Fin d’année 2020 : Douala Fiesta, Douala a-t-elle des raisons de fêter ?

La mobilité urbaine, le désordre urbain, et autres secteurs contribuant à l’amélioration du cadre de vie n’ont pas évolué, la ville est toujours en proie au désordre. Le maire a pourtant décidé de d’organiser une fête de 12 jours

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Le maire de la ville de Douala a rendu public, à l’occasion des fêtes de fin d’année 2020, un programme de divertissement des populations de tous les arrondissements qui constituent la communauté urbaine. Douala Fiesta, c’est le nom de baptême donné à ce programme de fête qui va s’étendre sur 12 jours, du 22 décembre 2020 au 2 janvier 2021. Le maire de la ville justifie l’évènement par la volonté de « marquer une fin-bilan, marquer un début-vœux. S’il est évident de marquer une fin par un bilan, pour la fin-bilan de l’année en cours, 2020 aura été une année particulièrement marquée par une crise multidimensionnelle engendrée par la pandémie covid-19. La santé, l’économie, l’éducation, le sport, toute la société a été affectée profondément et souhaiterait l’oublier ou en panser les conséquences désastreuses dans cette initiative cathartique, Douala Fiesta. » Gratuitement, les populations de la ville de Douala pourront accéder dans les différents sites, 4 au total, retenus pour l’évènement. 

Douala en fêtes donc. Comme le pays ou le monde entier, en cette fin d’année. Mais malgré le caractère rituel des fêtes de fin d’année, le réalisme à ce jour commande aux personnes consciencieuses, morales ou physiques, de marquer un temps d’arrêt et se poser une question essentielle : doit-on organiser une fête pour être à la mode, ou y a –t-il une raison de fêter ? Pour la ville de Douala, qu’est ce qui peut, en cette fin d’année, donner des raisons aux gestionnaires de la ville et aux populations de célébrer ? La mobilité urbaine, l’ordre urbain, l’hygiène et la salubrité ou l’éclairage public ? Ces secteurs sont ceux qui affectent le plus les populations, ou plutôt, quand ils sont gérés efficacement donnent effectivement le sentiment d’être en ville. Est-ce le cas à ce jour, difficile de le dire. Un tour circulaire dans la ville et l’on se demande toujours si c’est cette cité urbaine qui va accueillir le Championnat d’Afrique des nations dès le 16 janvier 2021 ?

Vaste scène de désordre

Marché central de Douala, même le terre plein est occupé

Jusqu’ici l’accent est mis sur les finitions des travaux d’infrastructures liées à cette compétition, mais une fois que les visiteurs seront sortis des hôtels pour se rendre au marché Central, de Mboppi ou à Ndokoti que verront-ils ? La vraie ville. Celle où les commerçants sont confortablement installés sur la chaussée pour vendre tout et rien, ils traverseront des feux de signalisation complètement banalisés par les conducteurs de moto taxis, ils passeront par des routes aux trottoirs occupés par les étals d’autres vendeurs, leurs yeux seront littéralement agressés par le spectacle qu’offrent les garages et autres types d’ateliers à l’insalubrité établie le long des routes, ils retourneront dans la ville au centre d’Akwa où les chaussées sont également envahies par l’électroménager de brocante, quand ils entameront l’avenue de l’indépendance il tomberont sur le marché dit chinois, un autre désordre installé, ils rentreront dans les hôtels plus stressés par le calvaire des embouteillages que détendus,  et il est à parier qu’ils n’auront pas envie de ressortir le lendemain et se poseront sans doute la question de savoir comment on vit dans une ville pareille, avec le désordre comme mode de fonctionnement. Pour varier ils pourront vouloir sortir le soir, ils constateront qu’en plein centre urbain ce sont les phares de leurs voitures qui serviront d’éclairage public, ils se rendront également compte que les commerçants installés sur les chaussées en journée ont passé le relais à d’autres pour la nuit, le Rond-point Deïdo montrera son vrai visage de gare routière doublée d’un marché de chaussures et autres gadgets, ils constateront que les nombreuses rues des quartiers résidentiels sont occupées par les tables des débits de boissons et les vendeurs de poissons à la braise, baptisées « rue de la joie » pour certaines, ils pourront eux-mêmes compter le nombre de débits de boissons et autres snacks bar au kilomètre carré, et on en oublie. La ville de Douala, en fin de l’année 2020, reste et demeure une vaste scène de désordre, un grand comptoir ouvert, qui continue de faire corps avec les ordures ménagères qui semblent fatalement lui coller à la peau.

Balayeur de rues

Que fête la ville de Douala, une fois de plus ? 10 mois exactement que le nouveau maire de la ville est en fonction. Il est vrai que pour cette année 2020, le corona virus apparu en début d’année s’est finalement avéré être du pain béni pour les gestionnaires des institutions, organismes et autre structures, qui invoquent ses effets pour justifier les performances de l’année, restées en deçà des attentes. Le maire de la ville de Douala n’échappe pas à cette règle. Mais cette pandémie et ses effets ne peuvent pas tout justifier. La ville héritée en mars 2020 était déjà en proie au désordre urbain, et l’on n’a pas le sentiment que cette situation a évolué positivement, au contraire l’impression est que plus le temps passe, moins on respire dans la ville, plus les dessertes des quartiers en dehors du périmètre urbain se dégradent. Les défis de la ville sont en réalité trop nombreux, accumulés dans le temps par une gestion aux priorités autres que le bien être de l’habitant de la cité. Le maire de la ville, dont le rôle simplifié se résume à celui de l’homme de ménage de la ville, ne devrait pas perdre de point de vue que le rôle premier d’un homme de ménage, c’est justement de faire le ménage, c’est-à-dire rendre l’environnement propre et agréable à vivre. Il ne servira à rien de trop embrasser pour mal étreindre, 5 ans c’est trop peu pour vouloir faire un travail de Zorro, dans une ville où les populations se distinguent par une indiscipline particulière. Indiscipline à laquelle il faut s’attaquer méthodiquement, avec pédagogie là où il le faut mais également avec force quand cela est nécessaire, une main de fer dans un gang de velours en somme, tout en ayant en idée ce que la ville devra retenir de son passage. Le pasteur Martin Luther King disait, « Lorsque quelqu’un a découvert pourquoi il a été créé, il doit mettre tout en œuvre pour réaliser au maximum le plan du Créateur, suivant ses propres possibilités. Il doit essayer de réaliser quelque chose de façon telle que personne ne soit capable de le faire mieux que lui. Il doit le faire comme s’il s’agissait d’une mission spéciale que lui aurait confiée le Créateur, à lui personnellement, et à ce moment précis de l’histoire du monde. Personne n’est capable de réaliser quelque chose d’exceptionnel s’il n’a pas le sentiment d’avoir été appelé spécialement pour cela, en un mot, s’il n’a pas la vocation. Si votre mission est d’être balayeur de rue, vous devez balayer les rues dans le même esprit que Michel-Ange lorsqu’il peignait ses toiles, que Beethoven lorsqu’il composait ses symphonies, que Shakespeare lorsqu’il écrivait ses drames. Vous devez balayer les rues d’une façon tellement parfaite que chaque passant puisse dire : « Ici, c’est un grand balayeur qui a travaillé ; il a bien accompli sa tâche

Roland TSAPI

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