Football : La Fecafoot joue-t-elle contre elle-même ?

Engluée dans de multiples procès, la fédération vient d’ouvrir un nouveau front de crise en validant l’existence de deux clubs au même nom

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Le football, une partie des disciplines sportives, est un jeu adopté dans le monde entier comme jouant un rôle important de régulation des comportements de par son caractère divertissant. Les peuples l’ont adopté et intégré dans les activités presqu’obligatoires, source d’épanouissement, d’autres en ont fait toute une industrie qui génère des fonds, mais au Cameroun la discipline est transformée en un champ de batailles, homologué par l’instance faîtière chargée de la réguler. La fédération camerounaise de football semble aujourd’hui être un pool d’attraction des litiges, désormais stigmatisée dans les bureaux de la Fédération internationale de football association et du Tribunal arbitral du sport comme une fédération à problèmes. Les conflits semblent être devenus l’Adn de la fédération ou sa raison d’être, et quand les acteurs ne lui en créent pas, elle en crée elle-même, comme pour exister.

Une énième crise secoue cette fédération et le championnat régional de football pour le Littoral depuis le 17 mars 2021, avec la décision du secrétaire général Benjamin Didier Banlock de suspendre de ses fonctions pour une durée de trois mois éventuellement renouvelable, le secrétaire général de la ligue régional de football pour le Littoral, pour « manquement graves et répétés à ses obligations professionnelles ». Son crime, c’est de s’être abstenu depuis la reprise du championnat pour le compte de la saison 2020/2021, de programmer les matches de l’Oryx Club de Douala, et pour cause, il s’était retrouvé à la reprise du championnat avec deux Oryx club de Douala, les deux détenteurs des licences délivrées par la Fécafoot. Mais comment en est-on arrivé là ?

Jusqu’à l’annulation de la saison sportive de l’année 2019/2020 pour cause de crise sanitaire, le monde du football camerounais connaissait pourtant un seul Oryx club de Douala. Cette équipe créée depuis 94 ans, c’était en avril 1927, et qui a été membre fondatrice de la FECAFOOT en 1959 et premier vainqueur de la Coupe d’Afrique des Clubs Champions, aujourd’hui devenue la Champion’s League africaine. C’est ce club que dirige Moudouthe Charles Melchior, qui à ce titre a été élu premier vice-président de la ligue régional de football pour le Littoral, et aujourd’hui assume l’intérim après le décès de Loga Emmanuel qui en était le président. C’est au responsable de ce club de 1927, dont la dernière assemblée générale s’est tenue le 29 août 2020, que la Fecafoot a récemment remis 500 000 francs Cfa comme première tranche du fonds d’appui d’aide Covid alloué aux clubs engagés en championnat l’année dernière. C’est encore ce club dont Moudouthe Charles Melchior, a conduit en sa qualité de président une délégation des anciens joueurs en 2018 au Nigéria pour recevoir la reconnaissance de la Confédération Africaine de Football en qualité de premier club à avoir remporté la Coupe africaine des clubs champions en 1965.

Imposture validée?

Sauf que subitement, un autre Oryx Club est sorti du chapeau en fin d’année 2020. La Ligue régionale de football du Littoral reçoit en effet à cette période une invitation à assister à une assemblée générale extraordinaire de l’Oryx club de Douala convoquée pour le 27 décembre 2020. Le Secrétaire général de la Ligue régionale s’aperçoit que les responsables de cet Oryx ne sont pas ceux qu’il connaît et dont le président assume l’intérim de la présidence. En plus, ils sont détenteurs d’un récépissé d’association au nom de l’Oryx club de Douala délivré par le Préfet du Wouri le 05 novembre 2020. Rien à voir donc avec la mythique équipe de Oryx régulièrement affiliée à la Fecafoot, et dont l’assemblée générale s’était tenue fin août 2020, en application des recommandations de la Fécafoot qui demandait que les clubs tiennent leur Ag le 15 octobre 2020 au plus tard.  De plus, l’article 23.1 des Règlements des championnats régionaux 2020-2021, stipule que les clubs engagés pour disputer le championnat régional 2020-2021 sont tous les clubs qui ont disputé le championnat régional 2019-2020 annulé du fait de la survenance de la pandémie au coronavirus. Et pour cette saison sportive 2020-2021, la même Fecafoot a décidé que les clubs des différents championnats amateurs, dont celui de la Ligue régionale de football du Littoral reconduisent les reçus de paiement des frais exigibles à savoir l’affiliation, l’engagement, les frais de la Coupe du Cameroun et les licences de la saison sportive 2019-2020 pour le renouvellement de leur engagement à  prendre part aux compétitions de la saison sportive 2020-2021. Ces conditions sont contenues dans la circulaire numéro 0108/Fecafoot datant du 15 septembre 2020.

Au vu de ces dispositions, aucun club qui n’était pas engagé en championnat la saison dernière du reste annulée, ne devrait prendre part au championnat 2020/2021. Mais fermant les yeux sur ses propres règlements, la Fecafoot n’a cessé d’insister que les matches impliquant le Oryx détenteur de récépissé du  5 novembre 2020 soient programmée, faisant prévaloir le fait qu’un membre de la Fecafoot a pris part à l’assemblée générale de cet Oryx du 27 décembre 2020, par ailleurs boudée par la ligue régionale. D’où des interrogations : pourquoi insister qu’Oryx prenne à tout prix part au championnat, alors qu’il y a une dualité clairement constatée ?

Amour des litiges

Le principe de droit veut que lorsqu’il y a dispute sur un objet, cet objet soit mis sous séquestre en attendant le règlement du litige. Il en est ainsi d’un terrain sur lequel tous travaux est interdit quand il fait l’objet d’un litige, il en est ainsi des successions scellées quand les héritiers n’arrivent pas à s’entendre. Le Secrétaire général de la ligue régional de football était dans la même logique en se gardant de programmer les matches d’Oryx, car il devrait en être de même pour la participation au championnat quand une même dénomination est disputée par deux factions. Pourquoi la Fecafoot ne joue-t-elle pas la carte de la neutralité, en écartant simplement Oryx de Douala du championnat, le temps que les esprits se tassent, alors que le championnat peut très bien se jouer sans cette équipe ? Qui a intérêt à ce que le nom de Oryx apparaisse forcément parmi les équipes ayant pris part au championnat cette année ? Par le passé, on a vu le ministre de l’Administration territoriale s’immiscer dans les partis politiques et désigner ses « présidents » pour qu’ils conduisent ces partis aux élections ou à des négociations, alors que ces élections pouvaient bien se tenir sans ces partis. La fecafoot serait-elle sur les mêmes traces, avec l’affaire Oryx de Douala? Sans compter que la nouvelle crise pourrait ouvrir un nouveau front des batailles judiciaires, un de trop. C’est à se demander si dans les couloirs de la Fifa à Zurich, quelqu’un n’aurait pas soufflé à la Fécafoot qu’il y a un trophée pour les fédérations qui auront cumulé le plus grand nombre de procès… durant leurs existences !

Roland TSAPI

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