Figure : Salomon Madiba Songue, le 16eme des Kate

16 eme chef supérieur du Canton Bakoko dans la région du Littoral, il a fait durant son règne le constat de l’abandon progressif de valeurs culturelles locales au profit de la modernité, et a essayé à sa manière de ramener ses populations, et au-delà, les Camerounais et reconsidérer leurs traditions.

Le 17 octobre 2022, il a définitivement déposé sa canne, incarnation de l’autorité traditionnelle qu’il a exercée pendant 31 ans comme chef supérieur du canton Bakoko dans l’arrondissement de Douala 3eme, à l’âge de 69 ans. Sa majesté Salomon Madiba Songue est née le 15 janvier 1953 à Japoma, de Songue Guillaume et Soppi Ruth. Financier de formation, il a exercé dans plusieurs entreprises du pays, tout en se forgeant une personnalité qui joue en sa faveur en 1991, après le décès du chef de canton Mpondo Makongué. Sa désignation comme le prochain guide du canton par les notables est actée par l’arrêté du Premier ministre le 23 mars 1992, faisant de lui le  16ème chef de la dynastie des KATE. Bénéficiant du prestige du poste et de l’importance du canton Bakoko dans le Littoral, il devient très vite une des personnalités les plus en vue de la région, sur laquelle le pouvoir politique peut d’ailleurs compter. C’est à juste titre qu’il fait partie de la première cuvée des sénateurs portés à la Chambre haute du parlement par le pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat en 2013. Nomination qui l’a surpris lui-même de son propre aveu, mais qui pour lui était le signe d’une marque particulière que le chef de l’Etat a pour les chefferies traditionnelles.

Histoire

Mais l’intermède politique, avec ses considérations, n’aura rien entamé du chef traditionnel, rôle qu’il prenait au sérieux ne serait-ce que par son attachement à ses origines. Lors d’une rencontre avec une équipe de la Crtv pour le tournage de l’émission Manège du savoir diffusée le 22 juillet 2015, Salomon Madiba Songue avait consacré le clair du temps à lui accordé pour remonter l’histoire de son canton. L’on apprend de lui que les Bakoko font partie de la grande famille des Elog Mpo. Lors de l’émigration dispersion vers la fin du 16 eme siècle leur ancêtre, parti de la grotte sacré, s’est installé sur les berges du Wouri, au même moment que d’autres ancêtres du même clan s’installent ailleurs, comme Adial Elog Mpo qui a constitué la ville d’Edéa, Kalké qui a constitué le clan Yakala dans l’arrondissement de Mouanko, Yapéke qui constitué les Bakoko de Dibombari D’après lui, les Bakoko et les Bassa sont arrivés sur les bords du Wouri au même moment, et ont été les premiers à occuper les rives du fleuve. Ce sont ces deux clans, Bakoko et Bassa qui ont reçu les descendants de Beedi, qui constituent aujourd’hui dans la ville de Douala les clan Akwa, Deïdo, Bell, et Bele Bele de l’autre côté du Wouri. La cohabitation a duré pendant presque un siècle, jusqu’au moment où, sans qu’il y ait une guerre, les Bassa et les Bakoko ont choisi de se retirer un peu des rives du Wouri. Les ancêtres des Bakoko ont choisi de descendre les rives du Wouri, et ont emprunté le cric appelé « le cric de Moupè » sur la Dibamba, et à partir de là tous les sous clans se sont installés tout le long de la Dibamba, de Nsokè qui donné le nom du village Yansoki, jusqu’à Pouman en amont de la Dibamba qui a constitué le village Japoma, le chef-lieu du canton Bakoko. Les Yapèkè de leur côté ont remonté le Wouri pour s’installer là où on appelle Dibombari. Entretemps, entre les Bakoko et les descendants de Beedi, se sont bâties des relations historiques, qui ont été consacrées par le Ngondo, devenue l’assemblée traditionnelle des peuples Sawa. Les trois foyers sur lesquelles repose la marmite Sawa sont donc les Bakoko, les Bassa et les descendants de Beedi, qu’on appelle à tort les Duala, qui n’est qu’un sobriquet selon sa Majesté Madiba Songue, pour qui ceux qu’on appelle aujourd’hui les Duala devrait être appelés les Bonabeedi. De même que Bokoko vient de Bamoukoko, c’est-à-dire « ceux qui habitent sur le sable. » Au départ, d’après lui, Bakoko avait 8 villages, mais il y a à peu près 100 ans, un des villages qu’on appelait Yabong a disparu, celui qui abrite la léproserie de la Dibamba. Il en est alors resté les 7 villages connus à ce jour, à savoir Bwan, Japoma, Mbanga, Ngodi, Yassa, Yansoki, Yatchika.

Aujourd’hui heureusement il y a une prise de conscience, lorsque dans toutes les communautés on s’est mis à enseigner la langue maternelle aux enfants. Mais le retard a été tel qu’aujourd’hui c’est une course à la montre, pour essayer de lutter contre la rapidité de la civilisation moderne.

Culture

Au cours de son règne, Sa majesté Madiba Songue s’est également illustrée par la défense de la culture africaine, camerounaise et de tous les peuples. Il a été l’initiateur de la Colonie culturelle de vacances Bakoko du Wouri  qui se tient chaque année lors des vacances, mettant ensemble les enfants de 6 à 16 ans dans le but de valoriser la culture du Canton Bakoko, d’enseigner aux jeunes les us et coutumes. Lors de la 12eme édition tenue pendant les vacances scolaires 2017/2018, il avait émis le vœu de voir cette formation se poursuivre pendant l’année scolaire,  tous les samedis et de faire participer tous les Camerounais qui habitent ce canton. Au cours de l’émission citée plus haut, Salomon Madiba Songue regrettait que pour la pérennisation des cultures, les Camerounais comme les Africains aient hérité de la civilisation fondée sur la transmission orale, qui un piège, « un cimetière de la transmission », ne permettant pas aux patriarches de passer le témoin aux jeunes. « Les griots dans le passé, faisait-il remarquer, étaient en réalité les chargés de la communication, mais si vous observez bien, ce qui a consacré la disparition de nos valeurs anciennes, c’est le fait qu’on n’ait pas eu une écriture pour transmettre au fur et à mesure aux nouvelles générations. Aujourd’hui heureusement il y a une prise de conscience, lorsque dans toutes les communautés on s’est mis à enseigner la langue maternelle aux enfants. Mais le retard a été tel qu’aujourd’hui c’est une course à la montre, pour essayer de lutter contre la rapidité de la civilisation moderne. Mais en même temps nous avons la chance de pouvoir mettre à profit toute cette technologie de la conservation pour essayer de sauver l’essentiel. Mais il y a aussi notre capacité organisationnelle et notre patriotisme, et en général ce n’est pas notre domaine le plus fort, et c’est là donc que réside le point faible. Selon qu’une grande majorité de patriotes existera, déterminés à affronter le 21eme siècle, du moins à introduire la civilisation africaine et camerounaise, et même la civilisation de tous les peuples qui composent le Cameroun, on peut espérer. Si on ne réussit pas ce pari dans un bref délai, tout va disparaître, parce qu’on a suffisamment perdu. » Une grande majorité des patriotes pour défendre les origines et la culture, c’est l’un des souhaits de Salomon Madiba Songue pour la postérité, pour un peuple qui retrouve ses valeurs.

Roland TSAPI

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