Figure : Samuel Mbappe Leppe, au-delà de l’image

La ville de Douala tient à perpétuer l’image du héros. Au-delà il reste qu’il soit imité dans ses valeurs

Il avait déjà fait l’objet d’une figure dans notre série, mais le contexte et l’actualité obligent que l’on s’arrête une fois de plus sur son personnage. Ce n’est en effet pas dans l’ordre du quotidien, qu’une figure nationale soit célébrée au moment où son domaine, dans le cas d’espèce le football, est en fête sur le sol national, et en présence des plus hautes autorités continentales de la discipline. Une statue de Samuel Mbappé Leppé, revue et corrigée, a été dévoilée au public le 12 janvier 2002 à Douala devant le stade qui portait déjà son nom, alors que se déroule au Cameroun la 33eme édition de la coupe d’Afrique des Nations. Cette volonté de remettre en selle les héros, manifestée par le maire de la ville de Douala Victor Mbassa Ndine, perpétuant ainsi l’initiative déjà prise par l’un de ses prédécesseurs Joseph Pokossy Ndoumbé, est une lueur d’espoir qui désormais illumine l’esprit de tous ceux qui se battent avec abnégation pour un Cameroun plus digne, et donne de la lisibilité, si jamais elle se généralise, au sort désormais réservé au patrimoine de la nation, qui pourrait aussi s’imposer au cours des siècles. Samuel Mbappé Leppé comptait déjà parmi les  rares personnalités du Cameroun dont le timbre postal de 50 francs portait la photo en 1993. L’image sur le timbre n’était que le début d’une série d’initiatives qui seront prises par la suite dans le sens de la perpétuation de sa mémoire. Dans cette lancée, pendant son  règne à la communauté urbaine de Douala, feu Pokossy Ndoumé Dipita réussit à obtenir du Conseil de la Communauté le vote d’une délibération en faveur de la réhabilitation du stade d’Akwa pour le rebaptiser. Ce lieu mythique du football camerounais devait désormais porter le nom de Mbappe Leppe, décédé le 25 décembre 1985 à l’âge de 49 ans.

Honneur de la nation

Dossard numéro 8 des Lions indomptables, il portait déjà ce numéro dans  l’Oryx de Douala, équipe dont il a fait les beaux temps  dans les années 1950 et 1960, remportant cinq titres de champion du Cameroun, notamment en  1961, 1963, 1964, 1965 et 1967, trois fois la Coupe du Cameroun 1963, 1968 et 1970. Il est le premier capitaine à soulever la Coupe des clubs champions africains lors de la saison 1964-1965. L’homme s’imposait sur le stade avec le talent, et aussi avec sa taille avoisinant les 1 mètre 90 centimètres, ses deux jambes légendaires, et rien que l’évocation de son nom suffisait à déstabiliser ses adversaires. L’histoire la plus remarquable de cet homme, à qui les commentateurs sportifs ont donné le grade de maréchal du football camerounais, date de 1972. Cette année-là, le Cameroun organisait la coupe d’Afrique des Nations, et le président Ahmadou Ahidjo en avait fait une affaire personnelle. Lancé dans un programme de valorisation du label camerounais sur le continent, il était déterminé, comme tous les compatriotes d’ailleurs, à remporter cette coupe. Les Lions indomptables se retrouvèrent en demi-finale, face à l’équipe du Congo. A cette date, Samuel Mbappe Leppé avait arrêté sa carrière depuis 2 ans, et regardait le match à partir de la tribune.  Le Cameroun est mené au score un but à zéro à la mi-temps, et les lions indomptables continuent d’être malmenés sur le stade. Mbappe Leppé ne peut pas supporter cela. Il descend de la tribune, se rapproche des gradins, mais reste impuissant en regardant son équipe subir le martyr. Quoi que ne faisant pas partie des joueurs sélectionnés, il demande à l’encadrement technique l’équipement pour s’échauffer et entrer au stade. Poussé par l’amour de la patrie, rongé par une rage intérieure, il avait oublié la procédure, il avait oublié que son nom devait être dans la liste envoyée à la Confédération africaine de football longtemps à l’avance, il voulait seulement sauver son pays en outrepassant toutes les règles. Mais stoppé par les procédures, il regardera le reste du match là sur les gradins, souffrant dans sa chair, et ne put tenir debout quand l’arbitre donna le coup de sifflet final sur une défaite des lions indomptables.  Pleurer c’est peu dire de ce qu’il fit, étalé au sol, ne comprenant pas que son pays ait perdu, regrettant d’avoir raccroché les godasses plus tôt.

Dans tous les cas de figure, les noms des légendes devraient être protégés, matériellement et financièrement, pour donner envie aux autres, d’être des légendes. Et au-delà, les autorités qui célèbrent les héros devrait aussi se regarder à travers le  monument par exemple, et se poser la question : est-ce que moi aussi, je suis un Mbappé Leppé dans mon domaine ?, car perpétuer les qualités d’un héros, c’est aussi la meilleure manière, de lui rendre hommage

Revalorisation

Un stade baptisé en son nom, un statut, une photo sur un timbre pour magnifier la gloire. Et après ? Au cours de la cérémonie du 12 janvier, le président de la Fédération camerounaise de football a pris l’engagement de faire désormais du football une profession à part entière, qui mettrait les acteurs à l’abri des soucis de reconversion une fois qu’ils ne peuvent plus courir derrière un ballon. En attendant, la nation devrait corriger ses erreurs du passé. Dans un film documentaire de Paul Ngounou diffusé à la télévision nationale en 2018, on apprend que Mbappé Leppé, toute légende qu’il était, est décédé dans le dénuement total, bénéficiant dans ses derniers jours sur terre de l’aide du ministre Mbombo Njoya à l’époque, et d’autres assistances qui n’ont pas pu le maintenir en vie. On y apprend aussi que sa fille unique était sans emploi, soutenu par sa tante qui demandait que l’Etat se souvienne de cette famille. Un emploi dans la fonction publique par exemple pour cette fille ne serait que juste retour d’ascenseur, pour un homme de la stature de Mbappe Leppé, qui n’a pas laissé d’héritage matériel. D’un autre côté, il en a laissé un qui est immatériel, une image, un nom qui pourront toujours être valorisés. Ailleurs, la descendance des anciennes gloires récoltent presque à vie les retombées de la gloire de leurs géniteurs, l’héritage immatériel ayant la particularité d’être impérissable. L’un de ses anciens coéquipiers propose dans le film documentaire la création d’un un tournoi Mbappe Leppé, qui serait une autre façon de raviver la mémoire de l’homme dans la conscience collective, avec un pourcentage des retombées reversé à la famille. Dans tous les cas de figure, les noms des légendes devraient être protégés, matériellement et financièrement, pour donner envie aux autres, d’être des légendes. Et au-delà, les autorités qui célèbrent les héros devrait aussi se regarder à travers le  monument par exemple, et se poser la question : est-ce que moi aussi, je suis un Mbappé Leppé dans mon domaine ?, car perpétuer les qualités d’un héros, c’est aussi la meilleure manière, de lui rendre hommage

Roland TSAPI

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