Figure : Tiam Jean marie, l’artiste qui ravissait la vedette au chef de l’Etat

Le duo a fait les  beaux jours de la musique camerounaise dans les années 80. Après le décès d’un membre, le dernier essaie de se mouvoir dans un environnement où les vrais politiques culturelles font le plus défaut

Un jour des années 81/82, Jean Fochivé, le redouté directeur du Cener convoqua deux artistes à son domicile et leur dit « amicalement » : « Il y a une seule vedette dans ce pays, c’est le chef de l’Etat ». Pendant deux années au moins, le duo Tim & Foty avait ravi la vedette au pays, étant à la une de tous les journaux et dans toutes les bouches, grâce à leur succès musical. Depuis 2012, Foty est passé dans l’eau delà, mais Tim quant à lui continue de maintenir la dragée haute et apporter du sien à la consolidation d’une musique camerounaise authentique.

Tim, de son vrai nom Tiam Jean Marie, originaire de Bafoussam, est né le 10 juillet 1949 à Njinka dans le département du Noun, où son père était fonctionnaire des eaux et forêt. A 3 ans il commence l’école maternelle à Bangangté dans le département du Ndé suite à l’affectation de son père, et suivant toujours ce dernier il se retrouve quelques années après à Bafoussam à l’école principale, en classe de Ce2. De là il rentre à Foumban, chez un ami de son père d’origine Bassa précise-t-il, ajoutant que les deux étaient tellement liés qu’ils s’échangeaient les enfants.» C’est chez cet ami de papa que nait la passion musicale chez le jeune Tiam, ce dernier était « très cultivé écoutait beaucoup de la musique classique et zaïroise, et aimait la fête. » Il revient par la suite à Bafoussam en classe de Cm1, et suit son père une fois de plus dans son affectation à Yaoundé, où il est inscrit à l’école départementale à Melen au Cm2. Succès au concours pour le collège Meyonmeyemé. Mais son père veut que son enfant soit dans un lycée « pour avoir une éducation fiable ». Il se retrouve à Bafoussam où il est inscrit au lycée classique et habite seul la maison paternelle, et c’est ici que son cousin Kembivo Fotie Maurice le rejoint, inscrit au collège de la Réunification. Mais leurs parents s’inquiètent de laisser ces jeunes enfants seuls à Bafoussam. Ils sont ramenés à Douala chez les parents de Fotie, et le père de Tim lui obtient une place au lycée technique de Bali. « J’étais interne à Bali, et c’est là que j’ai appris ce que c’est que la vie, la discipline, on était des gens droits, respectueux des règles. Etre interne n’était pas un vain mot, surtout à notre époque», se souvient-il avec nostalgie. Tiam est inscrit en série F4, architecture et bâtiment. En classe de terminale il ne réussit pas au Bacc, mais son père a une opportunité de l’envoyer en France, en 1972, où il est inscrit au lycée polyvalent de Toulouse. Puis c’est l’université, avec une légère modification sur sa trajectoire académique. Il étudie plutôt le droit notarial, voué à faire des dévolutions successorales. Mais il ne finira pas ce cursus, la musique ayant pris le dessus.

Une fois sa chanson faite, il rentre à la cité universitaire, et 7 mois après, il reçoit un courrier de son éditeur Sonodisc avec un chèque de 7 000 francs français (c’est serait l’équivalent de 7 millions de francs cfa aujourd’hui précise-t-il), l’informant que c’est l’état de ses ventes, et lui demandant en même temps s’il peut faire d’autres chansons. Il fait appel à son frère étudiant aux Etats unis et les deux réunissent leurs économies qui permettent de faire le titre Life in the Sky, dans un plus grand studio où travaillaient Michel Sardou et Johnny Halliday. Avec ce titre, les ventes explosent, au point où Sonodisc lui fait signer un contrat d’artiste, ce dont rêve tout artiste.

Carrière musicale

Il faut en effet de la gymnastique pour dissocier le parcours scolaire de la carrière musicale de Tiam Jean Marie. Depuis le séjour chez l’ami de son père à Foumban, il s’était épris de la musique, avec une forte influence de la musique classique, imprégnés des Beatles, les Rolling Stones, qui ramenée au pays a fait ressortir en lui des rythmes ancrés dans la culture, et traduisant l’expression des profondeurs de l’âme. « J’avais des compositions déjà écrites avec Foty. Pendant les vacances d’été, je suis monté à Paris. Dans une maison où on vendait des disques africains, j’ai naïvement posé la question de savoir si je pouvais avoir quelqu’un qui m’aide à éditer mon disque. Je suis tombé sur un antillais, qui s’est avéré être Claude Vamur du groupe Kassav. Il m’a conduit chez un éditeur et accepté de faire la basse pour la chanson. C’est là qu’est né le premier titre, Bessamo. Foty était encore au Cameroun, mais j’ai fait la maquette avec nos deux noms», dit-il.

Il avait enlevé I de son nom pour faire Tim, et Fotie avait remplacé « ie » par Y pour faire Foty.Le duo Tim & Foty était formé. Nous sommes en 1975. Une fois sa chanson faite, il rentre à la cité universitaire, et 7 mois après, il reçoit un courrier de son éditeur Sonodisc avec un chèque de 7 000 francs français (c’est serait l’équivalent de 7 millions de francs cfa aujourd’hui précise-t-il), l’informant que c’est l’état de ses ventes, et lui demandant en même temps s’il peut faire d’autres chansons. Il fait appel à son frère étudiant aux Etats unis et les deux réunissent leurs économies qui permettent de faire le titre Life in the Sky, dans un plus grand studio où travaillaient Michel Sardou et Johnny Halliday. Avec ce titre, les ventes explosent, au point où Sonodisc lui fait signer un contrat d’artiste, ce dont rêve tout artiste. Tous ses déplacements sont désormais pris en charge. Entre temps Foty l’a rejoint en France. Ses notions en droit lui permettent de bâtir des contrats solides. L’album Eda sort en 1976, et lui fait faire le tour de l’Afrique. Au Cameroun on ne parle plus que du duo Tim & Foty, qui est reçu par le président A. Ahidjo en 1981, et ils sont invités à jouer au mariage de sa fille à Garoua. Tim & Foty sont adulés, adorés, vénérés même. D’où la mise en garde de Fochivé qui les convoque à son domicile pour leur rappeler qu’il y a une seule vedette au pays, le président de la république.

Foty est décédé en 2011 à Douala, Tim lui est entre l’Occident et Bafoussam, où il essaie non sans difficultés, de former la jeunesse à la vraie musique, avec des équipements de pointe sur lesquels il a investi. Les politiques culturelles tant au niveau central que local n’y sont malheureusement pas favorables, regrette l’artiste. Une autre note amère qui le désole, c’est qu’il a reçu une lettre de reconnaissance depuis 2017 des mains du ministre de la culture, laquelle devait être accompagnée d’une enveloppe, qu’il attend toujours, 5 ans après…

Famla

Ce qui faisait le charme de Tim, c’était aussi la profondeur des messages. En 1981 sort le titre Famla. Tim explique : « La thématique de nos chansons, ce sont des choses simples. Que me veux-tu Famla, tout ce que j’ai, tout ce que je bâtis, on dit que c’est le Famla, donc on ne peut plus rien faire sans passer par là ? C’est ce que nous dénoncions. Il faut sortir de ce carcan et arrêter de penser que ce n’est que par là qu’on peut arriver à quelque chose » Une dénonciation à double titre, qui s’adresse d’abord à ceux-là qui imposent l’intégration dans des cercles ou l’adhésion à une secte comme seul gage de succès, et ensuite à cette jeunesse qui est tentée par ces raccourcis. Foty est décédé en 2011 à Douala, Tim lui est entre l’Occident et Bafoussam, où il essaie non sans difficultés, de former la jeunesse à la vraie musique, avec des équipements de pointe sur lesquels il a investi. Les politiques culturelles tant au niveau central que local n’y sont malheureusement pas favorables, regrette l’artiste. Une autre note amère qui le désole, c’est qu’il a reçu une lettre de reconnaissance depuis 2017 des mains du ministre de la culture, laquelle devait être accompagnée d’une enveloppe, qu’il attend toujours, 5 ans après…

Roland TSAPI

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