Figure : Osendé Afana, sacrifié comme Jean Baptise

Ses hautes études en économie couronnées par des diplômes n’ont pas fait de lui un fonctionnaire docile comme beaucoup de sa génération, mais un nationaliste déterminé. Ce qui explique aussi la rancœur du pouvoir qui a exigé que ses bourreaux lui apportent sa tête sur un plateau  

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Le récit de la bible nous enseigne la fin du prophète Jean Baptiste, pour avoir osé dire la vérité.  Ce dernier avait dénoncé le fait que le roi Hérode prenne la femme de son frère Philippe, et le roi l’avait fait arrêter et le gardait en prison. Un jour au cours d’un festin, la fille de la femme en question Hérodias, fit une danse qui plut au roi Hérode, lequel lui demanda d’émettre un vœu et il sera exaucé. Hérodias qui voulait en finir avec Jean Baptiste qui dénonçait ses infidélités, souffla à sa fille de demander la tête de Jean Baptiste sur un plateau. Ce qu’elle fit. Le roi, pour garder son honneur et tenir sa promesse, fit décapiter Jean Baptiste en prison, on lui apporta la tête du prophète qu’il remit à sa belle-fille. 1933 ans plus tard, cette histoire se répétait, à quelques variantes près au Cameroun. Un fils du pays, parce qu’il disait la vérité et dénonçait le rapport incestueux entre le pouvoir au Cameroun et les puissances coloniales, fut assassiné aussi, sa tête fut tranchée de son corps et ramenée au président de la république d’alors, Ahmadou Ahidjo. C’était le 15 mars 1966, l’ennemi à éliminer ainsi s’appelait Castor Osendé Afana, il luttait pour l’indépendance véritable du Cameroun dans les rangs de l’Union des populations du Cameroun alors interdite.

Engagement

D’après les éléments biographiques, Osendé Afana naquit en 1930 à Ngoksaa dans le Département de la Lékié, province du Centre. Il fit ses études secondaires au lycée Leclerc de Yaoundé où il obtint le baccalauréat en 1951, et poursuivit à l’université de Yaoundé puis à la faculté de Droit et Sciences Economiques de Toulouse d’où il sortit avec le diplôme de doctorat ès sciences économiques. Engagé depuis le jeune âge, il fonda le Comité de base de l’Union des populations du Cameroun à Toulouse. En décembre 1956, il est élu premier Vice-Président de la FEANF (Fédération des Etudiants d`Afrique Noire en France). Le 11 Juillet 1957, Ruben Um Nyobè, par lettre N°0223/AE/BCD sous-maquis le charge d`assurer en France la publication de son écrit sous-maquis « Comment dénouer la crise kamerunaise ». En Février 1957, Osendé Afana se rend à New York comme délégué de la FEANF pour y défendre la cause de l’indépendance du Cameroun devant la Commission de tutelle de l’ONU. Au mois de décembre 1957, il est élu trésorier général de la FEANF, et deux mois plus tard, en février 1958, il rejoint clandestinement au Caire Félix Roland Moumié Président de l’UPC et les autres dirigeants exilés en Egypte. Il est nommé Représentant Permanent du parti  au Secrétariat de l`OSPAA (Organisation de Solidarité des Peuples Afro-Asiatiques). Le 30 Juin 1960, Osendé Afana est désigné par Moumié pour représenter l’UPC aux fêtes de l`indépendance du Congo-Léopoldville et préparer une mission ultérieure de Moumié lui -même qui se préparait à transférer la base extérieure principale de l’UPC à Léopoldville en accord avec Patrice Lumumba. Moumié arriva en effet en fin août 1960 à Léopoldville et le 05 septembre 1960, Lumumba autorisa l’ouverture d’une représentation du parti à Léopodville. Le 14 Septembre 1960, le Président de l’UPC quitta clandestinement le Congo après un mandat d’arrêt lancé contre lui par le Colonel Mobutu qui venait de réussir son coup d’Etat pro-impérialiste. Après l`assassinat du Président Moumié à Genève en Novembre 1960, Osendé s’installa à Conakry (Guinée) et à Accra (Ghana) puis en Mai 1965 à Brazzaville après la « révolution des trois glorieuses » au Congo-Brazzaville. C’est de là qu`il prépara son entrée au maquis dans le Sud -Est Cameroun.

La traque

Le 30 janvier 2008, exploitant deux manuscrits sous maquis de Osendé Afana et de son compagnon de lutte Fosso François, Henri Hogbe Nlend a publié un rapport, qui répondait à un impératif du devoir de mémoire de la résistance populaire et révélait pour la première fois les circonstances de cet assassinat et l’ensemble de la chronologie des faits marquants du maquis dirigé par Osendé Afana. Dans la chronologie, on apprend que le 15 mars 1966, Osendé Afana, qui avait perdu ses lunettes dans une embuscade précédente, décide de retourner à Brazzaville accompagné de deux cadres pour refaire ses lunettes et étudier les possibilités de changer de maquis en créant un nouveau front à partir du Centre-Sud en vue de progresser dans une zone plus proche de sa région natale, Yaoundé. C`est en route pour la réalisation de ce plan que Osendé Afana et ses camarades tombent dans une embuscade de l’ennemi à 11 km de la frontière du Congo-Brazzaville. Osendé et Wamba Louis sont tués et décapités. Fosso François, grièvement blessé, réussit à s`échapper et à se cacher non loin du lieu du massacre. Il revient sur les lieux deux jours plus tard, et trouve les corps d’Osendé et Wamba en putréfaction, leurs têtes tranchées et emportées, le ventre de Wamba ouvert. C`est avec un simple couteau à sa disposition qu`il essaya, en vain, d`enterrer les restes des deux camarades morts pour la Patrie.

Nationaliste

Michel Ndoh, dans un témoignage, déclarait  “ Osendé était le premier économiste camerounais et même d’Afrique noire. Il était mordu par le virus upéciste (…) Il entre au maquis relativement sans discrétion et de façon précoce. Notre projet du Deuxième front, que Woungly Massaga ira mener plus tard, nous entendions le concrétiser dans la discrétion et pas en 1966. Osendé a voulu précipiter les choses. (…) Je garde de lui le souvenir d’un nationaliste véritablement engagé, radicalement différent de ceux qui, aujourd’hui, ne s’engagent dans le combat que pour défendre leurs intérêts ou ceux de leurs tribus. »

La mort d’Osendé et ses autres camarades du parti, fait partie des pans de l’histoire du pays qui restent cachée au Camerounais. Les autorités camerounaises classent toujours comme « secret -défense » les informations sur les circonstances de cet assassinat. Mais le fait que ces martyrs subissent ce traitement n’enlève rien à la justesse de leur combat, et interpelle davantage la jeunesse qui a aujourd’hui tendance à se laisser infantiliser. Osendé n’avait que 36 ans quand son combat pour la libération du pays donnait déjà des insomnies au pouvoir, au point où il demanda sa tête comme preuve qu’il est mort. Mais son esprit restera vivant

Roland TSAPI

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