Figure : Thomas Nkono, le chat noir

Entré dans les buts au cours d’un match pour remplacer le gardien indisponible, il s’est révélé plus talentueux entre deux poteaux et y a fait toute sa carrière. Aujourd’hui il est entraîneur des gardiens en Espagne, et rêve de revenir faire profiter son expérience  au Continent

 « Ma manière d’être, ma manière d’avoir été sur le terrain, c’est une carte d’identité par rapport à ceux qui viennent en arrière. Rien ne sert de ne pas bien se comporter, de ne pas bien  représenter l’Afrique. Moi je représente l’Afrique par rapport à ce que j’ai été, par rapport à ce que je suis, ça me plairait bien de travailler en Afrique, ça me donnerait beaucoup plus un autre élan disons pour former d’autres qui pourquoi pas, demain être ceux qui vont suivre dans la formation. J’ai la capacité de former ceux qui sont restés en Afrique » Thomas Nkono est l’auteur de ces propos en novembre 2017 dans un programme télévisé baptisé  « talents d’Afrique ». Il disait dans l’interview son sentiment d’africain, qui rêve de mettre son expérience au service du développement du Continent

L’homme fait partie des légendes camerounaises, qui ont donné l’envie aux camerounais et plus encore au monde entier d’aimer le football. D’après Wikipédia, le gardien de but international italien Gianluigui Buffon avait avoué que c’est en voyant jouer Nkono qu’il a eu envie de devenir gardien de but. Il a même donné à son fils le prénom du gardien de but camerounais, et déclare ceci pour justifier ce geste unique en son genre : « À mon fils, le prénom de mon idole N’kono. Ce fils lui est dédié. Au mondial 90, j’étais un tifoso inconditionnel des Lions Indomptables. Thomas N’kono me fascinait. Ma passion pour le Cameroun découle de ce fait. Le Camerounais avait une façon si exceptionnelle d’interpréter le rôle de gardien de but qu’à la fin, il ne pouvait être que sympathique. D’ailleurs, Nkono a changé le cours de ma carrière et forcément de ma vie. De milieu de terrain, dit-il, je suis devenu portier afin de suivre les traces de mon idole. » Thomas Nkono, le chat noir, le maître des buts, l’araignée, on peut lui donner tous les qualificatifs qu’ils ne finiront pas à décrire l’homme et rendre entier ce qu’il représente. On se souvient seulement qu’en 1982, lors de la toute première participation du Cameroun à la coupe du monde en Espagne, Thomas Nkono avait la lourde charge de garder les buts des Lions indomptables. Les adversaires de l’équipe camerounaise avait promis de donner une raclée exemplaire aux Lions indomptables, mais c’était sans compter avec la détermination de l’équipe, et surtout la confiance que les joueurs avaient en leur gardien de but, Thomas Nkono.  Le Pérou et la Pologne firent l’expérience lors des deux premiers matches, quand Thomas Nkono garda ses buts inviolables. Au troisième match, l’Italie réussit à percer une fois les goals et le jeu se solda par un score d’un but partout. Thomas Nkono avait réussi à garder la tête haute, et pour une première participation, avait démontré qu’il y avait de la valeur en Afrique.

Moi je représente l’Afrique par rapport à ce que j’ai été, par rapport à ce que je suis, ça me plairait bien de travailler en Afrique, ça me donnerait beaucoup plus un autre élan disons pour former d’autres qui pourquoi pas, demain être ceux qui vont suivre dans la formation. J’ai la capacité de former ceux qui sont restés en Afrique

Parcours

Le parcours de l’historique gardien de but camerounais est atypique, et on ne peut retenir que quelques traits. A 19 ans, en 1974, Thomas Nkono trône déjà dans les buts du Canon Yaoundé tout récent champion d’Afrique 1971.  Il remporte son premier titre national un an plus tard. Vladimir Beara arrive bientôt au pays. L’ancien gardien de but yougoslave et nouvel entraîneur des Lions est ce qui peut arriver de mieux au jeune Thomas. Il sera son premier professeur. Le seul qui, en janvier 1976, le met en réserve afin qu’il ait le temps de “simplifier et de mûrir son jeu”. La concurrence avec Joseph-Antoine Bell, le gardien de l’Union de Douala, est déjà à l’ordre du jour. En 1975 il est prêté au Tonnerre de Yaoundé et permet à l’équipe de remporter la première Coupe des coupes.  Qu’importe, le 3 décembre 1978 à Conakry Nkono est le héros d’une finale en Coupe des clubs champions africains 1978. Au plan national, le Canon de Nkono domine le championnat et aligne les titres. En 1979 et 1980 les verts et rouges enlèvent deux autres trophées africains. Thomas Nkono le  gardien de but est seul à ce poste à être désigné meilleur joueur du continent. La coupe du monde Espagne 82 était donc plutôt une occasion pour lui de se révéler au reste du monde, le talent était déjà là.

Modèle

En juin 1982 en effet,  la Coupe du monde de football se joue en Espagne Le Cameroun y participe et termine la compétition sans concéder la moindre défaite. Au bout de trois matches d’un premier tour au cours duquel seul l’Italien Graziani réussit à battre Nkono. Ce 23 juin là, Thomas Nkono qui est aussi le capitaine de son équipe, s’incline de justesse et à la suite d’une glissade. Il est déjà considéré comme l’un des meilleurs gardiens du tournoi, et si le Cameroun termine invaincu, c’est en grande partie à son gardien qu’il le doit. Ses réflexes étonnent, son sang-froid surprend, sa décontraction agace. Le 15 juin, contre le Pérou, « Tommie » démontre l’étendue de sa classe. Il arrête un tir de l’attaquant péruvien Gerónimo Barbadillo avec une main, se passe le ballon dans le dos et le reprend avec l’autre main. La légende est en marche. Nkono reçoit le titre de meilleur joueur africain de l’année 1982. Deux mois plus tard, le 8 août 1982 au Giants Stadium de New York, le brésilien Tele Santana entraîneur de la mythique équipe de Zico et autres Sócrates aligne le Camerounais dans les buts de la sélection mondiale qui affronte l’Europe, dans un match organisé par la Fifa  au profit de l’Unicef. Suprême récompense et totale reconnaissance pour un footballeur dont le parcours était déjà impressionnant en Afrique,  mais presque totalement inconnu en dehors, malgré un premier titre de meilleur joueur africain de l’année en 1979. En 35 ans en 1994, il avait déjà presque tout prouvé sur les stades. En juin 1999, il célèbre son jubilé, avant d’intégrer le staff technique de la sélection et s’occupe des jeunes gardiens. Depuis 2003 il est entraîneur des gardiens de l’équipe Espanyol de Barcelone, où comme il le disait dans l’interview de talents d’Afrique, il aide les talents européen à éclore. Mais comme il l’a rappelé aussi, son rêve c’est de mettre son expérience au service de son continent et de son pays, à condition que les conditions lui soient favorables

Roland TSAPI 

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