Flambée des prix : le Cameroun victime son insécurité alimentaire

Le pays subit les conséquences du manque de vision pour la sécurité alimentaire, qui l’ont rendu dépendant

L’explication avancée par les opérateurs économiques et le gouvernement pour la flambée des prix des denrées de première nécessité observée sur les marchés camerounais, est la hausse généralisée des cours des matières premières sur le marché mondial, le coût du fret maritime et autres. Sur ce point les deux parties sont d’accord, et pendant que l’une demande des mesures d’allègement fiscal et des exonérations douanières, l’autre assure multiplier des efforts pour soutenir l’approvisionnement du marché. L’une comme l’autre confirme ainsi qu’en 2021, le Cameroun reste dépendant de l’extérieur pour se nourrir. Pendant que la situation est en effet présentée comme une fatalité à laquelle le pays ne pouvait pas échapper, il existe de pays qui ont su se mettre à l’abri en développant leur autosuffisance alimentaire. Le Cameroun n’en est-il pas capable ? A cette question, les économistes et les experts répondent sans hésiter, le pays a des ressources pour cela, le problème ce sont les politiques constamment développées et des décisions contre-productives. En 2008 par exemple, après ce qui a été qualifié des émeutes de la fin, la première mesure prise par le président de la république par la suite, était la baisse des prix à la douane de certains produits comme le riz, le poisson et autres. Les économistes avaient alors expliqué que c’était une mauvaise solution à un vrai problème. Même si la mesure pouvait permettre d’absorber sur le moment le déficit en produits de première nécessité, il fallait penser aux solutions de long terme, ou plutôt revenir à la politique agricole jadis développée par l’ancien président de la république. Au lieu de cela, les ports et les aéroports sont restés ouverts pour des importations massives au détriment de la production locale. Parce que de tout temps, le pays a refusé de comprendre que le riz que l’on achète d’ailleurs est produit par des hommes comme on en trouve au Cameroun, et sur des terres que le pays ne manque pas, bénéficiant par ailleurs des conditions naturelles favorables. Pour une raison ou pour une autre, ces pays producteurs se sont abstenus ces dernières années de vendre à l’extérieur, se faisant des provisions pour des lendemains incertains dans un monde où les restrictions des libertés et de mouvement se sont désormais donné une raison sanitaire. Et le marché camerounais en est venu à être vide, et le peu de produit encore disponible hors de prix.

Dans la vie quotidienne, l’enfant acquiert son indépendance quand il a les moyens de se nourrir. Plus globalement, les pays les plus stables et les plus puissants du monde sont ceux qui ont garanti leur sécurité alimentaire, la Chine en est un exemple, ayant compris qu’un pays qui dépend de l’extérieur pour se nourrir est fragile, faible et ne peut se développer économiquement, encore moins scientifiquement et technologiquement.

Leçon

Quand tu perds, ne perd pas la leçon, dit un proverbe. Le Cameroun est-il aujourd’hui prêt à apprendre de ses erreurs, les dirigeants ont-ils seulement la volonté ? La sécurité alimentaire est pourtant un enjeu majeur pour l’acquisition de son indépendance. Dans la vie quotidienne, l’enfant acquiert son indépendance quand il a les moyens de se nourrir. Plus globalement, les pays les plus stables et les plus puissants du monde sont ceux qui ont garanti leur sécurité alimentaire, la Chine en est un exemple, ayant compris qu’un pays qui dépend de l’extérieur pour se nourrir est fragile, faible et ne peut se développer économiquement, encore moins scientifiquement et technologiquement. Dans sa vie de tous les jours, Jean Paul Pougala défend l’agriculture comme élément essentiel pour accéder à la souveraineté véritable en Afrique. Dans une interview accordée à Sputniknews et repris par le site internet Afropolitis le 27 novembre 2015, il explique : « Lorsque j’ai décidé de m’impliquer dans la vie publique africaine, j’ai créé une nouvelle matière d’enseignement qui s’appelle « géostratégie africaine ». Je restais convaincu que l’Africain devait construire sa souveraineté en partant de zéro et contrôler chaque centimètre de son territoire. L’agriculture n’est pas à mes yeux, une simple source de revenu et de nutrition pour la population africaine, mais la première des activités stratégiques pour reprendre en main notre territoire, tout notre territoire. Là où les jeunes que je forme ont aujourd’hui leur champ est appelé à devenir une ville. Mon modèle est partir du secteur primaire qu’est l’agriculture, pour alimenter un secteur secondaire. Et le tertiaire ne viendrait qu’en troisième position comme son nom l’indique pour distribuer, gérer et administrer ce qu’on aura produit des champs et transformé à l’usine. Tous les autres peuples sont passés par là pour se développer et l’Afrique ne saurait être une exception. Un pays qui importe l’essentiel de sa consommation alimentaire est un pays qui s’appauvrit toujours plus. Je suis un économiste africain à qui les économistes européens ont déclaré la guerre. Ils ont réussi à créer des emplois chez eux en utilisant les populations africaines comme consommateurs. A moins de déclarer qu’ils sont plus intelligents que moi et donc que je me rende, je suis obligé de riposter, tout d’abord en menant une résistance, afin d’enseigner à ces jeunes à créer de la richesse sur notre continent et donc des emplois.

L’agriculture n’est pas à mes yeux, une simple source de revenu et de nutrition pour la population africaine, mais la première des activités stratégiques pour reprendre en main notre territoire, tout notre territoire.

Chaque africain qui va mourir en tentant de traverser la Méditerranée est un fait divers pour les politiciens européens qui l’utilisent pour secouer leurs opinions publiques, mais pour un économiste africain, c’est une véritable honte, c’est une insulte à notre intelligence. Tout au moins, c’est comme cela que je le vis dans ma peau. Et plutôt que d’accuser les autres, je me demande constamment ce que je peux faire pour changer la donne. Et pour l’instant, l’agriculture me semble le chemin obligé pour repérer les ressources de nos terres et de nos forêts qui nous serviront pour développer des secteurs entiers d’industries. Et puis, les enjeux du monde montrent clairement que la Chine qui aujourd’hui contrôle l’essentiel de la production industrielle mondiale, pour avoir acheté aussi l’essentiel des entreprises qui lui permettent de sécuriser l’ approvisionnement en matière première, comme Rio Tinto, la toujours de moins en moins besoin des matières premières minières africaines. Beaucoup de pays africains ne l’ont pas encore compris et espèrent toujours qu’ils deviendront prospères (ou émergents comme c’est la mode) en vendant les produits de leur sous-sol. Mon action sur le terrain, prépare donc déjà l’après secteur minier en Afrique. Et l’agriculture pour nourrir d’abord les Africains, ensuite les Asiatiques, me semble absolument incontournable. »

Le Cameroun devrait en principe échapper à la vie chère d’années en années, c’est une question de volonté politique. Une fois de plus comme dit le proverbe, quand tu perds, ne perds pas la leçon.

Roland TSAPI

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