Figure : Yves-Joseph-Marie-Plumey, l’évangéliste du désert

Arrivé au Cameroun à 33 ans, il s’est donné en don pour l’éducation des populations du Grand Nord, mais sa récompense a été un lâche assassinat dans sa chambre de retraite à N’Gaoundéré

Il est né hors du Cameroun, français d’origine, mais il est devenu plus camerounais que beaucoup de natifs. Dans sa mission d’évangélisation, il est sinon le seul, du moins parmi les pionniers de l’éducation dans le Septentrion en général, et dans la région de l’Extrême Nord en particulier. Tel Jean Baptiste dans le désert, il marchait pieds nus dans les villages hostiles de la région pour apprendre aux populations à lire et à écrire en se servant de l’évangile. Il aura en fait tout donné au Cameroun, y compris sa vie, lâchement assassiné dans sa modeste chambre qui avait pour tout meuble un petit lit de 4 pieds, une nuit de septembre 1991 à N’Gaoundéré.

Yves-Joseph-Marie-Plumey est né le 29 janvier 1913 à Vannes, une commune française de la côte sud de la région Bretagne. En 1930 il entre dans la congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et fait son année de noviciat. En 1931 à Berder, il prononce ses vœux de religion, par cet acte il s’offre tout entier à Dieu. 6 ans plus tard, le 29 juin 1937 il reçoit l’ordination presbytérale en la solennité de Saints Pierre et Paul, apôtres et Martyrs. Le 4 mai 1946, alors que le Père Yves Plumey était totalement donné à cette jeunesse qu’il encadrait dans la paroisse de Talence, à Rome, il est désigné pour être supérieur de la mission Tchad-Cameroun, avec ses 13 compagnons. Avant son départ, il fait une retraite du 21 au 28 juillet animée par le P. Albert Perbal. Le départ vers l’inconnu se fera en deux groupes. Le père Yves Plumey est le tout premier à partir par avion le 14 Août 1946 et ses compagnons le suivent par bateau, il les accueille au port de Douala le 16 octobre 1946 et cette équipe de jeunes missionnaires oblats de Marie Immaculée arrive à Ngaoundéré le 28 octobre 1946. Les missions et les responsabilités ne se font pas attendre. 6 mois après son arrivée dans la ville qui deviendra ensuite le chef-lieu du département de l’Adamaoua et plus tard la capitale de la province du même nom, il est nommé le 25 avril 1947 Préfet Apostolique. Son travail d’évangélisation et d’éducation se fait remarquer rapidement, dans une zone où le taux de scolarisation est de 7%. Les responsabilités suivent aussi. Le 24 mars 1953,  Yves Plumey est nommé Vicaire Apostolique. Il pose son premier acte en créant une école primaire, puis il fonde en 1954 le collège de Mazenod, qui a formé l’essentiel des cadres camerounais originaires de tous les coins du pays, et même du Tchad. Le 14 septembre 1955, Mgr Yves Plumey devient évêque de Garoua avec la création du diocèse du même nom. Mgr Réné Graffin, 1er archevêque de Yaoundé, viendra l’installer le 29 juin 1956, à la Cathédrale de Garoua. Après le détachement du Mayo-Kebbi qui devient préfecture Apostolique de Pala le 19 décembre 1956, le 19 mars 1968 c’est le tour des préfectures apostoliques de Maroua-Mokolo et de Yagoua de voir le jour et de faire la fierté de Mgr Plumey qui se réjouit de savoir que l’évangile est annoncé. Comme un signe de ratification de l’excellence de ce qui se fait, le 18 mars 1982, Garoua devient une province ecclésiastique et par conséquent Mgr Yves Plumey devient premier archevêque de Garoua. Le Pape crée le diocèse de N’Gaoundéré le 19 novembre 1982 et Mgr Jean Pasquier, évêque auxiliaire de Mgr Yves Plumey y est envoyé comme  premier évêque. A la même date, à savoir le 19 novembre 1982, Mgr Wiyghan Christian Tumi, évêque de Yagoua est nommé de Garoua comme Archevêque-coadjuteur, sous Yves Plumey. Le 17 mars 1984, le Souverain Pontife accepte la démission de ce dernier et son coadjuteur Christian Tumi le remplace comme Archevêque de Garoua. Il se retire alors dans la ville de Ngaoundéré au climat plus tolérant pour sa retraite

«le secret de la réussite, c’était en eux-mêmes qu’ils le portaient. Ils ont senti que plus ils seraient faibles et dépouillés, plus ils seraient forts et riches; que plus ils s’oublieraient, plus ils auraient de puissance; plus ils se feraient petits, ils grandiraient et réaliseraient l’œuvre de l’Eglise.»

Don du sang

C’est ici qu’il complètera le don de soi fait  à l’humanité, en y ajoutant son sang. Il achève d’abord l’écriture de son livre mémoire, Mission Tchad-Cameroun : l’annonce de l’évangile au Nord-Cameroun et au Mayo Kébbi, 1946-1986, publié en 1990 comme un testament. Arol Ketch dans ses séries « la vraie histoire du Cameroun », retrace le dernier acte de sa vie en plusieurs scènes. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1991, deux individus, à bord d’un véhicule s’introduisent dans la concession du prélat qui est endormi. Ils frappent à la porte, et Yves Plumey qui ne se doute de rien leur ouvre. Mais ce n’est pas une visite de confession comme il pouvait le penser. Les curieux visiteurs l’agressent directement. Du haut de ses 79 ans et avec une santé fragile, il est une proie facile. Il s’écroule, le crâne fracturé et ses bourreaux le ligotent avec l’aide d’un rideau. Ils passent par la suite au peigne fin sa maison visiblement à la recherche d’un document. Toutes les enveloppes, tous les plis, tous les tiroirs sont ouverts et le lit est mis sens dessus-dessous. Leur forfait commis, ils fondent dans la nature. Le matin du 3 septembre 1991, Bernard François Sah qui s’occupait de la propreté de la concession  constate l’horrible crime avec un de ses collègues. Trois coupables présumés ont été interpellés, mais seront relâchés plus tard sans suite. Le crime n’a jamais été élucidé. Sa tombe se trouve devant la cathédrale Notre Dame des Apôtres de N’Gaoundéré, siège du diocèse catholique. En 2021, à l’occasion du 30eme anniversaire de sa mort, son nom a été attribué à une avenue de la ville, la route qui va de la cathédrale au Bois de Mardock, et une marche de fraternité a été organisée par les chrétiens en souvenir de cet homme de Dieu. Dans son ouvrage Mission Tchad Cameroun, il écrivait qu’au cours de la retraite qu’il avait faite avec ses 13 compagnons avant de s’envoler pour le Cameroun, il avait compris que  «le secret de la réussite, c’était en eux-mêmes qu’ils le portaient. Ils ont senti que plus ils seraient faibles et dépouillés, plus ils seraient forts et riches; que plus ils s’oublieraient, plus ils auraient de puissance; plus ils se feraient petits, ils grandiraient et réaliseraient l’œuvre de l’Eglise.» Une œuvre qu’il a accompli et achevé à sa manière. Il avait fait du Cameroun sa patrie, il avait don de soi au pays, mais comme pour Jésus dont il prêchait l’évangile, les pharisiens n’étaient pas loin.

Roland TSAPI

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