Football : la clochardisation des joueurs confirmée

En autorisant les clubs baisser les salaires des joueurs jusqu’au niveau du Smig fixé à 36 270 francs, la Fécafoot consacre la médiocrité du championnat, pour ne pas dire qu’elle décrète la fin

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La fédération camerounaise de football a rendu public le 17 mars 2021, le règlement du championnat professionnel elite one et two saison 2020/ 2021. On y note, pour ce qui est de l’élite one, à l’article 14.1 que “Les clubs sont tenus de passer des contrats de joueurs professionnels avec tous
les joueurs de leur effectif.”,
avec une précision à l’alinéa 7 du même article: “La rémunération mensuelle minimum des joueurs sous contrat fixée d’accord parties ne peut être inférieure au Salaire minimum interprofessionnel garanti

Entre les lignes, et c’est ce qui a été retenu par le Syndicat National des Footballeurs Camerounais (SYNAFOC) et ses syndiqués, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une baisse des salaires des joueurs, ou du moins le feu vert donné aux clubs pour payer les joueurs à hauteur de 36 270 franc cfa sans être en marge de la réglementation. Et ces clubs, qui ne sont pas souvent trop pressés pour payer les salaires, n’hésiteront pas à sauter sur l’occasion. Le Synafoc relève que ces dispositions ne sont pas de nature à favoriser l’épanouissement des footballeurs professionnels qui depuis plusieurs années déjà tirent le diable par la queue, notamment à cause du non-paiement de leurs salaires. L’organisation s’insurge alors contre cette décision qui d’après elle vise à baisser les salaires des joueurs et invite la fédération à rectifier le tir et à revenir à l’orthodoxie en vigueur en la matière au Cameroun.

Cette mesure, faut-il le rappeler, est en rupture totale avec les dispositions prévus la saison écoulée par le même règlement. Les dispositions des articles 13.8 desdits règlements fixaient en effet la rémunération mensuelle minimale des joueurs sous contrat à 100 000 Francs CFA pour ceux de l’Elite One et à 50 000 Francs CFA pour ceux de l’Elite Two, ce qui a d’ailleurs toujours été le cas dans les règlements des organisateurs des championnats professionnels depuis 2011, année de lancement du professionnalisme au Cameroun. Comme le rappelle le Synafoc, en 2011, le Gouvernement s’était engagé à accompagner le football professionnel en apportant un appui financier aux clubs pour le paiement des salaires des joueurs professionnels et certains encadreurs. Dans son engagement, le Gouvernement camerounais, en tenant compte du statut particulier du footballeur, avait fixé le salaire minimum à 100 000 Francs CFA en Elite One et 50 000 francs CFA pour les joueurs évoluant en Elite Two. Par ailleurs, note toujours le syndicat des joueurs, en parcourant les dispositions des articles 14 et 13 respectivement des règlements de ces deux championnats professionnels pour la saison sportive en cours, qui parlent des contrats de joueurs professionnels, aucune disposition n’est prévue pour la durée desdits contrats, ce qui a très souvent été à l’origine de nombreux litiges entre joueurs et clubs, les présidents de clubs se donnant la liberté de renvoyer souvent, comme un chien et en plein stade, un joueur ou un encadreur, sans avoir des comptes à rendre à personne.

Amateurisme professionnel

Déjà que les 100 000 arrêtés comme base depuis le lancement du championnat professionnel étaient déjà dérisoires. Quand l’on parle de football professionnel, l’on sous-entend que le joueur qui y est engagé en a fait sa profession, l’occupation principale, à laquelle il consacre tout son temps et y met toute son énergie, pour être optimal. Quand il se lève le matin il pense aux entrainements et y va, de même dans l’après-midi et ainsi de suite toute la semaine, en préparation du match le dimanche, s’il y en avait pas déjà de programmé en milieu de semaine. Il pense football, il respire football, il est dans un environnement qui le prédispose à être évolutif et surtout productif. Il doit suivre ce que les spécialistes appellent morpho cycle, c’est-à-dire le programme de la semaine compris dans le temps qui sépare un match de l’autre. Ces  spécialistes expliquent qu’après une rencontre, le 1er jour suivant le match est un jour de repos pour une récupération passive, car en plus de récupérer physiquement, le joueur doit récupérer psychologiquement. Le deuxième jour c’est la dominante récupération active, la dominante force le 3eme jour, la dominante puissante aérobie le 4eme jour, la dominante vitesse le 5eme jour et la préparation à la compétition le 6eme jour. L’entraineur José Mourinho dit  « L’expérience me dit que trois jours après une partie, les joueurs n’ont pas encore complètement récupéré. Pas tellement physiquement, mais fondamentalement en termes émotionnelle. L’usure émotionnelle prend plus de temps à récupérer que le physique. Je n’ai pas de douteL’entrainement en toute circonstance doit tenir une relation intime avec le jeu que l’équipe recherche. En fonction des feeds-back sur le match précédent, et des principes qui semblent nécessaires pour le match suivant, j’adapte le programme de la semaine. »  

Et là on parle de football professionnel, ça ne trompe pas, les moyens sont mis pour que cela marche, en commençant par la rémunération des joueurs. Dans quel état mental et psychologique seront les joueurs payés à 50 000 francs le mois ? Où et comment vivront-ils dans ces conditions, si ce n’est squatter les chambres dans la concession familiale, ou développer la malhonnêteté envers les bailleurs  pour ceux qui auront eu le courage de se louer une chambre ? Peut-on seulement développer un football professionnel en clochardisant les acteurs principaux que sont les joueurs ? Il faut repenser le football camerounais tout simplement, et de fond en comble. On peut développer une véritable industrie du football comme cela se fait ailleurs et placer les joueurs au standard de véritables cadres de cette industrie, avec un traitement conséquent. Il faut le dire, les dernières dispositions du règlement annoncent définitivement l’inhumation du football camerounais, qui avait déjà quitté de la phase agonisante sous perfusion, et attendait désormais à la morgue. Le gouvernement va-t-il laisser enterrer le sport roi ? La balle est désormais dans son camp.

Roland TSAPI

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