Figure : Simon Achidi Achu, « politic na njanguy »

Il a inauguré la série des chefs de gouvernement anglophone au Cameroun, et a été appelé au secours pour atténuer la tension des années 90, tant au sein du parti qu’au niveau national

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Le 1er mars 1992, après deux ans de secousses politiques, de manifestations de rue sous fond de revendication de la conférence nationale souveraine, après la tenue de la tripartite et la promulgation de la loi de 90 sur la liberté d’association qui permit de légaliser les partis politiques, les premières élections législatives et municipales multipartites étaient organisées au Cameroun. Le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais jusque-là unique, manqua de peu de perdre le contrôle de l’Assemblée nationale. Paul Biya mesura l’ampleur de la situation. La secousse était propulsée par le Social democratic front, dirigée par Ni John Fru Ndi, originaire de Santa dans le département de la Mezam, région du Nord-Ouest. Quoique ce parti ait boycotté ces élections locales, il restait une menace sérieuse surtout que l’élection présidentielle était prévue pour le mois d’octobre suivant. Il fallait trouver le moyen d’atténuer la montée en puissance de cet homme de Santa, et la solution fut de nommer son voisin du village, pour ne pas dire son frère, premier ministre. Simon Achidi Achu qui venait d’être élu député, n’eut pas le temps de porter l’écharpe tricolore pour cette législature. 35 jours après les élections il était nommé le 4 avril 1992 à la tête du premier gouvernement de l’aire multipartite.

Simon Achidi Achu est né le 5 novembre 1934 à Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest. Il fait ses études primaires à Santa, et le secondaire au Cameroun Protestant College. Il poursuit ensuite à l’université de Yaoundé qui lui ouvre les portes de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (Enam) Après avoir été lors de sa période d’apprentissage Comptable à la Commune de Bamenda-Widikum et stagiaire à la Cameroon development corporation, il rentre dans les couloirs de l’administration comme traducteur interprète à la Présidence de la République. Il devient Inspecteur d’Etat en 1968, avant d’être nommé Secrétaire général du ministère de la Fonction publique en avril 1971. 4 mois plus tard, en octobre de la même année, il est promu ministre délégué à l’Inspection de l’Etat, fonction qu’il occupe jusqu’en 1972 quand il se voit confier le portefeuille du ministère de la justice et ce jusqu’en 1975. Depuis lors il était resté en retrait, dans la réserve de la république selon le langage du milieu, jusqu’au 4 avril 1992, quand il rebondit à la tête du gouvernement, comme un homme en mission commandée.

Atténuateur

Simon Achidi Achu est resté en fonction jusqu’au 19 septembre 1996, quand il fut remplacé par Peter Mafany Mussongué. La particularité de l’homme, c’est que sa nomination ne rentrait pas dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme de société visant à améliorer les conditions de vie des populations. On ne pourra donc pas l’évaluer sur le plan de la conduite d’une politique gouvernementale dans le but d’atteindre un objectif socioéconomique par exemple.  Il était plutôt une solution politique au niveau interne du parti d’abord et au niveau national ensuite. Dans le parti, la mission assignée au nouveau premier ministre était de restaurer  le parti Rdpc et récupérer la région du Nord-Ouest d’entre les mains  du Sdf. Le choix porté sur lui était à dessein, au vu de son voisinage avec le leader du Sdf. Il s’attela tant bien que mal à la tâche, utilisant au mieux les moyens d’Etat mis à sa disposition pour tenter de renverser la force militante qui avait tourné le dos au pouvoir, et pour mieux parvenir à ses fins, il adopta la formule devenue célèbre, « politic na njanguy », la politique c’est la tontine. Dans un langage plus terre à terre, il voulait ainsi faire comprendre aux populations qu’il faut voter pour le parti, le vote étant assimilé à la mise dans la tontine, pour qu’en retour les recrutements des fils de la région dans la fonction publique, des investissements ou des projets de développement et autres soient orientés vers eux, ce qui sera le bénéfice de la tontine. Autrement dit fallait voter pour avoir les dividendes politiques. La formule a-t-elle marché, pas si sûr, mais elle n’en reste pas moins une marque déposée de l’homme.

Solution anglophone

Au niveau national, Simon Achidi Achu est rentré dans l’histoire comme celui qui a ouvert le bal des premiers ministres anglophones de l’aire du renouveau ou de la deuxième république. Sa nomination participait de la recherche de l’équilibre politique, ou de la mise en application d’une loi non écrite au Cameroun depuis le renouveau, qui distribue le pouvoir sur les trois points d’un triangle : l’exécutif au sud, l’Assemblée nationale au nord et la primature à l’ouest. La logique est restée depuis lors. Depuis 29 ans ce sont les ressortissants de la région anglophone qui se sont succédé au premier ministère, au nord un seul s’est succédé à la présidence de l’assemblée nationale, pareil au niveau de l’exécutif. Lors de son passage à l’Immeuble étoile, Simon Achidi Achu a dirigé quatre gouvernements au total. 4 ans qu’il y est resté, mais dans un contexte où il fallait bousculer toutes les habitudes et intégrer de nouvelles. Il n’était en effet pas aisé pour un parti politique qui était confortablement installé depuis 1966 aux affaires, d’apprendre à composer avec les autres. Il s’y est attelé avec ses moyens et ses méthodes, avec plus ou moins de réussite. Il passa la main en 1996, et se retira depuis lors à Santa où il s’est consacré à l’élevage et à l’agriculture, des activités pastorales qui auront meublé ses derniers jours sur terre. Il a poussé son dernier soupir le 4 mai 2021, à l’âge de 87 ans. Reste au ciel de lui faire bénéficier le njanguy, qu’il aura cotisé sur terre

Roland TSAPI

One Reply to “Figure : Simon Achidi Achu, « politic na njanguy »”

  1. La fin là non😅😅😅😅😅, que reste au ciel de lui faire bouffer le njangui qu’il aura cotisé sur terre😂😂😂😂

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