Figures : Françoise Foning, la bête politique

Avec un niveau académique en deçà de la moyenne,  cette femme a su s’imposer sur la scène politique et réaliser un record qu’aucun que personne n’a encore égalé dans la ville de Douala, être maire pendant 4 mandats consécutifs.

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Reconnaissance

Suite à une délibération du Conseil de la Communauté urbaine de Douala du 16 décembre 2016, la rue allant de la Pharmacie Akwa Nord, en passant par l’axe lourd Bepanda, boulangerie de la paix jusqu’au carrefour Bocom à Makepe Missoke devait être baptisée Rue Françoise Foning. La cérémonie de consécration de ce nom de baptême a eu lieu le 29 octobre 2019, en présence des chefs supérieurs Bafou et Bazou de la région de l’Ouest, mais en l’absence du premier magistrat de la ville. Le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntone Ntone, qui devait présider la cérémonie, avait renoncé à le faire la veille en évoquant une mésentente au sein de la famille. Mais la cérémonie a eu lieu et les annales de la ville de Douala retiendront désormais que cette rue est dédiée à l’ex maire de Douala Veme.

Trajectoire

Françoise Foning épouse Tsobgny Nguizong, est en effet une femme au destin particulier, qui a réussi à s’imposer dans la ville de Douala sur le plan politique et économique, au point où elle était soupçonnée, à tort ou à raison de faire et de défaire les autorités administratives de la ville. Née en 1948 à Dschang, chef-lieu du département de la Menoua dans la région de l’Ouest, originaire du village Bafou, elle était dès le bas âge habitée d’un charisme particulier, qui lui permettait de s’imposer partout où elle se trouvait.

Les éléments biographiques sont très peu diserts sur son enfance et sa scolarité, mais on retient qu’elle était détentrice d’un certificat d’aptitude professionnel (Cap) et qu’elle aurait fait une brève formation en secrétariat. Mais la suite de sa vie a montré qu’elle s’embarrassait bien peu des qualifications académiques. Elle avait son chemin qu’elle frayait et avançait, faisant trembler au passager des éminents docteurs et professeurs d’université. L’une de ces qualités est celle d’organisatrice communautaire et de mobilisatrice. Le  secteur dit New-style du quartier Bepanda à Douala lui doit sa renommée. D’après les écrits : « en 1967, une jeune femme, dont le dynamisme était déjà perceptible, s’installe dans ce secteur. Elle y ouvre un restaurant-bar au nom New-style. Ce nom était l’expression d’un état d’âme, une vision des choses, un projet. Cette jeune dame, Françoise Foning, entendait par ce fait, impulser une dynamique nouvelle au quartier. C’est ainsi que sous son leadership, les habitants de cette zone vont s’organiser et viabiliser leur quartier.  Bien avant, étant donné la popularité de cet établissement, l’amabilité et le dévouement de la tenancière, on avait pris l’habitude de désigner cette zone par le nom du restaurant-bar

Auto emploi

Il faut préciser que dans ce cabaret, elle chantait personnellement, et poussée par une force intérieure, elle ne s’arrêtait jamais quand il fallait faire des affaires. Tout était bon à entreprendre tant que cela pouvait produire de l’argent, et elle n’a jamais cessé de le rappeler aux jeunes filles et femmes qui l’ont côtoyée. Sur ce plan, elle a fait ses preuves. Propriétaires des taxis, elle l’a été. En tant que femme entrepreneur, elle a créé les entreprises comme ANFLO, spécialisé dans la menuiserie ; WABCO, spécialisé dans la fabrication de batteries, et GINNY, spécialisé dans la commercialisation de tricycles.

Sur le plan des affaires, elle a occupé des responsabilités insoupçonnées comme celle de Présidente du Groupement des femmes d’affaires du Cameroun, le Gfac. Elle rappelait d’ailleurs à qui voulait l’entendre qu’elle était  « la première femme homme d’affaires du Cameroun ». A l’internationale elle a été Présidente du Réseau Africain de Soutien à l’Entreprenariat Féminin (RASEF), Vice-présidente du Forum francophone des Affaires chargée de l’Afrique, et Vice-présidente de l’Organisation Mondiale des Femmes Chefs d’Entreprises.

Bête politique

En politique, Françoise Foning a fait montre d’une boulimie particulière, et a tout simplement été qualifiée de bête politique. Sa carrière ici  commence en 1986 lorsqu’elle devient Présidente de la Section de l’Organisation des femmes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (OFRDPC) du Wouri. Deux ans plus tard, en 1988, elle est élue Conseillère Municipal à Douala 3eme et députée à l’Assemblée Nationale.  En juin 1990, elle devient membre titulaire du Comité Central du RDPC, position après laquelle beaucoup ont couru sans succès.

Dès l’ouverture démocratique de 1991, elle essuie ses premiers échecs aux législatives de 1992 ainsi qu’aux municipales de janvier 1996 pour la circonscription de Douala V. Mais dotée d’une détermination sans pareille, elle se remet en selle et sera élue député du Wouri-Est sur la liste du RDPC aux législatives de 1997, puis celles de juin 2002 et 2007. Pour les deux mandats électifs de 1997 et 2002,  elle est l’une des rares qui portait les titres de député- maire, siégeant en même temps à l’Assemblée nationale et occupant le premier poste à la mairie Douala Veme. Elle sera forcée à l’abandon de ce cumul quand en 2007 le ministre de l’administration territorial exige l’application de la loi qui interdit le cumul de ces deux fonctions électives.

Au passage, à la faveur de l’éclatement de la grande section Rdpc du Wouri, elle devint désormais la présidente de la section Wouri Est, au grand dam de tous les fervents militants masculins du parti dans cette circonscription, car ce poste devait en principe occupé par un homme, les femmes devant prendre des postes dans la section Ofrpc. Françoise Foning sera élue de nouveau maire de Douala Ve en 2012 pour son 4eme mandat consécutif, mandat qu’elle n’achèvera pas, décédée le 23 janvier 2015 à la suite d’un accident de circulation  survenu sur la route Yaoundé Bafoussam.

La fin justifie les moyens

Les moyens et méthodes que Françoise Foning utilisaient pour arriver à ses fins peuvent être discutés, mais ce qu’il faut retenir de cette femme, autodidacte au finale, c’est  sa hargne et sa détermination quand elle voulait atteindre un objectif, son militantisme sans faille dans son parti le Rdpc, et surtout sa fidélité, sa loyauté envers un homme, Paul Biya. Elle a aussi marqué le paysage politique avec son langage particulier, dépouillé de tout protocole et fioriture, ce qui est devenu sa marque de fabrique. Dans les réunions elle disait aux femmes « Avec vos enfant et vos maris il faut le supporter », parlant de Paul Biya. Et  dans un style qui lui était propre, elle disait  parlant de son président : Paul Biya est le seul pays au monde que tout le monde insulte il ne dit rien, » ou encore «  là où Paul Biya dit que va, je va »

On peut l’avoir aimé ou pas, mais il reste constant qu’elle a marqué son temps avec un style propre à elle, prouvant que même sans être allé loin à l’école, on peut frayer son chemin et se retrouver sur le toit du monde, et comme elle disait à l’attention de la jeunesse je cite encore « dans la vie il faut se battre, car la vie c’est la bastonnade. »

Roland TSAPI

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