Figure : William Etéki Mboumoua, victime de son succès

Il a accueilli le président Paul Biya dans l’administration camerounaise et l’a aidé à faire ses premiers pas, mais sa politique diplomatique visant à remettre le Cameroun en orbite sur le plan international lui a valu des inimitiés et provoqué sa sortie du gouvernement. Il cependant resté humanitaire dans l’âme en se consacrant à la croix rouge camerounaise

En 1984, un Conseiller spécial du président Paul Biya est envoyé au Togo pour remettre un pli fermé à son homologue Gnassimbé Eyadema. A la descente de l’avion à Lomé, le représentant du Cameroun dans ce pays l’informe que le président togolais vient de perdre sa mère. Flairant une opportunité diplomatique, il transforme le pli fermé en une note de condoléances. Pendant qu’il est encore à Lomé, le président Paul Biya le nomme ministre des Relations extérieures. Parti du Cameroun comme Conseiller spécial du président de la république, William Etéki Mboumoua retourne quelques jours plus tard comme le patron de diplomatie camerounaise, pour laquelle il aura donné ses meilleures lettres de noblesse

La trajectoire de William Aurélien Etéki Mboumoua est une preuve qu’il n’y a pas toujours eu que du mauvais au quartier Bonadibong à Douala, qui s’est au fil du temps forgé une réputation peu honorable. C’est dans ce quartier qu’il voit le jour le 23 octobre 1933. D’après Guy Ernest Sanga auteur d’un ouvrage biographique sur lui intitulé « William Aurélien  Etéki Mboumoua, diplomate et humanitaire, » il était fils unique à ses parents, et très jeune il fut moulé aux réalités de la vie et initié à l’affronter avec dignité. Il avait confié à l’auteur du livre cette épisode de sa vie d’enfance, quand très malade, sa mère assise au pied de son lit attachait les bâtons de manioc et lui disait : « tu vois petit papa, la vie est ainsi faite comme je le fais en attachant ces bâtons de manioc : il faut toujours avoir le courage et la patience de mettre un pied devant l’autre, de toujours recommencer, de ne jamais s’arrêter, de jamais rien lâcher. » Cette leçon de la vie, venait en complément de l’instruction scolaire qu’il n’eut pas de mal à assimiler et évolua sans grande difficulté dans ses études, qui lui ouvraient en même temps les portes d’une longue carrière dans la fonction publique camerounaise et la haute administration.

Parcours

De retour de la France pour les études dans les années 1950, il a été préfet des départements du Nkam et de la Sanaga maritime de 1958 à 1961. Une période charnière dans l’histoire du Cameroun, et deux départements théâtre à ce moment des luttes intestines et de la traque des nationalistes. Le 20 octobre 1961, il fait partie des premiers gouvernements post indépendance et après réunification, et occupe le poste de ministre de l’Education nationale. Ce département ministériel gérait l’ensemble des politiques nationales en matière d’éducation, lesquelles politiques ont été avec le temps confiées à trois départements séparés, l’Enseignement supérieur, les Enseignements secondaires et l’Education de base. Il est d’ailleurs le pionnier et le tout premier chancelier de l’Université de Yaoundé en 1962, appelée à cette époque Université fédérale du Cameroun, puisqu’elle devait accueillir les étudiants venant des deux Etats fédérés de l’époque, le Cameroun Oriental et le Cameroun Occidental. Il restera ministre de l’Education jusqu’en 1968, et a eu le privilège d’accueillir et d’encadrer dans son cabinet le président Paul Biya pour ses premiers pas dans l’administration. Pendant cette période, il représentait aussi le Cameroun à l’Unesco (Organisation des nations unis pour l’éducation, la science et la culture), où il a été membre du Conseil exécutif de 1962 à 1968, vice-président en 1967, et président de la Conférence générale de 1968 à 1970. De 1971 à 1973 il est Conseiller spécial du président Ahidjo, avant d’occuper à partir de 1974 le poste de secrétaire de l’organisation de l’Unité africaine Oua, ancêtre de l’Union africaine. Il reste à ce poste pendant 4 ans, et retrouve dès 1978 auprès d’Ahidjo son poste de Conseiller spécial pendant deux ans, avant d’être nommé  ministre des responsabilités particulières en 1980. Il conserve ce poste après le départ d’Ahidjo et ce jusqu’en 1984, quand son ancien directeur de Cabinet devenu Président de la république, le nomme ministre des Affaires étrangères. Le 7 juillet 1984.

 Un soir dit-il, alors que le président se trouvait à Mvomeka, il me téléphone non pas pour m’encourager, mais plutôt pour me signifier qu’il n’avait pas donné son autorisation à la tenue de cette conférence pour en faire une assemblée qui critique son gouvernement, le ton était ferme…la réussite de l’organisation de cet évènement n’était pas appréciée par certains caciques du gouvernement. Ils s’étaient donné tout le mal pour appauvrir les discussions, non satisfaits ils avaient usé des plus basses manœuvres pour me discréditer auprès du chef de l’Etat. 

Diplomate

L’une des actions phares de William Etéki Mboumoua à ce ministère sensible, est l’organisation de la toute première conférence des ambassadeurs. Au sujet de cette conférence, il se confie dans le livre de Guy Ernest Sanga : « ce qui m’avait le plus donné satisfaction, a été de constater que plusieurs membres du gouvernement avaient activement participé à ces tables rondes dès le premier jour. Aux cours des différents échanges qui ont été nombreux, les diplomates et les membres du gouvernement ont eu l’occasion d’aborder librement les principaux enjeux et les grands défis auxquels notre diplomatie était confrontée. Dans une représentation diplomatique, on trouve le personnel des ministères des Finances, de la Culture, du Commerce, de la Défense, de l’Agriculture, et l’Ambassadeur doit pouvoir coordonner tout cela. Les échanges entre les chefs de mission et les membres du gouvernement étaient très appréciés de tous. » Mais visiblement, l’homme n’avait pas que des amis dans le sérail. D’après ses confidences, le succès de la rencontre, qui pour lui était d’un grand intérêt pour les jeunes diplomates du siège, lui avait attiré des ennuis des adeptes de la médiocrité. Le libre ton des participants avait été rapporté au président de la république comme une fronde. « Un soir dit-il, alors que le président se trouvait à Mvomeka, il me téléphone non pas pour m’encourager, mais plutôt pour me signifier qu’il n’avait pas donné son autorisation à la tenue de cette conférence pour en faire une assemblée qui critique son gouvernement, le ton était ferme…la réussite de l’organisation de cet évènement n’était pas appréciée par certains caciques du gouvernement. Ils s’étaient donné tout le mal pour appauvrir les discussions, non satisfaits ils avaient usé des plus basses manœuvres pour me discréditer auprès du chef de l’Etat. » Dans un contexte de méfiance après le coup d’État d’avril 1982, il ne faisait pas bon pour un membre du gouvernement que le président de la république ait quelque chose à redire sur lui. L’homme quitte le gouvernement de manière inattendue en janvier 1987, presque victime de son succès. Eloigné des affaires, il s’est reconverti dans l’humanitaire en devenant le président de la Croix Rouge Camerounaise, pour laquelle il a consacré ses derniers jours sur terre, jusqu’au crépuscule du 26 octobre 2016, quand il rendit à Dieu son souffle à 83 ans.

Roland TSAPI

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