Figure : Penda Dalle, au-delà de ses chansons…

Il est l’un des artistes musiciens des années 7O qui a su marquer son temps, en faisant usage d’un talent qui devait s’exprimer dans un contexte pas toujours favorable. Reconnu par le public, il s’en est pourtant allé sans reconnaissance officielle, rallongeant ainsi la liste des artistes camerounais qui risquent de sombrer dans l’anonymat en l’absence d’une politique de pérennisation.

Penda Dallé, de son vrai nom Tété Dalle Penda Jeannot, est décédé le 26 décembre 2022 à Paris, il avait 64 ans et avait une santé fragile depuis quelques années. Né en 1958, il entre à 18 ans dans l’armée et choisit la section marine. 4 ans passé dans les rangs, il s’habitue surtout aux instruments musicaux et joue pour la marine nationale. En quittant la marine, Penda dallé rencontre Emile Kangué pour qui il joue pendant longtemps, avant de voler de ses propres ailes en 1980, ayant déjà dans sa discographie le disque 45 tours Bonadibong, qui l’a révélé au public et qui rend hommage à son quartier, question de ne pas oublier d’où il vient. Suivront les titres ‘o sala’,’ na diyane nyonga ndolo’,’tchaku mbele’, en 1981 et ‘na mala’ en 1984. Avec son mentor Emile Kangué, il formera plus tard le groupe la Musette. Il était installé en Europe depuis une vingtaine d’années, où il a finalement rendu l’âme, après avoir été victime par deux fois d’un Avc.  Un témoignage de Bob la Gachette lit : « hier encore il était aux oubliettes, et voilà un autre qu’on qualifiera de tous les superlatifs laudatifs et qu’on jouera davantage dans nos médias et surfaces musicales parce qu’il est mort et après ,on ne se souviendra plus de lui, en attendant un autre départ. A se demander si la mort est un dernier disque pour l’artiste ou un coup de pouce promo étincelle, le temps d’organiser les obsèques du défunt. La jante du temps a écrasé une autre légende : Penda Dalle  père de Bonadibong, l’espoir de ma vie, na mala, sona ndolo, etc…. Pur cru du grand 80 , comme du bon vin, qui se fait boire par le destin à la table de la mort, avec pour récents convives Ekambi Brillant et Djene Djento. Au moment où le Cameroun n’a pas encore rendu un hommage à Manu Dibango décédé en 2020, 3 corps risqueraient pourrir d’une reconnaissance enterrée à la hâte: décoration à titre posthume, concert artistique, une présence des charognards assoiffés de témoignages et au revoir !!! Un devoir est à notre portée, on est à espérer d’une copie ne serait-ce que bien copiée ailleurs, à défaut d’en produire en toute harmonie pour que nos mémoires ne soient pas trop courtes. »

Au Cameroun on se débrouille plutôt pour que les talents s’éteignent, que les artistes soient les plus mortels possible et rentrent dans l’oubli au plus vite. Que reste-t-il de Manu Dibango, y a –t-il un musée à Douala ou à Yaoundé où l’on peut aller revisiter les œuvres de l’homme dont la notoriété n’est pas contestable ? Et s’il en est ainsi des aînés, qu’en sera-t-il des cadets ? Penda Dallé le 26 décembre 2022, Djené Djento le 14 décembre 2022 ; Ekambi Brillant le 12 décembre de la même année, ce sont les lampions de la musique camerounaise qui s’éteignent progressivement, sans que rien ne garantisse leur survie, au-delà de leurs tombes.

Risque d’anonymat

Penda Dallé a ainsi finit de jouer sa partition, dans la musique comme dans la vie. A l’instar des autres artistes camerounais, il s’est lancé dans la musique par passion sans doute, mais avec amour et conviction. Déterminé à suivre les pas des aînés d’abord, il tenait tout de même à imprimer ses propres marques. Dans une confidence faite à un journaliste, relayé par le Journal du Cameroun, l’artiste confesse : « On avait beaucoup d’amour pour ce qu’on faisait. Nos anciens étaient quasiment tous des instrumentistes, ce qui nous a poussés à apprendre dans un premier temps à jouer d’un instrument, puis ensuite à chanter, pour devenir ce que je suis aujourd’hui. C’est un grand parcours que j’ai réalisé. » Si l’artiste a, comme il le dit, réalisé un grand parcours sur le plan individuel, il reste qu’il n’a pas bénéficié de l’encadrement nécessaire pour rendre son œuvre plus pérenne. A quoi sert-il d’avoir du talent, si l’on ne peut le transmettre à des générations ? Le génie de l’artiste sera loué autant qu’il le pourra, mais il restera que s’il existait une école de musique nationale, un conservatoire comme on l’appelle chez les autres, une institution qui devrait permettre la transmission du savoir dans le domaine, Penda Dallé aura été plus utile. Tout comme Djene Djento, tout comme d’autres artistes talentueux rentrés dans l’anonymat après un single, ou qui ont été obligés de s’exiler pour trouver refuge ailleurs où le talent peut être mieux apprécié. L’anonymat semble en effet être une malédiction qui poursuit les talents camerounais, dans la musique, le sport ou d’autres domaines. Par manque d’une politique nationale de promotion et de perpétuation des talents. Et à défaut d’encourager les talents, si au moins une politique était même mise en place pour garantir leur survie, s’assurer que la postérité de ceux qui à un moment de la vie ont porté haut le flambeau du pays, ne devienne pas la risée du public !  Mais là encore, tout est à refaire au Cameroun. De leur vivant, les artistes ne peuvent pas vivre de leur créativité, les droits d’auteurs font l’objet de toutes les batailles depuis des décennies entre éléphants, et l’herbe qui souffre, ce sont les artistes. Aux Etats Unis par exemple, pays auquel le Cameroun n’a rien à envier pour ce qui est des talents musicaux, les droits des artistes sont tellement protégés et encadrés que même après le décès, une compagne qui a passé quelques années avec l’artiste peut réclamer et obtenir sa quotte part  sur les droits d’une œuvre créé alors que les deux étaient ensemble. Parce qu’elle aurait d’une manière ou d’une autre contribué à la création de cette œuvre, en inspirant un mot, une phrase, une tournure, un coup de pinceau ou même seulement en restant couchée dans le canapé pendant que l’artiste travaillait. Par ailleurs les œuvres sont minutieusement conservés pour servir non seulement de patrimoine national en la matière, mais aussi faire l’objet d’études et d’inspiration pour les générations à venir. Toutes ces mesures permettent de rendre l’artiste immortel. Au Cameroun on se débrouille plutôt pour que les talents s’éteignent, que les artistes soient les plus mortels possible et rentrent dans l’oubli au plus vite. Que reste-t-il de Manu Dibango, y a –t-il un musée à Douala ou à Yaoundé où l’on peut aller revisiter les œuvres de l’homme dont la notoriété n’est pas contestable ? Et s’il en est ainsi des aînés, qu’en sera-t-il des cadets ? Penda Dallé le 26 décembre 2022, Djené Djento le 14 décembre 2022 ; Ekambi Brillant le 12 décembre de la même année, ce sont les lampions de la musique camerounaise qui s’éteignent progressivement, sans que rien ne garantisse leur survie, au-delà de leurs tombes.

Roland TSAPI  

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