel conflit

Parlant de cette image, elle a encore pris un coup lors de cette compétition, une fois que l’on était hors des stades. Le 15 janvier 2021, l’instance faîtière de la discipline, la Fédération camerounaise de football représentée par son président Seydou Mbombo Njoya, se préparait à accueillir enfin une compétition après le report de 2020. Mais c’était sans compter avec la main lourde du Tribunal arbitral du sport saisie depuis  le mois d’avril 2019 par l’Association des clubs de football amateurs du Cameroun (Acfac) pour contester l’élection de ce dernier le 18 décembre 2018. Le collectif dénonçait la mise à l’écart illégale de certains corps de métiers et des actes de « corruption» tout au long du processus électoral. Des dénonciations faites au niveau local mais sur lesquelles le gouvernement avait fermé les yeux en donnant son onction à l’équipe Seydou Mbombo Njoya. Le Tas a pris le temps de connaître l’affaire, pour rendre sa décision annulant cette élection le 15 janvier 2020, date qui coïncidait avec la veille de l’ouverture du Championnat d’Afrique des nations le 16 janvier. Les délégations qui arrivaient au Cameroun apprenaient ainsi que l’équipe qui dirige la Fédération est illégale, ayant gagné les élections par des méthodes contestables. C’est donc un Seidou Mbombo Njoya intérimaire qui assistera à la cérémonie d’ouverture.

Objet de toutes les convoitises

Même jusque-là, les Camerounais n’ont pas attendu que les étrangers soient partis pour recommencer leurs querelles. Le 2 février 2021 s’est tenue une session extraordinaire de l’assemblée générale de la fédération, sans le président déchu, à l’issue de laquelle a été rendu publique un communique : «  Au terme de ces travaux, après avoir pris acte de la sentence rendue par le TAS le 15 janvier 2021 dans la procédure TAS 2019/A/6258 et après avoir analysé ses conséquences de droit, notamment la vacance à la tête de la FECAFOOT, les membres de l’Assemblée Générale ont décidé de :

1-Retirer toute compétence à Monsieur Seidou Mbombo Njoya et aux membres du Comité Exécutif élus le 12 décembre 2018, 

2-désigner, pour une période de trois mois à compter de son installation, un Comité Exécutif Provisoire chargé de gérer les affaires courantes de la FECAFOOT, de réviser les Statuts et le Code Electoral de la FECAFOOT et d’organiser un processus électoral juste, équitable et transparent et dont la composition est la suivante :président : Sénateur Albert Mbida, Vice-Président : Prince Ndoki Mukete ; – membres : Dr François Dikoume, Dr Tado, Oumarou, M. Boudjiko Youkeka Pierre,  M. Lucien Mettomo, M. Sah Walters

3. Réquisitionner une partie des locaux et du personnel de la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (LFPC) à mettre à la disposition du Comité Exécutif Provisoire, en attendant que le siège de la FECAFOOT illégalement occupé soit libéré. »

Gouvernement, arbitre ou supporter

Le même jour 2 février, le Tribunal de première instance d’Ekounou à Yaoundé rendait une décision d’un référé d’heure à heure, interdisant la tenue de cette assemblée extraordinaire prévue les 2, 3 et 4 février. Dans le même temps, le ministre de l’Administration territoriale avait instruit les gouverneurs des régions d’interdire chacun en ce qui le concerne le tenue sur son territoire de commandement de toute assemblée annoncée par les membres de la Fécafoot. Mais ces derniers, décidés à en découdre avec Seydou Mbombo Njoya et son équipe, ont balayé d’un revers de la main toutes ces sorties, s’appuyant d’abord sur l’article 78 des textes de la Fécafoot qui dit que les membres, les joueurs et autres ne présenteront aucun litige devant les tribunaux ordinaires, ensuite se demandant comment les gouverneurs des régions feraient pour interdire une assemblée générale extraordinaire qui se tient pas visio conférence. Bref, pendant que le chan se jouait dans les stades, une autre compétition s’était ouverte dans les couloirs de la fécafoot, une énième qui est bien partie pour durer. Seule vœux, que cette compétition s’achève une fois pour toute avec un seul vainqueur, le football camerounais qui n’a que trop souffert en captivité, depuis qu’il a été kidnappé avec le départ de Iya Mohammed, en 2009, cela fait 11 ans aujourd’hui.

Roland TSAPI

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