Figures : Eboue Etongo roi Malimba, les premiers martyrs

Avant les nationalistes exécutés par les colons français à la veille et à l’aube de leur « indépendance », bien de fils du terroir avaient été assassinés pour la même cause, en essayant de protéger le pays à partir de la côte

écouter l’éditorial

Le Cameroun a vu naître de nombreuses figures historiques, qui se sont illustrées par leur résistance à l’invasion coloniale, qui ont mené diverses luttes pour protéger l’intégrité du territoire contre l’envahisseur étranger. Grace aux travaux des historiens et des chercheurs,  bon nombre d’entre eux sortent progressivement des oubliettes, mais beaucoup restent encore inconnus. Dans nos efforts de retracer l’histoire de ces héros qui ont laissé leurs vies sur des poteaux, dans les forêts ou dans des verres empoisonnés, il nous a été rappelé à la mémoire que les Martin Paul Samba, Duala Manga Bell, Ngosso Din et plus tard Um Nyobé, Ernest Ouandié, Félix Roland Moumie et autres, ont été précédés dans la lutte contre l’envahisseur par bien d’autres comme Eboué Etongo, le roi des Malimba.

le peuple Malimba

L’éloignement dans le temps de l’époque où ces premiers cobayes des exécutions sauvages des enfants du terroir pour leur refus de se laisser dominer, nous oblige à retracer les origines des Malimba pour mieux comprendre ce qui aura prédisposé Eboué Etongo au sacrifice suprême pour sa nation.  Dans un document publié sur le site internet auletch.com le 27 décembre 2017, et qui cite journal-ledroit.net, on apprend que Les Malimba représentent un sous-groupe appartenant à la grande famille Sawa. Très peu connus, ils sont souvent confondus voire considérés comme des Duala. D’après le récit, il faut remonter  jusqu’à 590 ans en arrière, aussi loin que vers 1430. Le pays arrosé par le Nil, l’Egypte aussi appelé berceau de l’humanité, est aussi celui qui a bercé l’ancêtre des Malimba, un certain Lukeni, qui plus tard aura un fils du nom de Kongo, qui à son tour donnera naissance à Kota. Plus de 127 après Lukeni, son petit-fils Kota sera le père de Mbwé, qui perpétua la ligné en accouchant  vers 1557 le nommé Mbongo qui va devenir l’ancêtre commun des Duala et des Malimba.

Migration des Malimba

Depuis le Congo où il réside, Mbèdi devenu le successeur de Mbongo va conduire toute la grande famille Sawa jusqu’aux berges du fleuve Pitti-Dibamba. Mais juste après 1641, l’un des fils de Mbèdi, le nommé Mooh va quitter la case familiale pour former son groupement. C’est ainsi qu’il va avoir deux fils : Bongwe et Illimbe dont on suppose qu’ils seraient nés vers 1676 et c’est à partir d’Illimbe que va naître la grande famille Malimba.

Les Malimba s’installent alors au niveau des plaines et des îles situées au fond du golfe de guinée et de l’estuaire Wouri au nord-ouest, et à l’embouchure du Nyong au sud-est. Les berges sont leurs lieux de vie préférés, ils résident essentiellement aux bords de l’eau, d’où ils puisent l’essentiel des ressources nécessaires pour leur survie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, l’une de leurs activités principales est la pêche des palourdes qu’on appelle Ehona, un patrimoine dans l’art culinaire Malimba. Cette position sur les bords des eaux les prédispose également au contact avec les bateaux qui sillonnent les côtes africaines pour l’achat des esclaves. Un peu plus en amont sur la côte littoral, leurs frères les Duala coopèrent plus ou moins déjà avec les auteurs de ce commerce des êtres humains, mais les Malimba quant à eux ont un sens poussé de la vie humaine, et s’opposent farouchement à cette activité des négriers. Leur détermination les aurait même  poussés à détourner  un navire ayant à son bord des esclaves, et de cette opération spectaculaire, les vendeurs d’esclaves ont été obligés de choisir d’autres  ports comme ceux de Sao Tomé un peu plus loin dans l’Océan atlantique,  Bimbia dans le Sud-Ouest Cameroun ou Gorée au Sénégal  comme lieu d’embarquement.

Fierté d’un peuple

Si les Malimba étaient réfractaires au commerce des hommes, ils étaient tout de même favorables à d’autres types d’échanges commerciaux, et leur situation géographique stratégique favorisait un développement rapide, jusqu’à l’arrivée des Allemands qui, munis d’une copie du traité de  Berlin signé en 1885, se trouvaient au Cameroun en terrain conquis. Mais ce peuple est trop fier de lui pour se laisser mater par un homme, fusse-t-il blanc, et qu’il ait des documents signés ou pas. Sous la conduite du chef Eboue Etongo dit King Nyambé, ils opposent un « non » catégorique à la domination allemande. Toutes les tentatives pour le retourner échouent, il ne veut pas collaborer avec la puissance extérieure sur le dos de son peuple, il ne veut pas avoir le privilège de voyager quand il veut en Allemagne, positionner ses enfants dans les écoles étrangères, accepter des maisons en métropole, et laisser son sol être pillé sans retenue, voir son peuple être réduits aux travaux forcés et à toute sorte d’humiliation, non.

Eboue Etongo dit King Nyambé était trop fière de lui pour cela, il était surtout jaloux de son peuple, et conscient de la mission de protecteur de ce peuple qui lui avait été confiée. Mais cette race de chef charismatique était justement ce que les Allemands ne voulaient pas rencontrer sur leurs chemins, ils préféraient les béni oui oui qui pour un pagne étaient prêts à vendre tout leur peuple. Comme ses parents qui avaient repoussé les bateaux négriers loin de leur côte, Eboué Etongo tient tête au colon, qui n’hésitent pas à mette en exécution un plan sadique pour l’éliminer.

Résistance jusqu’au bout

Le 18 janvier 1890, le valeureux roi Etongo est assassiné, au même moment que son fils héritier Mbeke Eboue. Cet assassinat, loin de mettre fin à la résistance, réveille plutôt l’esprit de fierté et de dignité chez les Malimba, qui n’entendent pas rester les bras croisés face à l’exécution de leur guide. Leur disparition déclenche le lendemain  la guerre germano-Malimba qui va durer deux ans, du 19 janvier 1890 au 29 novembre 1891. Le conflit prendra fin avec la destruction du bateau de guerre allemand, le  « Zehdenick ». D’après les écrits, l’épave de ce bateau  gît aujourd’hui dans les eaux de la Kwakwa à cheval entre les localités de Mouanko et Manoka, et sert de lieu de visites aux touristes et témoin de la résistance des guerriers Malimba.

L’esprit Etongo Eboué, qu’est-il devenu ? Où sont passés ces chefs qui étaient prêts à sacrifier leur vie pour protéger leurs peuples, qui refusaient tout avantage et privilège du « gomna », qui s’opposaient farouchement à toute forme de maltraitance de leurs peuples ? Qui ira dire à Etongo Eboué, que les chefs traditionnels sont aujourd’hui devenus les auxiliaires de l’administration, qui ira lui dire qu’ils sont devenus friands des postes de nomination, et qu’ils se réunissent désormais pour adresser des motions de soutien aux héritiers du colon, qui irai lui dire, comme le répète souvent le chef Sokoudjou Jean Rameau de Bamendjou, que le pays est resté derrière se gâter ?

Roland TSAPI

2 Replies to “Figures : Eboue Etongo roi Malimba, les premiers martyrs”

  1. Magnifique Rétro. Surtout pour nous qui avons subit la malchance d’avoir des cours d’Histoires et Géographie au primaire et secondaire basées sur la compréhension de la race des colons.

  2. Eboue Etongo n’était pas le Roi des Malimba , il était chef du Clan Botounga le Roi des Malimba était Moukoko Manyanye dit King Pass All … C’est la mort d’Eboue Etongo le 18 avril 1890 qui déclenchera la guerre …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code