Figure : Viviane Ondoua Biwole, militante de la bonne gouvernance

Enseignante des universités, le combat pour la bonne gestion des entreprises publiques est devenu son quotidien, en même temps qu’elle se bat pour que la femme soit en orbite

Le 6 mars 2019, un décret du président de la république du Cameroun nommait un directeur général adjoint à l’Institut Supérieur de Management public (ISMP), pour remplacer une femme, qui 3 jours plus tôt avait écrit à son ministre de tutelle pour lui rappeler que son mandat légal de 9 ans à ce poste arrivait bientôt à son terme, et qu’il fallait déjà nommer son remplaçant. Ce rappel au respect de la loi avait été reçu comme une gifle par les gouvernants, qui non seulement ont  oublié certains responsables d’entreprises à leurs postes au mépris de la loi, mais ne comprenaient pas comment dans un contexte où on s’accroche avec becs et ongles à des postes, elle puisse facilement renoncer aux privilèges. Viviane Ondoua Biwolé avait osé !

Universitaire

Viviane Ondoua Biwole, est née le 1er Novembre 1971. Selon son parcours établi par elle-même et disponible sur son site internet, elle est auteure, expert en questions de gouvernance et haut fonctionnaire de l’administration publique camerounaise. Maître de conférences à l’université de Yaoundé II,  elle est également professeur associée à l’Université de Yale aux Etats unis d’Amérique au programme Epilamp, et enseigne aussi dans les universités camerounaises et à l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Par ailleurs Consultante internationale, elle a été depuis le mois de mars 2007 Chef de Cellule de la Recherche et Développement de l’Institut supérieur de management, poste qu’elle avait occupé 9 mois à peine avant d’être promue Inspecteur numéro 1 du ministère de la Fonction Publique dès le mois de décembre de la même année. Pendant 3 ans elle prête ses services à ce ministère et nommée en juin 2010 directrice générale adjoint de l’Institut supérieur de management. Elle y passera 9 ans, avant de rappeler en mars 2019 contre toute attente à sa hiérarchie que le moment est arrivé pour elle céder son fauteuil. Promotrice du cabinet de formation et de recherche en management OBIV Solutions, elle se consacre essentiellement aux trois missions de l’enseignement supérieur : la formation, la recherche et l’appui au développement. Ses champs de recherche incluent l’entrepreneuriat, la Gouvernance publique et la gestion des ressources humaines. Depuis le 8 mai 2004, elle est titulaire d’un Ph.D après avoir soutenu sa thèse à l’Université de Ngaoundéré.

Ces scandales permettent à Viviane Biwole Ondoua d’identifier trois problèmes récurrents dans les organisations publiques camerounaises : les dérives managériales, l’ingérence constante de la haute hiérarchie dans les décisions relevant des compétences des institutions et la faillite des organisations

Formatrice

Si Viviane Biwoulé a pu facilement démissionner de son poste de directrice adjoint de l’Ispm, c’est qu’en réalité elle a réussi à dominer la chair et ses désirs et autres plaisirs, pour laisser l’esprit prendre le dessus. Pour dire simplement, elle a la tête dans les livres, elle pense chaque jour qui passe à ce qu’il faut faire pour sortir l’Afrique en général et le Cameroun en particulier du marasme. Depuis 2007, elle a publié 6 ouvrages et 8 articles dans des revues classées aux Etats Unis d’Amérique, en France, au Canada et au Cameroun, 7 chapitres dans des ouvrages collectifs, en même temps qu’elle réalisait des études dans le domaine de la gouvernance. Dans l’un de ses ouvrages intitulé « Scandales. Eléments de casuistique pour une viabilité organisationnelle au Cameroun », elle relève que dans l’environnement camerounais, le récurrent scandale considéré comme la médiatisation de la transgression d’une règle est longtemps resté une source d’indignation pour les acteurs et un objet de raillerie sans qu’une véritable attention lui soit accordée au plan de l’analyse. Et pourtant dit-elle, chaque scandale cache un problème de gestion source de fenêtre de vulnérabilité organisationnelle. Onze scandales au total sont explorés dans le livre : la nomination du  directeur général du Chantier Naval et Industriel, la gouvernance à la Société de développement du coton, l’élection des délégués du personnel à la Caisse nationale de prévoyance sociale, le cas des logements sociaux, le concours d’entrée à l’Institut des relations internationales, les élections à la Société camerounaise des arts musicaux, l’affaire Boney Philippe et Samuel Eto’o, la débâcle des Lions indomptables au mondial 2014, le retrait de la Coupe d’Afrique des nations 2019, l’affaire Bapès Bapès et les décès dans les prisons. Ces scandales permettent à Viviane Biwole Ondoua d’identifier trois problèmes récurrents dans les organisations publiques camerounaises : les dérives managériales, l’ingérence constante de la haute hiérarchie dans les décisions relevant des compétences des institutions et la faillite des organisations. La principale discussion qui découle de l’analyse des scandales retenus questionne le dispositif de gouvernance sous le paradigme de la régulation juridique, politique et managériale en vigueur. Dans un autre ouvrage intitulé « Au secours, je suis patron ! », elle propose une réponse au cri de détresse conscient ou non, généralement silencieux mais parfois strident, des gestionnaires, aux premières heures de leur nomination et de leur responsabilisation. Cette réponse les accompagne et les aide à devenir managers, c’est-à-dire efficaces et performants, car, explique-t-elle, être manager, loin d’être une simple affaire de détermination et de volonté, est une question de méthode et de compétences.

La cause féminine

Viviane Biwolé n’a pas non plus oublié qu’elle est une femme, et pour la cause de la gente féminine elle serait prête à laisser sa tête. Son engagement féministe justifie les études réalisées dans le domaine et les différentes conférences offertes au Cameroun et dans d’autres pays. Elle dit dans l’un de ses nombreux écrit : «La place de la femme nest plus à questionner. Si par le passé elle se réduisait à être une bonne femme au foyer et une excellente mère pour les enfants, cette conception est presque révolue. On les retrouve dans toutes les sphères : politique, économique, sociale, armement, etc. Ces présences sont visibles aux postes d’influences telles que : Maires, Directeur général, Présidente de chambre, Gouverneur, ministre, Premier ministre, Chancelière, Capitaine d’armées; vice-président et le plus important, le poste de Président de la République». Mais pour elle, le tout n’est pas que la femme se retrouve à ces différentes positions, il faut qu’elle prouve qu’elle n’y est pas arrivée grâce à des faveurs. L’un de ses ouvrages porte d’ailleurs sur les 100 femmes de l’émergence du Cameroun, dans lequel elle met en exergue leurs qualités et leurs parcours dans divers domaine. Un travail qui n’a autre but que de remettre en orbite la femme qui selon elle, n’occupe pas encore entièrement sa place. Dans le débat de la succession au pouvoir au Cameroun, elle a même proposé qu’il pourrait bien y « une femme camerounaise pour succéder à Paul Biya», et dit : « Alors, mesdames, sentez-vous capables!»

Roland TSAPI

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