Figure : Woungly Massaga : le dernier Sg de l’Upc unie

Engagé très jeune pour la lutte nationaliste, il s’est investi toute sa vie pour cela au sein  de l’Union des populations du Cameroun, mais les divisions internes à cet appareil politique ne lui ont pas permis de réaliser son rêve

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Le 19 décembre 2020, la terre de Lolodorf s’est refermée sur l’un des fils camerounais dont le rêve a toujours été de voir le pays devenir une nation au sens le plus profond du terme, une nation dont les enfants devaient en être fiers. Brillant étudiant en mathématiques, il aurait dû adopter comme beaucoup d’étudiants africains de l’époque en France une attitude politiquement correcte, qu’il aurait achevé sa thèse et serait revenu être un enseignant à l‘université ou devenir un membre du gouvernement, mais il n’a pas pu finir cette thèse parce qu’il a été expulsé de la France alors qu’il participait à une manifestation des étudiants noirs sur les Champs Elysées pour protester contre l’assassinat du nationaliste Patrice Lumumba de l’ex Zaïre, actuel république démocratique du Congo. 

René Jacques N’gouo Woungly-Massaga, est né le 26 janvier 1936 à Yaoundé. Il aurait soufflé sur ses 86 bougies s’il avait vue 2021.  Après des études primaires à Eséka et à Lolodorf, des études secondaires au Lycée Leclerc de Yaoundé puis au Collège de Die (Drôme),  au Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand,  des études supérieures à la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand, Woungly-Massaga s’inscrit à la Sorbonne en 1960 pour préparer une thèse de doctorat en Mathématiques. Le jeune étudiant a peut-être le corps en Europe, mais les oreilles bien tendues en Afrique. Il se met au courant de l’évolution des mouvements indépendantistes sur le continent et suit de très près les actions des nationalistes. Il sait aussi que ces frères qui se battent sur le terrain ont besoin du soutien de la diaspora, et surtout d’une diaspora organisée. Au même moment où il s’inscrit pour sa thèse en mathématiques en 1960, il est élu président de l’Union nationale des étudiants du Kamerun (UNEK) au mois de décembre. Cette position le met dans le viseur des politiques qui s’échangent des informations entre Yaoundé et Paris pour surveiller l’opposition et tous les mouvements qui revendiquent une libération totale du continent. Le 11 février 1961, il fait l’objet d’un arrêté d’expulsion pris par le premier ministre Michel Debré. Le prétexte étant que Woungly Massaga était bien entendu en première ligne des mouvements activistes. Là commence une longue vie en cabale pour lui, et de longs périples sur le continent où il met son énergie à défendre les régimes nationalistes contre les forces coloniales.

Cabale

Expulsé de la France, il s’évade de l’ambassade du Ghana à Paris, encerclée par la gendarmerie, avec ses collègues Michel Ndoh et Joseph Etoundi, déguisés en prêtres, jusqu’à Bonn en Allemagne puis Accra au Ghana. Arrivé au Ghana, il devient secrétaire administratif de l’Union des populations du Cameroun, principal collaborateur d’Ernest Ouandié qu’il accompagnera aux frontières du Nigeria et du Cameroun, puis secrétaire administratif de la Conférence des Peuples africains, où il remplace Frantz Fanon, auteur du livre « Peau noire masque blanc ». Plus tard il remplace Ernest Ouandié au comité directeur de cette conférence où siégeait également Ossendé Afana, au titre du secrétariat afro-asiatique du Caire où il représentait l’UPC. Doté d’un entregent exceptionnel et d’un sens du relationnel à la limite de l’imaginable, on retrouve Woungly Massaga partout où il y a la révolution sur le continent. De 1962 à 1965, il est conseiller à la présidence de la République du Ghana auprès de Kwame Nkrumah, collaborateur confidentiel de la direction du parti Action Group du Nigérien Samuel Goomsu Ikoku et collaborateur secret des syndicats nigérians; collaborateur de Agostinho Neto, président du MPLA en Angola ; collaborateur confidentiel du groupe d’Ibrahim Abacha pour la lutte armée au Tchad, collaborateur des conseillers du président Massamba-Débat et des syndicats du Congo (Bantou) ; collaborateur des groupes de Léonard Mitudidi et Thomas Mukwidi pour la lutte armée au Congo-Lumumba. De 1965 à 1969, il est collaborateur au Cabinda en Angola  du fondateur des Forces armées de libération de l’Angola sous le nom de Commandant Gama, et surtout commandant en chef du IIème Front de l’Armée de libération nationale du Kamerun, avec lequel il mène la lutte de libération à partir du front Est, notamment à Djoum.   Après la mort d’Osendé Afana en mars 1966, il devient le principal dirigeant de l’UPC. Il tente alors de la réorganiser militairement en implantant un camp d’entrainement en Angola, dans une région contrôlée par les combattants du MPLA. Les militants upécistes bénéficient de l’aide d’instructeurs cubains, qui leur offrent aussi un meilleur équipement. La troupe commandée par Massaga prend le nom de « colonne Ruben Um Nyobè », traverse le Congo, et pénètre au Cameroun à la fin de l’année 1967. Elle est cependant repérée par les services de renseignement d’Ahidjo et doit essuyer en décembre la contre-offensive de son armée. La majorité des combattants parviennent finalement à rejoindre le Congo mais le gouvernement de Marien Ngouabi refuse de leur permettre de poursuivre leur combat. Woungly-Massaga s’envole alors pour Cuba.

Vaines tentatives de récoler les morceaux

De 1982 à 1990, il est secrétaire général, le dernier Secrétaire Général de l’UPC clandestine et unie dit-on. Le 3 Octobre 1990 Woungly-Massaga annonce de Luanda en Angola sa démission de toutes ses responsabilités au sein de l’UPC et rentre peu après au Cameroun. En 1991, il crée le parti politique dénommé Parti de la solidarité du Peuple (PSP). Mais soucieux du devenir de l’Upc pour et avec lequel il s’est battu, Woungly Massaga essaie de recoller les morceaux d’un parti que le pouvoir avait réussi à décapiter. En 1994, il fusionne le PSP avec l’UPC pour lancer le travail d’organisation d’un congrès unitaire du parti. En 1996, il est élu secrétaire national aux Affaires politiques de l’UPC au Congrès unitaire du 13 septembre. Mais le parti sombre de nouveau dans la division en 1998 avec quatre branches dont celles de Ntumazah, Kodock, Hogbe Nlend, et l’UPC/Manidem de Mack Kit et Mukoko Priso.  En 2003, une nouvelle tentative de Congrès unitaire échoue, et c’est la mort dans l’âme, qu’il s’en est allé le 17 octobre 2020 à Yaoundé, laissant derrière lui, presque sans âme, l’âme immortelle du peuple

Woungly Massaga était aussi l’auteur de plusieurs publications dont le livre intitulé « Où va le Kamerun » sorti en 1984. Dans l’écriture, le  Commandant Kissamba était resté attaché à l’ancienne orthographe du mot Kamerun, qui pour lui représentait toute une idéologie et incarnait le sens profond de la nation dont il rêvait. Il expliquait alors à l’entame de cet ouvrage « Cette orthographe datant de la colonisation allemande, a une signification profonde. Elle traduisait la revendication upéciste de « réunification et d’indépendance » à l’époque de la double tutelle coloniale française et britannique qui s’exerça sur le Kamerun de 1918 à 1960. La Constitution de  1972 a institué la « République unie du Cameroun », qui n’est rien d’autre que la traduction juridique de l’annexion du « Cameroun occidental », riche en pétrole, par le capitalisme français fortement implanté au « Cameroun oriental ». L’orthographe KAMERUN utilisé par l’Upc traduit donc la revendication d’une unité réelle du pays, sur la base de l’unité géographique et de l’autodétermination de toutes les populations, de l’Ouest comme de l’Est du pays »

Roland TSAPI

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