Figure : Nchare Yen, fondateur du royaume Bamoun

Tout le département du Noun, dans la région de l’Ouest est sous l’emprise de la royauté qu’il établit à la suite de multiples conquêtes

La dynastie Nchare Yen. C’est ainsi que l’on désigne la lignée des chefs qui règne sur le royaume Bamoun, et qui a su garder l’authenticité de ses origines. Nchare Yen a été le premier à diriger ce peuple et lui laisser l’héritage culturel qui fait la fierté depuis des siècle, de même que l’organisation traditionnelle dont les fondements ont permis de résister à toutes les invasions coloniales.

Départ pour l’exil

Qui était Nchare Yen ? Des multiples écrits historiques sur lui, il y a ceux de  maître Aboubakar Mounpain, relayés par le site internet royaumebamoun.com, intitulé « Les Bamoum, les Banso et les Bafia sont d’origine Egyptienne. » On y apprend que longtemps dans le passé, une famille à la recherche de la liberté, s’enfuit d’Egypte et progresse vers le sud, s’installe dans l’actuelle Adamaoua à Bankim où ils soumettent les populations autochtones. Ils sont appelés “Tikar” qui signifie “errants », et c’est de cette dynastie que sortiront bien plus tard les fondateurs des Bamoun, Bafia  et Banso.

Vers le 13ème siècle, après la mort de Fonrifum (Roi de Rifum ou Tikar), son fils Dikum est désigné comme successeur au détriment du Nchare. Ce dernier en est très vexé, et sa mère la reine Yen se sent déshonorée. D’un commun accord, ils décident de s’en aller hors du royaume. La reine réunit donc ses cinq enfants et quelques fidèles. Un matin, ils quittent le pays et prennent la direction du mont Léké à une dizaine de kilomètres de là, où ils espèrent trouver refuge afin d’échapper à la colère du nouveau monarque décidé à punir les contestataires. Le chemin n’est pas sans embûches, mais la reine ne se décourage pas et conduit d’une main de fer le périple. Jusqu’au bord du fleuve Mbam qui se présente comme un obstacle. Le groupe trouve une pirogue, mais elle ne peut pas prendre tout le monde à la fois. La reine Yen divise le groupe en deux, et traverse avec trois de ses enfants et d’autres en laissant deux derrière en compagnie d’autres membres. Une fois arrivée de l’autre côté, elle fait détruire la pirogue, dit-on pour éviter d’embarquer tous ses enfants dans une aventure qui devenait de plus en plus périlleuse. Elle continua alors le chemin, soumettant sur le passage plusieurs peuples, et affaiblie par la blessure d’un buffle dans une forêt, elle mourut avant la grande bataille pour la prise de Njimoun. Elle fut enterrée dans un cimetière réservé à elle seule qui n´accueillit plus tard que la dépouille de sa sœur Monka. Ce lieu est aujourd´hui l’un des sites sacrés du royaume Bamoun.

Désignation du Roi

Ses trois enfants et les autres continuèrent les batailles, et ayant soumis tous les peuples et une fois installés à Njimoun, il fallait choisir un guide ou roi pour diriger le groupe de conquérants d´origine Tikar. La tradition voulant que ce fût quelqu´un ayant un sang noble, ce guide ne pouvait être que l’un des fils ou des filles du Roi Fonrifum ; plus précisément un des enfants de feue la reine Yen. Les aspirants furent Koumjouom, Nchare et leur sœur Mfom. Les trois prétendants devaient faire une compétition en vue de la désignation du roi. La discipline choisie fut une course sur une distance d’un peu moins de cents mètres à partir du tronc d’arbre où étaient assis les trois prétendants. Le premier à poser le pied sur la pierre allait devenir le roi. Quelque peu aidé par l’arbitre qui était un cousin, et sa sœur Mfom, Nchare remporta la compétition. En effet, raconte maître Aboubakar Mounpain, Njimongha, en sa qualité de neveu de Fonrifum, fut chargé de donner le signal de départ. Koumjouom, le frère de Nchare, était grand, costaud, bien bâti d’un point de vue sportif et jubilait d’avance. Il voyait bien qu’il partait favori. Face à lui, Nchare petit et fluet n’avait aucune chance… Pourtant, tout le monde souhaitait que Nchare devienne roi. La raison était simple : au contraire de son frère qui était arrogant et antipathique, Nchare était modeste, affable et sociable. Quand approcha l’heure du départ, Njimongha s’avança discrètement vers Mfom et lui donna quelques consignes. Celle-ci alla s’asseoir sur le tronc d’arbre, emprisonna sous son poids un pan du pagne de Koumjouom le favori. Quand Njimongha vint donner le signal du départ, Mfom eut de la peine à lever son gros corps, comme par mégarde, retardant en même temps le démarrage de Koumjouom. Nchare fonça tête basse et gagna la compétition. Les youyous de la victoire couvrirent les pleurs et les plaintes de Koumjouom, Nchare fut consacré Roi.Dans l’organisation de son royaume, il plaça sept pierres à Njimom pour le Conseil supérieur des Nkoms sous l’autorité de Njimonchare, sept autres à Mayo pour le Conseil supérieur des Nji Nghetngou sous l’autorité de Njimongha. Ces deux institutions qui devaient contribuer à la prise des grandes décisions, depuis plus de six siècles ont survécu à tous ses successeurs. On note une particularité cependant, c’est que pour le Conseil supérieur des Nkoms et le conseil supérieur des Nghetngou, la tradition au fil des siècles, a pérennisé une succession nominative, elle veut que chacun des successeurs des Nkoms et des Nghetngou mette en avant le nom originel du premier notable venu de Rifum. Par contre, au Palais, on observe que dans la lignée royale de Nchare Yen, chacun des nouveaux rois successeurs a régné sous son nom de naissance.

Nchare fut un conquérant rusé, on estime à plus de dix-huit le nombre de souverains qu’il soumît. Il sût organiser le royaume et en modeler les institutions sur celles du royaume Tikar et installa la capitale à Njimom. D’après certains historiens, il n’arriva pas à Foumban et  mourut avant la conquête de cette ville, et ce serait la raison pour laquelle sa tombe se trouve aux  environs du marché de Njimom. Ainsi, comme Moïse dans la bible, Nchare, le fils de Yen, aurait vu la terre promise de loin, sans y arriver, mais il avait déjà montré le chemin à son peuple qui a connu le 10 octobre 2021, le 20eme roi de sa dynastie.

Roland TSAPI             

One Reply to “Figure : Nchare Yen, fondateur du royaume Bamoun”

  1. A écouter et réécouter.
    Merciiiiiii Roland Tsapi.
    Si on pouvait avoir comme ça pour chaque tribu afin de connaître toute notre histoire 👌🏻👌🏻👌🏻
    Comment se procurer l’ouvrage du prince Nchare Yen svp.

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