Figures : Paul Soppo Priso, l’investisseur dans la pierre

Après une brillante carrière politique, il s’est reconverti dans les affaires pour devenir grâce à sa vision l’un des opérateurs économique le plus célèbres du pays. Sa vision n’a malheureusement pas été suivie après lui

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Dans la ville de Douala, l’une des bâtisses qui aurait dû servir de centre de prise en charge des malades au corona virus se trouve au quartier Bonapriso. Il s’agit de ce qui fut jadis un fleuron des institutions sanitaires au Cameroun,  mais aujourd’hui abandonné, et l’image est loin de ressembler à l’élégance et à la séduction de l’homme qui l’a mis sur pied et l’a baptisé de son nom, il s’agit de la toute première clinique privée au Cameroun, la clinique Soppo Priso. Elle était partie pour être à ce jour l’une des cliniques les plus équipées d’Afrique, qui n’aurait rien à envier aux hôpitaux les plus huppées en occident, avec un plateau technique à la pointe, sil elle n’avait pas été victime d’une interminable bataille successorale qui s’est avérée être abyssale, une bataille déclenchée juste deux mois après le décès de son promoteur dont le rêve était pourtant de faire de Douala une ville non seulement capitale du Cameroun, mais surtout dotée des infrastructures  qui feraient la fierté de l’Afrique.

La clinique Soppo Priso, triste

Le jeune représentant du peuple

Paul Soppo Priso était un natif de l’un des plus grands quartiers de la ville de Douala, Bonapriso. Il voit le jour le 19 juillet 1913 à Banadoumé, de Mouelle Priso et de Jeanne Dina. D’après les archives, il s’est instruit lui-même après son certificat d’études primaires, en lisant tout ce qui lui tombait sous la main comme livre, toujours est-il qu’il avait finalement la qualification de topographe. Dès l’âge e 25 ans il est déjà au-devant de la scène politique, ayant hérité de son père un sentiment anticolonial très fort qui l’a poussé à cultiver le sens de la dignité africaine. On lui attribue le lancement du mouvement Jeunesse camerounaise française (Jeucafra), un mouvement dont le programme portait sur l’intégration du Cameroun à la France, l’octroi du statut du citoyen français au Camerounais, la promotion d’un esprit patriotique et l’opposition à l’Allemagne. le 21 octobre 1945, lors de la toute première élection du Cameroun en vue de la désignation des députés à l’Assemblée Nationale  Française, Paul Soppo Priso déjà populaire ne se porte pas candidat, pour ne pas affronter Alexandre Douala Manga Bell, d’après les écrits d’Enoh Meyomesse.

Selon cet auteur, l’année d’après, en 1946, Soppo Priso s’est porté candidat à l’élection des membres de l’Assemblée Représentative du Cameroun, Arcam, nouvellement créée. Le nombre de place étant plus important a dû être pour lui un argument déterminant. En ballotage favorable au premier tour le 22 décembre 1946 d’un scrutin à deux tours, il sera aisément élu dans la circonscription du Wouri au second tour le 16 janvier 1947, devenant ainsi l’un des premiers noirs à jouir d’un mandat électif au Cameroun, l’Arcam était composé de 24 élus noirs et de 16 blancs. Cette élection fera ainsi de Soppo Priso l’un des grands porte-parole des Dualas au Cameroun en ces années-là, aux côté de Bétotè Akwa et Douala Manga Alexandre, et ce fut aussi le début de son activité de Parlementaire qui dura jusqu’en 1960, soit pendant 13 ans.

Bataille pour le retour de la capitale à Douala

Au mois de novembre 1950, le Président de l’Arcam Louis Paul Aujoulat absent est remplacé à titre intérimaire Par Soppo Priso, élu du Wouri. Paul Soppo Priso saisit cette occasion pour soulever un problème lancinant dans la Communauté Douala depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, cinq années auparavant. Cette communauté n’avait pas digéré le retour de la Capitale du Cameroun à Yaoundé en 1946. Il dépose le 30 novembre 1950 une résolution visant à ramener la Capitale à Douala, et la soumet au vote. Elle est adoptée par 14 voix contre 11 et un bulletin nul. Mais la riposte de ce vote ne s’est pas fait attendre. Fouda Omgba André rédige aussitôt une vigoureuse lettre de protestation qu’il fait signer par des notables de la Région de Yaoundé, et l’adresse au Haut-Commissaire André Soucadaux le 3 décembre 1950, soit trois jours après le vote de la résolution. De retour de Paris, Louis-Paul Aujoulat vole au secours de Fouda André et finalement, Soucadaux décide le maintien de la Capitale à Yaoundé.

Paul Soppo Priso

Bien que n’étant pas adhérant de l’UPC, Soppo Priso collabora avec les dirigeants de ce parti. Il s’était rapproché de l’UPC après avoir fait voter à l’assemblée une motion qui demandait l’amnistie des personnes interpellées lors des émeutes de mai 1955. A la veille de l’indépendance en 1958, lorsque André Marie Mbida faisait mauvais chemin, on a pensé à Soppo Priso pour le succéder. Mais son groupe à l’assemblée fut battu au terme du vote. L’homme mis presque fin à sa carrière politique, même comme il était à l’époque présenté comme un rival sérieux pour Ahmadou Ahidjo, et se consacra désormais aux affaires

Investir dans la pierre

Son premier coup de génie dans ce domaine, c’est d’avoir racheté pour une somme symbolique une entreprise de Bâtiments et travaux publics à un Allemand qui s’apprêtait à quitter le Cameroun. Dans le Cameroun des années 1950 et 1960, il est le premier à comprendre qu’investir dans la pierre peut être rentable. Il acquiert un nombre impressionnant de terrains entre 1950 et 1970, essentiellement à Douala. Dans une enquête journalistique publié en février 2008 par le quotidien Mutations, sous la plume du journaliste Eugène Dipanda de regretté mémoire, on apprend que dans la ville de Douala particulièrement Paul Soppo Priso avait une réputation de grand bâtisseur. Il dit : «  Dans les quartiers chics de la capitale économique, les immeubles que Paul Soppo Priso a fait sortir de terre donnent le vertige. Tentative de décompte : une polyclinique célèbre située au quartier Bonapriso (Douala), qui porte le nom du défunt. Plusieurs sociétés, dont les Biscuiteries réunies, qui produisaient les très appréciés biscuits “BR”; Silac, une société laitière ; et, surtout, un parc immobilier à faire pâlir d´envie tout investisseur de ce monde. Quelques fleurons : un majestueux gratte-ciel qui sert de bureaux et d´habitations au quartier Bonapriso ; l´immeuble dit Air Afrique à Bonanjo ; l´imposant bâtiment qui a abrité l´ancien centre culturel français de Douala, occupé par la suite  entre autres locataires, par des compagnies aérienne ; l´immeuble Joss anciennement occupé par l´hôtel Hollywood, les “tours jumelles” érigées non loin de la fourrière municipale, etc. Les ayant droits parlent, en plus, d´un terrain d´une superficie de huit hectares à Sevran (France), naguère appartenant à leur pères. »

Héritage noyé
Toujours selon l’enquête de Eugène Dipanda, de l’avis de la majorité des Camerounais vivant dans la capitale économique, Paul Soppo Priso a ainsi été l´un de ceux qui, de par leur volonté et leur vision, ont impulsé le développement de la ville de Douala. Des legs qui, après sa mort le 25 mai 1996 à Neuilly-sur-Seine en France, ont été gérés bon an mal an par une série de liquidateurs judiciaires de la succession. Moins d´une dizaine d´années après le décès de l´homme d´affaires, certains édifices, à l´instar de la très célèbre polyclinique Soppo Priso, avaient déjà sombré dans la négligence, au point de ne plus faire référence en matière de soins hospitaliers. Si les héritiers de l’homme avait su taire leurs égos pour poursuivre la vision de l’homme, nulle doute qu’aujourd’hui, ne serait-ce que sur le plan de la santé, Douala aurait pu être, avec la polyclinique Soppo Priso, une référence en matière de soins hospitaliers, qu’il y ait le corona virus ou pas.

Roland TSAPI

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