Figure : Nioussérê Kalala Omutundé et la renaissance africaine

Il a consacré ses recherches et ses enseignements sur le génie  africain, riche et florissant mais victime d’un dénigrement occidental. Adepte de la renaissance africaine, il croyait ferme que le génie africain, mère de la science universelle, devrait permettre au Noir appelé Kamite, de se repositionner comme ancêtre de l’humanité

On peut ne pas l’aimer, mais l’objectivité oblige de reconnaître son intelligence, sa lucidité d’esprit, son art oratoire et son dévouement sans réserve pour l’Afrique et au peuple noir, notre peuple »,  Tel est le témoignage que rendait le 14 novembre le chercheur togolais Pitalounani Barcola  au lendemain de l’annonce de la mort à Nioussérê Kalala Omutundé. Et à Nathalie Yamb d’ajouter : « Immense tristesse ce matin à l’annonce du départ d’un baobab de la pensée africaine. Jean-Philippe Kalala Omotunde s’en est allé. Yako à nous tous. Il laisse derrière lui des livres indispensables et des millions d’esprits qu’il a contribué à éveiller. Bonne transition, frère.» Omotundé c’est le fervent défenseur de la renaissance africaine qui était devenu l’incarnation de la connaissance africaine au service de son développement. A sa naissance en Guadeloupe, ses parents l’appellent Jean-Philippe Corvo. Mais plus tard, il rejette son prénom occidental pour affirmer ses racines africaines, en choisissant de se faire appeler Nioussérê Kalala Omotunde. Nioussérê d’origine égyptienne, comme le berceau du savoir selon ses thèses, et Kalala, comme l’organe traditionnel de résolution de problèmes du Congo. Diplômé de l’École de publicité de Paris, il était égyptologue, chercheur en histoire, spécialiste des sciences et mathématiques africaines et des humanités classiques africaines, enseignant à l’institut Africamaat de Paris et chargé de mission auprès de l’Unesco. Il enseignait également à l’institut Anyjart en Guadeloupe et à l’institut Per Ankh, en Martinique. Auteur, L’universitaire a pousséloin ses travaux de recherches sur les civilisations du continent noir, de sorte qu’il est parvenu à trouver des ramifications africaines à presque toutes les religions dites révélées. Selon lui, le christianisme, l’islam et autres ont des origines africaines. Véritable prêcheur de l’évangile de la Renaissance Africaine, il pensait que l’Africain devrait retrouver la vraie appellation qui le désigne, celle de Kamite, et regrettait « Les chercheurs sont prêts à sombrer dans le ridicule quand on parle de l’Egypte noire pharaonique. C’est-à-dire qu’il y a une géopolitique, un imaginaire que l’on ne souhaite pas modifier. On est dans des rapports de prédation, économiques, financiers. Et, on a une jeunesse africaine, panafricaine qui pousse, qui aspire à un avenir nouveau, à des relations nouvelles. La chose, c’est que ce passé dérange le colonialisme. » (Midi Guyane, 14 mai 2019).Certaines sources froides, qui n’ont pas pu être confirmées, indique que Kalala Omotunde avait en projet de se naturaliser camerounais.

l’aliénation culturelle continue de créer une espèce de dualisme dans le fonctionnement psychologique de chaque Kamit ou Noir. Dualisme qui révèle l’existence d’une relation conflictuelle secrète et intérieure, entre un Moi africain continuellement agressé et un sur-Moi occidental agresseur et conquérant, désireux d’imposer par tous les moyens au Moi africain, sa vision du monde.

Héritage

Le principal héritage qu’il laisse est l’Afrocentrisme, développé dans un broché paru le 9 mars 2006, intitulé “discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle » Que signifie le fait d’être culturellement aliéné ? Quels sont les rouages de l’aliénation culturelle des Kamits (Noirs) ? Comment s’exprime cette aliénation et d’où vient-elle ? Telles sont les thématiques abordées dans cet ouvrage, où il soutient que l’aliénation culturelle continue de créer une espèce de dualisme dans le fonctionnement psychologique de chaque Kamit ou Noir. Dualisme qui révèle l’existence d’une relation conflictuelle secrète et intérieure, entre un Moi africain continuellement agressé et un sur-Moi occidental agresseur et conquérant, désireux d’imposer par tous les moyens au Moi africain, sa vision du monde. Pourquoi cette agression et que cache-t-elle ? Au-delà des analyses faites par Frantz Fanon et Aimé Césaire, Omotunde Kalala souhaitait apporter une vision et une solution afrocentriste, à ce mal qui ronge nos consciences et engendre le complexe d’infériorité, la frustration et la violence. Dans un autre livre “initiation aux mathématiques africaines pour les enfants de 5 à 15 ans et +“, il initie les enfants (mais aussi les parents) aux mathématiques africaines par le biais d’une méthode pédagogique volontairement ludique. Alors que de nombreux spécialistes internationaux ont affirmé que l’Afrique était le Berceau des Sciences Mathématiques (ex. Invention des 4 opérations en -25 000 ans au Congo RDC à Ishango), il est facile de constater que nombreux sont ceux qui ignorent les modes opératoires des divers calculs (avec ou sans chiffres) mis au point par les mathématiciens des diverses civilisations africaines. Kalala Omotunde avec ce livre permet aux jeunes, à leurs parents mais aussi aux encadrants pédagogiques de découvrir une part de cet univers, afin que l’égalité des chances dans l’accès au savoir ne soit plus un vain mot.  Ainsi, à travers des exercices variés (dessins, coloriages, calculs, etc.), les enfants découvrent la richesse intellectuelle de leur patrimoine ancestral africain.

Ce témoignage lui est rendu par African perspective on international law: au lendemain de sa mort « Celui-là même qui s’est renommé Nioussérê Kalala Omotunde pour affirmer son profond attachement au continent africain malgré ses fissures de l’histoire est un amoureux inconditionnel de la science, la science au-delàs des limites, les limites d’une seule discipline. Il était à la fois mathématicien, théologien, égyptologue, historiens des sciences mais aussi historien des spiritualités et panafricaniste convaincu. Son approche scientifique visait à décomplexer l’africain puis à repositionner les savoirs africains et plus globalement les Humanités classiques africaines dans l’historiographie des connaissances de l’humanité. II était perpétuellement conscient que la défaillance des existences africaines dans le monde trouvait sa source dans une construction scientifique qui a isolé le noir de tout le schéma constructif de l’espèce humaine avant de se développer de toutes autres manières. En disciple fidèle de Cheick Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo et du même registre que Théophile Obenga, il a cherché à constamment déconstruire les falsifications historico-scientifiques séculaires dont les savoirs multiformes du continent ont fait l’objet. »

Roland TSAPI 

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