Figure : Solomon Tandeng Muna, le joker de la réunification

Face à l’adversité rencontrée du côté des leaders du Cameroun britannique par Ahmadou Ahidjo dans son projet de réunification des deux Cameroun, il a lui a été d’un précieux secours dans l’adhésion des anglophones. La démarche de l’homme reste aujourd’hui critiquée, mais sa famille a su lui rendre hommage

Après la réunification des deux Cameroun en 1972, il fut le premier président de l’Assemblée nationale, celui qui prit acte de la démission d’Ahmadou Ahidjo le 4 novembre 1982 et qui reçut le premier serment de Paul Biya comme président de la république deux jours plus tard. Le nom de Solomon Tandeng Muna est d’ailleurs resté gravé dans les mémoires comme l’un des grands noms, à l’instar des Njoya ou des Hayatou, qui ont presque scellé un héritage sinon dans les gouvernements camerounais, du moins dans le paysage politico-économique.  

Solomon Tandeng Muna

Solomon Tandeng Muna est né en 1912 dans le village de Ngenmbo, département de la Momo, région du Nord-Ouest.  Il fait ses études primaires à l’École principale de Bali et de Bamenda et entre plus tard à l’École d’Instituteurs de Kumba. Il occupe à la sortie le poste de directeur dans plusieurs écoles primaires, de 1932 à 1947, pour atteindre la fonction de “Head Tutor” au Collège d’Instituteurs de Batibo. De là, il ira poursuivre ses études supérieures à l’Institut d’Éducation de l’Université de Londres. De retour au Cameroun, il enseigne à Batibo jusqu’en 1951. Son niveau d’études et le contexte de revendication de l’époque le prédispose à la politique, dans laquelle il aura une carrière dense, qui commence en 1951 avec son élection à l’Assemblée régionale du Nigéria oriental. A l’époque la Grande Bretagne administrait le Cameroun britannique comme faisant partie du Nigéria. Ministre des Travaux publics en 1952, il devient, après les élections générales et la séparation avec le Nigéria oriental, membre du gouvernement du Cameroun occidental. Il y exerce entre 1954 et 1957, comme ministre chargé des Ressources et des Travaux publics, et en même temps, il est assistant leader du gouvernement du Dr Endeley. À la fin de 1957, il démissionne de ce gouvernement à cause du refus du Dr Endeley de la réunification et de son désir d’intégration au Nigéria. Convaincu de la bonne cause que défendait John Ngu Foncha, Tandeng Muna se joint à lui en 1958. Avec la victoire de cette coalition, Muna entre dans le nouveau gouvernement comme ministre des Travaux publics et devint plus tard ministre du Commerce, puis des  des Finances, du Commerce et des Industries en 1961. Il est appelé le 20 octobre 1961 au gouvernement fédéral comme ministre des Transports, des Mines, des Postes et Télécommunications. Investi Premier Ministre du Cameroun occidental le 11 janvier 1968, Muna est nommé par Ahidjo comme comme Vice-Président au cours des élections présidentielles de mars 1970, tous deux élus massivement sur la liste unique de l’Union Nationale Camerounaise (Unc). En mai 1970, Muna est nommé Premier Ministre du Cameroun occidental, cumulativement avec ses fonctions de Vice-Président de la République Fédérale. À l’institution de l’État unitaire du 20 mai 1972, il devient ministre d’État, mais démissionne, afin de pouvoir se présenter aux élections législatives de la République Unie du Cameroun en 1973. Élu parmi les autres 120 sur la liste unique de l’UNC, il devient Président du bureau de l’Assemblée.

Il apparaissait aux yeux d’Ahmadou Ahidjo comme le plus coopératif, aux côtés de John Ngu Foncha ou de Augustin Ngom Jua qui se montraient plus regardants sur les clauses de l’unification.

Le Joker d’Ahidjo dans la réunification

Ahidjo, Foncha, Muna

Solomon Tandem Muna est parmi les leaders anglophones de la période d’avant les indépendances et la réunification, celui qui peut être qualifié de joker d’Ahidjo. C’est en effet sur lui que le président du Cameroun oriental s’est appuyé pour marquer les pas décisifs dans son projet d’unification. Il apparaissait aux yeux d’Ahmadou Ahidjo comme le plus coopératif, aux côtés de John Ngu Foncha ou de Augustin Ngom Jua qui se montraient plus regardants sur les clauses de l’unification. Usant des manœuvres d’investiture du parti unique, Ahidjo avait déjà pu placer Muna comme Premier ministre du Cameroun occidental, il fera également supprimer la clause d’incompatibilité de ce poste avec celui de vice-président de la République fédérale, pour le prendre comme vice-président pour la candidature à l’élection de 1970. A ces positions, Solomon Tandeng Muna aurait assisté, impuissant selon ses adeptes, complice selon ses détracteurs, à la manipulation des textes et des hommes pour obtenir une réunification au forceps. Pour le consoler après avoir supprimé le poste de vice-président de la Constitution en 1972, Ahidjo le nomma ministre d’Etat, et en récompense pour son « adhésion » à son projet d’unification, il accepta sa démission du gouvernement en 1973 et favorisa son entrée à l’Assemblée nationale. Tandeng Muna restera Président de la Chambre jusqu’à  la démission d’Ahidjo en 1982 et 6 ans encore après la prise du pouvoir par Paul Biya. Solomon Tandeng Muna a tiré sa révérence en 2002, après 90 ans sur terre.

Héritage

Un passage sur terre qui n’a pas été sans traces indélébiles. Si sur le plan politique ses actions restent à être sanctionnées par le tribunal de l’histoire, sur le plan familial, la sentence est plus tranchée. Avec la rigueur d’un instituteur, Solomon Tandeng Muna a élevé une famille qui force l’admiration dans divers domaines. Parmi sa progéniture on compte deux avocats, Bernard et Akéré, deux chirurgiens cardiologues, Daniel et Wally, deux ingénieurs,  Georges en agronomie, Humphrey en aéronautique, et une traductrice interprète, Ama Tutu. Tous des Muna, qui rendent bien à leur géniteur la reconnaissance d’avoir creusé le bon sillon dans les cercles du pouvoir et d’avoir bâti une renommée qu’ils s’évertuent à capitaliser et perpétuer. Le 26 juin 2008, la fondation Salomon Tandeng Muna (STMF) a été inaugurée à Yaoundé, dans un bâtiment dédié, entièrement financé sur fonds propres par ses enfants pour un coût global estimé à plus de 700 millions de francs cfa. L’immeuble décoré par un artiste chinois Su Juyong comprend notamment un musée de 200 m2, un studio d’enregistrement, un amphithéâtre de 80 places, Trônant dans le hall, deux bustes de 150 kg rendent hommage à Solomon Tandeng Muna, et à son épouse, Elizabeth Fri Muna, elle aussi disparue. Comme le dit Georges Dougueli dans jeune Afrique, « dans un pays peu enclin aux hommages pour services rendus, la fratrie Muna s’est chargée d’honorer elle-même la mémoire paternelle. »

Roland TSAPI

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