Figures : Paul Biya, l’espoir de 1982

Alors que l’accession au pouvoir suprême est un long chemin semé d’embûches pour certains, il est arrivé à 49 ans marchant sur du velours. Destin particulier pour un homme qui avait la politique en horreur dans son jeune âge.

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Le 6 novembre 1982, dans l’euphorie totale, les Camerounais de tout bord accueillaient un nouvel  homme au sommet de l’Etat. Il est certain que ce changement à la magistrature suprême n’arrangeait pas tout le monde, puisqu’il y a toujours quelques caciques, mais la popularité dont jouissait le nouvel homme fort ne souffrait de rien, celui-là qui incarnait la rupture et l’avènement d’une ère nouvelle. Ce 13 février 2020, cela fait exactement 87 ans que cet homme, Paul Biya puisqu’il s’agit de lui, a vu le jour. C’était le 13 février 1933 à Mvomeka’a dans l’arrondissement de Meyomessala, département du Dja-et-Lobo,  Région du Sud. Il est le fils d’Anastasie Eyenga Ellé et d’Étienne Mvondo Assam, un catéchiste. Celui-ci voit en son fils un futur prêtre, et l’oriente à l’École catholique de Nden, puis aux séminaires d’Edéa et Akono. Mais après ses études secondaires  au lycée Général-Leclerc à Yaoundé,  il passe successivement, à Paris, par le lycée Louis-le-Grand, l’Université de la Sorbonne,  l’Institut d’études politiques  où il obtient une licence en droit public en 1961, et l’Institut des hautes études d’outre-mer. Homme réservé, il est peu proche des autres étudiants camerounais en France, et selon divers témoignages, il préférait rester dans sa chambre ou à la bibliothèque où il s’adonnait à la lecture. Contrairement à d’autres Africains de la diaspora de l’époque, qui étaient très actifs dans les mouvements militants, le jeune Paul ne veut pas se mêler de la politique.

Destin tracé

Mais son destin était tout autre, et même très loin de celui de prêtre vers lequel son père voulait l’orienter. La politique le suivra, contre son gré, et sur ce plan, il a eu la chance que beaucoup n’ont pas eue. Après ses études en 1962, il rentre au pays. Il commence sa carrière de fonctionnaire presque au sommet de l’Etat, car Ahmadou Ahidjo le prend directement à la présidence de la république comme chargé de mission. Certaines archives disent qu’en cela il avait bénéficié du coup de pouce de Louis Paul Aujoulat, qui l’avait recommandé depuis Paris à Ahmadou Ahidjo. Qu’importe, puisque le chemin était tout tracé pour ce jeune prodige, qui comparé à ses camarades d’âge et de classes, était un enfant né avec une cuillère d’or dans la bouche, comme dit l’expression. De la présidence de la république, il est détaché pendant un temps au ministère de la l’Education nationale comme directeur de cabinet  auprès de William Eteki Mboumoua qui était le patron de ce département. Son stage ne dure pas très longtemps, Ahidjo le ramène auprès de lui en 1968 et le nomme ministre secrétaire général à la présidence de la république. 6 ans seulement après ses études et son retour au pays, il est déjà le patron de l’administration à la présidence de la république, à 35 ans. Son étoile continue de briller, et impose même la modification des textes pour lui donner ce qu’il veut, ou pour lui permettre d’être là où il doit être. En 1975, la Constitution est modifiée pour instaurer le poste de Premier ministre. L’on s’attend à ce que le poste soit donné à John Ngu Foncha dont le poste de vice-président a été supprimé, mais c’est à Paul Piya qu’Ahmadou Ahidjo offre le poste  le 30 juin 1975. Une ascension qui faisait vraiment des envies, car Ahidjo le préférait ainsi à d’autres membres du gouvernement qui avaient roulé leurs bosses avec lui, et qui lorgnaient ces postes. Mais Paul Biya à son destin à lui, un chemin tout tracé on dirait. Les choses se font seules pour lui en effet. A cette époque, le successeur constitutionnel du président de la République était le président de l’Assemblée nationale, mais en 1979, Ahidjo trouve encore le moyen de modifier les textes pour donner ce privilège au premier ministre. Avec cette modification, Ahidjo avait ainsi fini d’aménager le chemin de la présidence de la République pour Paul Biya, et il ne lui restait plus qu’à parachever son œuvre. Ce qui fut fait le 4 novembre 1982, quand il annonça sa démission pour céder le poste à son successeur constitutionnel. Deux jours plus tard, Paul Biya prêtait serment comme président de la République du Cameroun, à 49 ans, et après 20 ans de haute administration.

Le bon élève

Chanceux, on peut dire que l’homme l’a été dans sa vie. Là où d’autres créent des partis politiques, militent dans l’opposition pendant des années, font même la prison se font battre aux élections plusieurs fois avant d’accéder un jour à la fonction suprême d’un pays, Paul Biya lui s’est vu offrir le pouvoir sur un plateau d’or. Mais on ne peut pas mette ce parcours seulement au compte de la chance, qui d’ailleurs n’est qu’une rencontre entre l’opportunité et la préparation. Par son travail, Paul Biya était préparé, et l’opportunité lui a été offerte, comme l’attestera le président Ahidjo lui-même le 5 mars 1984 à Paris, au cours d’une interview accordée au journal Afrique-Asie : « Je l’avais pris, à la fin de ses études, auprès de moi, dans l’équipe de mon cabinet. Je l’avais confié à un moment donné à M. Eteki Mboumoua, alors ministre de l’Education nationale, pour être son directeur de cabinet. Puis je l’avais repris à mon cabinet, où il devait faire toute sa carrière. Quoi que je pense aujourd’hui de l’homme et de la grave erreur d’appréciation que j’ai commise le concernant, rien ne m’empêche de dire qu’il était sérieux, travailleur, pondéré et, selon toute apparence, dévoué. Je n’ignore pas que ses camarades du séminaire l’appelaient «Mademoiselle», ni que les ministres se plaignaient souvent de ce qu’il ne tranchait jamais un problème de quelque importance, si cela impliquait de prendre une responsabilité. Je me disais que, mis en situation et la fonction aidant, il, je le croyais sincèrement, pourrait devenir un président conformément aux espoirs que je mettais en lui pour le plus grand bien du Cameroun. »

Contre vents et marrées, Paul Biya est resté au pouvoir au Cameroun,  où il est arrivé en marchant sur un tapis de velours. Ce 13 février 2020, il fête ses 87 ans, et malgré le poids de l’âge, il se sent encore des forces pour exercer la fonction suprême. Un courage admirable, même si l’on peut légitimement se demander ce qu’il a fait de ce pouvoir 

Roland TSAPI

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