Football : la Fecafoot face à son destin

Les élections prévues le 11 décembre devront être un tournant décisif pour cette instance mise de fait sous tutelle de la Fifa depuis des lustres 

Le football camerounais sortira-t-il du marasme dans lequel il est englué depuis un quart de siècle, les acteurs de ce sport roi seront-ils en mesure de se regarder en face, pourrait-on arriver au soir du 11 décembre 2021 à une situation où le malheureux candidat dise au vainqueur : félicitations et bon vent ? Un virage important a été amorcé le 01 novembre 2021 avec l’élection des bureaux des ligues régionales, qui devrait conduire à terme à l’élection du bureau exécutif national le 11 décembre 2021. Une issue heureuse et fair play  de ce processus reste le baromètre qui devra permettre de savoir si 25 ans de navigation à vue aura permis aux acteurs du football camerounais de prendre conscience, ou si les calculs individuels continuent d’être les motivations réelles derrière l’acharnement à prendre les commandes de la fédération camerounaise de football.

Depuis 25 ans en effet, plane sur la Fecafoot comme une malédiction, quand le président de l’époque est englué dans les démêlés judiciaires. Vincent Onana prend les rênes en 1996. Pour la participation des Lions Indomptables à la coupe du monde 1998 en France, le Comité français d’organisation attribue un contingent de billets au Cameroun via la Fecafoot. La gestion, jugée opaque et émaillée de détournements, conduira le président Vincent Onana en prison pour deux ans. Même si avant lui, l’équipe nationale connaissant déjà des déboires, notamment avec les sombres affaires de primes de match lors de la Coupe du monde 1990 en Italie, qui se répétaient en 1994 aux Etats-Unis, avec en prime l’argent du coup de cœur resté dans un avion entre Paris et New York, selon les explications du ministre de la Communication et de la culture Augustin Kontchou Kouomeni à l’époque, on était pas encore arrivé au stade prison. Et dans la culture Bantu, la prison est associée au malheur, qu’il faut exorciser. Ce qui ne fut pas fait de toute évidence. Après l’interpellation de Vincent Onana, Iya Mohamed prit la tête d’une cellule exécutive provisoire pendant 2 ans, et fut élu président en 2000. Il est resté jusqu’en 2013, tiré de son siège aussi par la prison, où il purge une peine de 15 ans, reconnu coupable de détournement des deniers publics le 3 septembre 2015. Deux présidents successifs qui se retrouvent en prison, la Fecafoot donnait désormais l’impression d’être une marre à crabe, décrite par le journaliste Jean Lambert Nang en 2009 dans un livre comme une « Desperate football house » un enfer dans lequel il avait passé 6 mois comme directeur général.

Le constitutionnaliste Joseph Owona qui avait 6 mois pour rendre sa copie prendra deux ans, pour rédiger des textes plus contestés encore. Il avait remplacé des textes qui ne marchaient plus par des textes qui ne marchaient pas du tout. Pour preuve, les précédents textes avaient permis de diriger la Fecafoot depuis sa création, les nouveaux textes donneront lieu à l’élection de Tombi à Roko Sidiki qui sera suspendu deux ans seulement après, en 2017

Abîme

Depuis lors, les démons qui gouvernent dans cet enfer n’ont pas lâché prise. De 2013 à 2015, la Fecafoot est sous normalisation par un Comité présidé par le professeur Joseph Owona, chargé de rédiger des textes plus fiables qui encadreront des élections. Le constitutionnaliste Joseph Owona qui avait 6 mois pour rendre sa copie prendra deux ans, pour rédiger des textes plus contestés encore. Il avait remplacé des textes qui ne marchaient plus par des textes qui ne marchaient pas du tout. Pour preuve, les précédents textes avaient permis de diriger la Fecafoot depuis sa création, les nouveaux textes donneront lieu à l’élection de Tombi à Roko Sidiki qui sera suspendu deux ans seulement après, en 2017. Il faut dire que si Tombi à Roko Sidiki a jusqu’ici échappé à la prison, il a en revanche été suspendu à vie en juillet 2019 de toute activité lié au football par la Commission d’éthique de la Fecafoot, qui lui reprochait des malversations financières et des détournements des dons octroyés à l’instance faîtière. La réécriture des textes est confiée après Tombi à Roko, à Maître Dieudonné Happy, pour une nouvelle normalisation. L’avocat qui avait trois mois, prendra aussi 16 mois jusqu’au 12 décembre 2018, quand ses textes à lui donneront lieu à l’élection d’un nouvel Exécutif conduit par Seydou Mbombo Njoya. 26 mois après, le 15 janvier 2021, cette élection a une fois de plus été invalidée par la Fédération internationale de Football association, mais cette fois sans installer un comité de normalisation. Le suspendu devait rester mais comme intérimaire, et conduire un nouveau processus électoral, prévu le 11 décembre 2021. Dans l’intervalle, les Camerounais assistent à ce qui pourrait être appelé une dualité à la tête de la Fecafoot, avec une frange pro Albert Mbida, à la tête d’un comité provisoire et Seydou Mbombo, à la tête d’un exécutif intérimaire. Entre les deux, la Fifa semble mener la barque. Dans une dernière correspondance daté du 25 octobre 2021, l’instance faîtière internationale dit considérer que Seydou Mbombo Njoya et son exécutif de 2018 restent les seuls dirigeants légitimes et aptes à conduire le processus des élections fédérales du 11 décembre 2021, et conclue : « enfin, nous prenons cette opportunité pour partager notre préoccupation par égard pour la direction prise par certains individus qui agissent sciemment dans la but de dénaturer le cours du processus électoral entamé par la Fecafoot. Nous invitons au calme et au respect du calendrier électoral en place pour assurer une sortie de transition réussie »

Relever la tête

Jusqu’à quand les Camerounais se laisseront-ils donc tirer par le bout du nez à partir de Zurich, siège de la Fifa ? Le pays s’est assez offert en spectacle, et serait même devenu l’objet de moquerie dans les couloirs de cette instance, où on croit que les habitants incapables de trouver des solutions pourtant simples à leurs problèmes.  Depuis 2013, la Fecafoot est en réalité dirigée par la Fifa et le tribunal arbitral du sport.  Depuis 8 ans que le cœur de la Fecafoot bat au rythme imposé par Zurich et par Lausanne, deux villes de la Suisse, où siègent respectivement la Fifa et le Tribunal arbitral du sport. Comme si le siège de la Fecafoot à Tsinga n’était plus occupé que par des marionnettes qui attendent des ordres ou l’onction d’ailleurs pour se bomber le torse. Le Cameroun mérite mieux, le football est un jeu, et ce n’est pas pour un jeu que la Cameroun perdra sa souveraineté.

Roland TSAPI

One Reply to “Football : la Fecafoot face à son destin”

  1. Affaire Fecafoot là. Le 6 renversé n’est pas à la hauteur.
    Bell aurait fait l’affaire depuis longtemps.
    Le reste n’est que guerre des clans

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