Figure ; Samuel Kleda, la bible et le médicament

L’homme de Dieu n’est pas seulement engagé à soigner l’âme des hommes, mais le corps aussi. Il fait partie de ceux qui ont prouvé avec l’avènement du corona virus que l’Afrique peut faire face à ses problèmes en mettant au point un traitement, même comme sans surprise, les pouvoirs publics n’y accordent pas d’importance

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« Nous avons vaincu le Covid-19 au Cameroun », ces paroles prononcées avec l’assurance d’un homme de Dieu sonnaient haut le 10 septembre 2020 devant la presse nationale et internationale à Douala réunie à l’archevêché de la ville. L’auteur des propos tenait ainsi à porter plus haut encore sa voix et faire entendre au monde entier ce qu’il avait dit un mois plutôt mais devant un auditoire réduit. C’était le 1er août 2020 face aux fidèles de l’église catholique quand il disait déjà entre deux homélies : « Nous avons vaincu le Coronavirus. Le stock des remèdes contre cette pandémie chôme depuis quelques jours dans nos hôpitaux catholiques, car il n’y a presque plus de malades. Nous rendons grâce à Dieu et à la très Sainte vierge Marie pour cette merveille“. Il assurait également que “le coronavirus n’est plus une menace au Cameroun“. N’en déplaise aux industries pharmaceutiques.

Mgr Samuel Kleda, professeur d’universités et prêtre catholique, actuel archevêque métropolitain de Douala, est né en 1959 à Golompwi, dans l’arrondissement de Datcheka du département du Mayo Danay, région de l’Extrême Nord. Il fait ses études primaires dans son village natal, et continue plus tard pour les études secondaires au Collège Mazenod à Ngaoundéré.  Par la suite il s’en va pour le Grand Séminaire de Nkolbisson à Yaoundé où il débute sa formation sacerdotale. Il étudie également la Philosophie et fait des études de Théologie au Collegio Urbano à Rome. De retour au pays, il est ordonné prêtre à Golompwi pour le compte du Diocèse de Yagoua. Le 9 mars 1986 il devient l’aumônier au lycée de Kaélé, puis  Vicaire Paroissial de 1986 à 1988. De 1988 à 1994, il est Recteur du Petit Séminaire Saint Paul de Guider. A partir d’Octobre 1994 et ce jusqu’en juillet 1998, il est en spécialisation à Rome à l’Institut Pontifical Biblique où il obtient la licence en Ecritures Saintes. A son retour, il est professeur permanent au Grand Séminaire Provincial Saint Augustin de Maroua. Le 7 décembre 2000, il est nommé Evêque de Batouri par Sa sainteté le Pape Jean-Paul II et le 18 février 2001 il reçoit l’ordination épiscopale. 7 ans après, Le 3 novembre 2007, le Pape Benoît XVI fait de lui Archevêque Coadjuteur de Douala, pour suppléer le Cardinal Christian Tumi qui demande à se reposer. Deux semaines plus tard, le 17 novembre 2009, il devient archevêque de Douala. Porté à la tête de la conférence épiscopale nationale  quelques années après son arrivée dans la capitale économique, il a présidé aux destinées de cette instance jusqu’en mai 2019 quand il a cédé son siège à Mgr Abraham Boualo Kome, l’évêque de Bafang.

La mauvaise gouvernance dénoncée

Comme ses prédécesseurs, Samuel Kleda à la tête de la conférence épiscopale nationale ne s’est pas contenté de s’occuper de l’âme des fidèles, il s’est également intéressé à leur bien-être, et par ricochet à la gouvernance. Sur les pas de ses prédécesseurs également, il a toujours été très critique avec le système gouvernant, ne ratant aucune occasion pour le rappeler. A l’issue des élections présidentielles de 2011, il a dénoncé les irrégularités et demandé l’amélioration du code électoral pour garantir une élection juste et transparente. Il n’est pas resté tendre aussi à l’endroit des prévaricateurs de la fortune publique, condamnant de vive voix la corruption et ses effets néfastes sur l’économie et le bien-être social. Dans une interview du 5 décembre 2017 donnée au journal La Nouvelle Expression, alors que les élections présidentielles étaient annoncées l’année suivante, il disait  « J’insiste en disant que si le président Paul Biya aime ce pays, il devrait plutôt se retirer que de prêter une oreille attentive à ceux qui lui demandent de se représenter » Il précisait que ceux qui l’encouragent à se présenter au scrutin de 2018 n’étaient pas sincères, qu’ils cherchaient à protéger leurs intérêts personnels, qu’ils ne voulaient pas perdre leurs privilèges, ils jouaient à un jeu dont ils connaissaient la finalité, « pour tout dire, ces gens n’aiment pas le Cameroun », concluait-il.

Son appel n’a pas été entendu, mais cela ne l’a pas empêché de rester engagé dans la recherche des solutions aux problèmes qui minent la société camerounaise dans toutes ses composantes. L’avènement du corona virus l’a une fois de plus révélé aux yeux des Camerounais catholiques ou non, quand de bouche à oreille l’on a appris que l’homme de Dieu avait le remède miracle à cette pandémie qui semait la terreur outre atlantique. Pendant que le monde entier était dans cette panique, il a réuni la presse le 29 avril 2020, pour faire savoir publiquement qu’il avait mis au point un protocole de traitement fait à base de plantes naturelles et qu’il avait soigné plusieurs malades y compris des médecins. Le produit a rencontré l’adhésion des populations, et paradoxalement le scepticisme des pouvoirs publics, qui pour une raison propre à eux, se sont gardés de lui donner une onction officielle.

Poursuivre son chemin

L’homme de Dieu n’a pas pour autant reculé, porté par la clameur publique et le soutien de quelques privés et organisations politiques ou pas, connaissant sans doute que ce n’est pas des gouvernants actuels qu’il fallait attendre un encouragement pour une initiative locale, dans un secteur étroitement surveillé par des lobbies économiques internationaux derrière le concept de Bigpharma. Le remède a fait et continue de faire son bonhomme de chemin, et a même été baptisé quelques mois plus tard, Elixir Covid et Adsak Covid. Et malgré les déclarations de la commission scientifique mise sur pied par le ministère camerounais de la Santé, selon lesquelles aucun médicament fait à base de plantes naturelle n’a prouvé son efficacité dans le traitement du corona virus, l’homme de Dieu est resté lui-même avec cette réplique « nous avons vaincu le corona virus. » Une déclaration qui ne sonne pas bien aux oreilles des industries pharmaceutiques, mais qui prononcée par l’homme de Dieu est comprise comme une parole d’évangile au sein des populations, qui elles ont d’autres préoccupations. Samuel Kleda, comme Jean baptiste dans le désert, poursuit cependant son combat, et bien conscient que l’homme devant lui est chair  et esprit, il continue de donner de lui-même, conjuguant parole de Dieu et connaissance humaines, pour que l’humanité en général et les Camerounais en particulier, aient un corps sain… dans un esprit saint.

Roland TSAPI

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