Figure : Paul Momo, le capitaine génie de l’Upc

Déterminé à en découdre avec les colons lors de la lutte d’indépendance, il s’est même permis de s’affranchir de l’autorité du parti Upc pour mieux mener ses opérations de terrain. Traqué et trahi, il est abattu et son corps exposé pendant des jours avant d’être enterré dans du béton à Bafoussam

Des têtes des nationalistes coupées et exposées

Il est l’un des nationalistes qui fut cruellement assassiné et son corps exposé pendant des jours au lieu-dit carrefour maquisard à Bafoussam. L’administration coloniale voulait plus que tout que son exécution et le traitement de sa dépouille restent à jamais gravés dans les mémoires, il s’appelait Paul Momo. A sa naissance en 1930 à Baham actuel chef-lieu du département des Haut-Plateaux dans la région de l’Ouest, il porte le nom de Paul Tchuembou. Fils d’un notable de quartier de Mbouda, il est éduqué dans une mission catholique avant de servir comme trésorier d’une société agricole de prévoyance, d’où il est renvoyé pour motifs politiques. Il est décrit dans un rapport militaire comme « un jeune garçon de 22 à 23 ans, […] bien constitué, portant des souliers de tennis et des shorts noirs très courts, sûr de lui et très orgueilleux. » Proche du chef Baham Pierre Kamdem Ninyim, il le suit dans la clandestinité lorsqu’il est destitué de la chefferie en 1957, et devient dès lors l’une des chevilles ouvrières de la lutte anti coloniale. Après la capture du capitaine général du Sinistre de la Défense Nationale du Kamerun (Sndk) Pierre Simo en octobre 1958, il prend la relève et s’octroie le titre de « capitaine-génie ». Alors que l’Upc observait une trêve durant le débat de l’ONU, Momo et ses hommes décident de reprendre du service plus tôt que les autres. Dans la nuit du 24 au 25 février 1959, ils attaquent la chefferie de Bandjoun, bastion fortifié de la lutte anti-upéciste réputé imprenable du fait du charisme de son chef, Joseph Kamga, et de ses redoutables forces d’autodéfense. Au cours d’une offensive éclair et brutale, les hommes de Momo réduisent la chefferie en cendres. Refusant de se soumettre aux stratégies de la direction de l’Upc, il s’illustre par des attaques des groupes et des personnes soupçonnées de collaborer avec l’administration, et lors de ses opérations nocturnes, il prend soin de laisser sur place des tracts signés « MP » ou « Momo Paul Génie sans peur et sans reproche », qui menacent les populations de nouvelles représailles en cas de collaboration avec les autorités. Pour gagner son autonomie, Momo recrute ses propres lieutenants, agrégeant des cadres locaux du Bamiléké comme Jérémie Ndéléné et Samuel Tagne, ou Bernard Kamdem dans le Mungo. À la tête d’une bande très mouvante de quelques dizaines d’insurgés, Momo ouvre un front autonome et mène des opérations de guérilla sans en rendre compte à quiconque, parvenant en quelques mois à contrôler des zones autour de Batcham et Bamendjo

Dans l’optique de trouver le fil conducteur susceptible de les guider vers les repères des nationalistes, les forces de répression transposent à Baham une nouvelle technique récemment expérimentée en Algérie appelé le harka. Une sorte de milice constituée de 28 volontaires est mise sur pied, et reçoit la même mission que celle des forces de la répression à savoir la recherche, la capture ou l’assassinat de tous ceux qui réclament l’indépendance du Cameroun ou ceux qui sympathisent avec eux.

Traque

Les actions de Paul Momo sur le terrain obligent la hiérarchie militaire à revoir sa stratégie. Deux sections de l’armée de Koutaba sont dépêchées en renfort à Bamessingué et à Bamenkoubo. Outre la mission de surveillance dont il sont investis, ces militaires sont aussi chargés d’aider et de protéger les « honnêtes gens », de donner la chasse aux « bandits » et de détruire leurs bandes. L’état d’urgence est proclamée, les contrôles d’identité sont systématisés, l’ordre est donné de tirer sur tous ceux qui tenteraient de se soustraire après avoir été interpellés aussi bien le jour que la nuit. Il est prescrit aux chefs des villages de pourvoir aussi bien au cantonnement des militaires qu’à leur ravitaillement. Dans l’optique de trouver le fil conducteur susceptible de les guider vers les repères des nationalistes, les forces de répression transposent à Baham une nouvelle technique récemment expérimentée en Algérie appelé le harka. Une sorte de milice constituée de 28 volontaires est mise sur pied, et reçoit la même mission que celle des forces de la répression à savoir la recherche, la capture ou l’assassinat de tous ceux qui réclament l’indépendance du Cameroun ou ceux qui sympathisent avec eux. Tous ces volontaires sont bien entendus originaires du groupement Baham. Parmi eux se trouvent 4 anciens combattants de la Sndk, le commandement de cette harka est confié à Romain Kouam. La liaison avec les unités du détachement implantées à Baham et dans les groupements voisin est assurée par le chef de poste de gendarmerie de Baham, qui est chargé d’avertir le capitaine qui commande le Sous- quartier de Bafoussam pour intervention.

Après son assassinat, le corps de Paul Momo est exposé pendant des jours au carrefour aujourd’hui connu sous le nom de Carrefour Maquisard en plein cœur de la ville, avant d’être décapité et enterré entre deux dalles de béton lourdement armé, pour éviter dit-on, qu’il ne se métamorphose et sorte de terre. Paul Momo fait partie des milliers de victimes assassinées de manière barbare au mépris des lois de la guerre, et dont la mort rentre dans le lourd passif colonial… qui reste non liquidé.

L’assassinat

les reste de Paul Momo exposé sur la place publique à Bafoussam

Le 28 septembre 1960, 17 combattants du capitaine génie Paul Momo sont assassinés et de nombreux autres grièvement blessés, lors de l’attaque de la case paternelle. D’autres sources parlent de 23 personnes ligotées les mains derrière le dos avant d’être exécutées. Paul Momo se replie à Bahouan, un village voisin. Sa protection est assurée ici par ses lieutenants Talla et Feugaing tous originaires de la localité. Mais il est dénoncé par le chef Frédéric Nenkam sous la pression de l’administration, et qui n’avait pas encore digéré l’attaque de son palais par le Sndk en 1957. Paul Momo est trahi et abattu par la gendarmerie le 17 novembre 1960 sur une piste à Bahouan. Ses deux protecteurs prennent peur et se font accompagner par le député Noé Mopen à Bafoussam 10 jours plus tard pour se rendre officiellement. Ils sont immédiatement récupérés et mis en exploitation c’est-à-dire interrogatoire sous torture. Des informations qu’ils fournissent, et de l’exploitation des documents saisis lors de l’attaque du QG de Paul Momo, les forces françaises apprennent que les unités du capitaine génie étaient étrangères aux harcèlements récurrents subis par les colonialistes au nord et au sud de l’arrondissement de Bafoussam. Après son assassinat, le corps de Paul Momo est exposé pendant des jours au carrefour aujourd’hui connu sous le nom de Carrefour Maquisard en plein cœur de la ville, avant d’être décapité et enterré entre deux dalles de béton lourdement armé, pour éviter dit-on, qu’il ne se métamorphose et sorte de terre. Paul Momo fait partie des milliers de victimes assassinées de manière barbare au mépris des lois de la guerre, et dont la mort rentre dans le lourd passif colonial… qui reste non liquidé.

Roland TSAPI

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