Figure : Pierre Yem Mback, l’ombre de Um Nyobé

Presqu’ignoré dans les livres d’histoire, il a été l’un des hommes de l’ombre aux côtés de Ruben Um Nyobé, et c’est d’ailleurs après l’avoir assassiné que les forces coloniales purent atteindre le Secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun  

Son nom est très peu connu, les livres d’histoire et les repères historiques lui accordent peu d’importance, mais il fait partie avec beaucoup d’autres nationalistes, de ceux qui faisaient la force de Ruben Um Nyobé et lui inspiraient confiance alors qu’il était retranché da son maquis de Libelingoi. Lui c’est Pierre Yem Mback. Les documents que nous avons consultés n’ont pas permis d’avoir les traces de son parcours depuis l’enfance, l’école et son engagement dans la lutte pour la libération. Toujours-est-il que le rôle qu’il jouait et la fonction qu’il occupait dans l’organisation du parti laissent penser qu’il devait avoir un background intellectuel suffisamment poussé. Pierre Yem Mback est présenté en effet dans les écrits comme le commandant du Secrétariat Administratif du Bureau de Liaisons (Sabl), secrétaire et homme de main à qui Um Nyobé  donnait les consignes les plus secrètes. Cet extrait du livre Kamerun  de Thomas Deltombe en dit long : « D’après un document retrouvé et traduit par la Sûreté d’Eséka, Um Nyobè aurait écrit à son adjoint Pierre Yem Mback… une lettre glaciale (à propos de trois prisonniers) : « Si les femmes et cet homme vivent encore ce serait du sentiment. Si tu vois Nyobè [Isaac Pandjock], dis-lui de prendre ses responsabilités. Je répète que s’ils sont vivants cela risque de nous causer des ennuis » Des propos confirmés un an plus tard par un maquisard rallié, qui évoque dans son interrogatoire les « violents reproches » adressés par Um Nyobè à ses lieutenants trop cléments »

Le Commandant Pierre Yem Mback se lève, Um Nyobe aussi. Mais, trop tard, car à peine la tête de Pierre Yem Mback est aperçue qu’un coup de feu retentit. Le Commandant en chef du Sabl tombe à quelques mètres de Ruben Um Nyobe qui contourne le rocher et se cache, debout, derrière un tronc d’arbre.

Le dernier avant Um  

Emblême de l’Upc en noir (la photo de Pierre Yem Mback est manquante)

Les circonstances de sa mort renforcent l’idée selon laquelle Pierre Yem Mback était un indéfectible dans la lutte auprès de Um Nyobé, et c’est d’ailleurs sur son cadavre que l’armée coloniale a traversé pour assassiner le secrétaire général de l’Upc. D’après erichimi2.free.fr, un site internet dédié à l’Upc, six mois après l’installation du premier Gouvernement autonome dirigé par André Marie Mbida, une patrouille des colons repère, grâce à la complicité de certains camerounais, le lieu du Secrétariat Administratif du Bureau de Liaisons dirigé par le Commandant Pierre Yemback. La patrouille attaque le lieu, s’empare de plusieurs documents importants du Mouvement en laissant plusieurs morts sur-le-champ. Pierre  Yemback, le chef du Sabl, rescapé, va rejoindre le maquis de Ruben Um Nyobe. Le 13 septembre 1958 à 4 h du matin, alors que depuis la veille les troupes coloniales se sont de plus en plus rapprochées du maquis de Um, ils décident de changer de refuge. Le cortège comprend Ruben Um Nyobe et sept autres camarades : Théodore Mayi Matip, Um Ngos, les militantes Poha et Ruth, le Commandant en chef du Secrétariat Administratif du Bureau de Liaisons Pierre YEMBACK et la compagne de Mpodol, Marie Ngo Ndjock qui porte un bébé. A l’aube, il s’arrête pour apprécier la situation avant de continuer. Entre 11h30 -12h, Ruben Um Nyobe entend un bruit qu’il signale à son entourage. On constate qu’une personne n’est pas présente et ce, depuis 9h30. C’est l’homme du Ngambi : Theodore Mayi Ma Matip qui avait disparu, non loin du lieu pour un peu se soulager, justifiera-t-il plus tard. Le Commandant Pierre Yem Mback se lève, Um Nyobe aussi. Mais, trop tard, car à peine la tête de Pierre Yem Mback est aperçue qu’un coup de feu retentit. Le Commandant en chef du Sabl tombe à quelques mètres de Ruben Um Nyobe qui contourne le rocher et se cache, debout, derrière un tronc d’arbre. Une fusillade meurtrière s’en suit. Um Ngos Poha et Ruth tombent à leur tour. Um Nyobe reste debout derrière le tronc d’arbre, mais il est remarqué et identifié du doigt par un guide du nom de Luc Makon. Un tirailleur Tchadien, des troupes coloniales françaises du nom de Paul Abdoulaye a vu le geste de Luc Makon et a aperçu Ruben Um Nyobe, il arme sa mitraillette et tire, les balles atteignent le Secrétaire Général de l’Upc, qui propulse sa mallette à trois mètres de lui et s’écroule. Son corps est ligoté et porté par les troupes tandis que le corps de Pierre Yem Mback est traîné à même le sol de la forêt jusqu’au village de Boumnyebel.

Les deux versions concordent sur un point : Pierre Yem Mback est mort en martyr, en servant de bouclier à Um Nyobé dont il était presque l’ombre. Nationaliste convaincu, il avait consigné dans l’un de ses écrits « tant que l’indépendance n’est pas acquise, aucune mort ne peut permettre aux colonialistes de croiser leurs pieds.»

Unis jusqu’à la mort

Une autre version de la mort de Pierre Yem Mback aux côté de Um Nyobé est racontée par Thomas Deltombe Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa dans Kamerun, une guerre cachée aux origines de la francafrique : « le 11 septembre, une première opération d’encerclement échoue. Deux jours plus tard, une nouvelle expédition, composée de trois sections, se met en branle à 7 heures du matin, à partir de Libelingoi, emmenée par le capitaine Guillou, commandant de la 1re compagnie du BTC 1, responsable du sous-quartier, guidée par des pisteurs ralliés, Koi Nyem de Libelingoi et un certain Luc Makon, adversaire acharné d’Um Nyobè. Guillou s’est préparé depuis longtemps. Depuis deux semaines, il survole la zone en hélicoptère. Il a demandé pour dix jours le renfort des élèves caporaux de Yaoundé. En fin de matinée, un premier accrochage avec un maquis alerte le groupe d’Um Nyobè, qui cherche à fuir. Mais, trahi par les traces fraîches de ses Pataugas dans la boue, ce dernier est rapidement rattrapé. « Vers 14 heures, rapporte le Haut-Commissaire adjoint du Cameroun, Joseph Rigal, dans un télégramme du 16 septembre au ministère de la France d’outre-mer, arrivé à trente mètres environ d’un rocher formant grotte, le guide entend des voix. » Ce sont celles de trois hommes et une femme, qui discutent près d’un marigot en mangeant des oranges. Immédiatement, le guide, Luc Makon, « aperçoit […] Um Nyobè, qu’il désigne au sous-officier africain. Mais, à la vue des forces de l’ordre, Um Nyobè et les siens prennent la fuite ». Après une course poursuite de 200 mètres, poursuit Rigal, « le sous-officier ouvre alors le feu au pistolet-mitrailleur et blesse mortellement Um Nyobè, dont les compagnons, parmi lesquels Yem Mback Pierre, chef du SA/BL (secrétaire administratif du bureau des liaisons), sont également atteints par le tir des autres soldats africains » Les deux versions concordent sur un point : Pierre Yem Mback est mort en martyr, en servant de bouclier à Um Nyobé dont il était presque l’ombre. Nationaliste convaincu, il avait consigné dans l’un de ses écrits « tant que l’indépendance n’est pas acquise, aucune mort ne peut permettre aux colonialistes de croiser leurs pieds.»

Roland TSAPI

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