Figure : Mohamadou Dabo et l’engagement pour…ou contre la santé

Il s’est fortement investi dans la recherche des financements pour la construction des infrastructures sanitaires, portuaires et maritimes, bénéficiant de ses fonctions de Consul général de la Corée du Sud au Cameroun. Mais ses derniers jours ont été tourmentés par le covidgate, dans laquelle se sont trouvées impliquées ses sociétés.

Le 18 octobre 2022, le Premier ministre Joseph Dion Ngute inaugurait au nom du chef de l’Etat, l’hôpital général de Garoua, le 3eme du Cameroun après ceux de Yaoundé et Douala. Formation hospitalière de première catégorie, doté d’un plateau technique de dernière génération, il constitue, selon les spécialistes de la médecine, le niveau le plus élevé de spécialisation concernant les maladies du cerveau et de la colonne vertébrale, et fait de la ville de Garoua une nouvelle destination sanitaire des patients en provenance des trois régions septentrionales, du Tchad et de la République centrafricaine. L’ouvrage qui a coûté 42 milliards de francs cfa a été financé par la Corée du Sud, grâce à l’entregent d’un homme qui s’est avec le temps illustré dans la promotion de la santé au Cameroun, Mohamadou Dabo.

Il voit le jour en 1959 à Hainare par Banyo dans la région de l’Adamaoua. En 1974, à 15 ans, il obtient son certificat d’études primaire et élémentaire à l’école publique de Mayo-Darlé, et le brevet d’études du premier cycle 5 ans plus tard au lycée de Banyo. Il continue à Douala où il entre à l’institut des sciences économiques et sociales, et obtient en 1981 l’aptitude au Probatoire du diplôme d’études comptables supérieures, et l’année suivante le probatoire du D.E.C.S. lui-même. Il passe ensuite 3 ans, de 1983 à 1986 dans une formation en business management filière management des entreprises avec des cours par correspondance à l’université de Rouen – France, et plus tard il fera un master of business administration (MBA) spécialité E-government au Commonwealth University Belize. Guidé par les affaires, il se lance très vite dans l’entreprenariat, et la diplomatie économique semble être sont fort. Dès 1992, il est remarqué par la Corée du Sud qui le désigne Consul honoraire à Douala. Son  capital confiance augmente rapidement auprès de cette puissance économique asiatique, qui le désigne en 1998 comme Consul Général Honoraire de Corée au Cameroun, titre qui est approuvé l’année suivante par le président de la République.

En 2012 il est encore aux avant-postes pour la négociation et la signature d’une convention de financement de 42 000 000 000 fcfa auprès d’EDCF Korea pour la construction de l’Hôpital de Référence de Garoua, celui inauguré le 18 octobre 2022 par le Premier ministre.

Tirer les financements

Hôpital général de Garoua

Les portes de la Corée du Sud lui étant désormais largement ouvertes, Mohamadou Dabo met son énergie à tirer le maximum de financement de ce pays vers le Cameroun. Déjà en 1991 il crée la société Telecom Industry Corporation, et occupe le poste de président de Daewoo & Ssangyong Motors Cameroon, la voiture coréenne et à en charge d’introduire la marque dans plusieurs pays africains. Dans un marché dominé par la japonaise toyota, il réussit le challenge de faire connaître la marque  dans une dizaine de pays africains tels que le Burkina Faso, le Togo, le Bénin, le Niger, le Mali, la Guinée Conakry, la Guinée Équatoriale, le Gabon, le Tchad, le Congo ainsi que Sao Tomé. En 2002, il crée Moda Corporation Group, consortium qui regroupe plusieurs entreprises dont Mediline Médical. Mohamadou Dabo est surtout dans plusieurs structures dont le but est d’attirer les financements coréens au Cameroun. A son actif on cite le projet de « Limbe Port Development Corporation” (LPDC) dont la mission est d’étudier, construire, financer et exploiter le port en eau profonde de Limbe pour une coût de 116 550 000 000 de fcfa, la Convention relative à l’envoi des Volontaires Coréens au Cameroun dans les domaines de la Santé, des nouvelles technologies, de l’agriculture et des Mines. Il organise en 2009 le Forum d’investissements en République de Corée, au cours duquel les échanges bilatéraux donnent lieu à la signature des protocoles divers, parmi lesquels la  Convention de financement de dix (10) centres de visites techniques automobiles de référence au Cameroun entre SILICON Technology et GAF Korea. En 2012 il est encore aux avant-postes pour la négociation et la signature d’une convention de financement de 42 000 000 000 fcfa auprès d’EDCF Korea pour la construction de l’Hôpital de Référence de Garoua, celui inauguré le 18 octobre 2022 par le Premier ministre. La négociation toujours en 2012 et la signature d’une convention de financement de 3 330 000 000 fcfa pour la construction d’un Centre National d’Urgence à l’Hôpital Central de Yaoundé est également à son actif. En 2020, il était le Conseiller principal pour la signature d’un accord de partenariat public-privé entre le gouvernement camerounais et New Tech pour le financement, la conception, la mise en œuvre, l’exploitation et la maintenance de la couverture sanitaire universelle du Cameroun, pour un investissement de 64 milliards de francs cfa.

Covid et le piège

Mohamadou Dabo est mort le 18 décembre 2022 à l’âge de 63 ans, alors que son image de diplomate économique patriote était désormais entachée. Le  voile de la discrétion qui le couvrait était tombé et il a été révélé à l’opinion avec l’avènement du covid 19 et l’affaire du covid-gate. Le rapport d’audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême a en effet épinglé deux entreprises contrôlées par Mohamadou Dabo. Mediline Medical Cameroon (Mmc), filiale de Moda Corporation, a selon le rapport obtenu un « quasi-monopole » dans la fourniture des tests de dépistage du Covid-19, soit 89 % des parts de marchés équivalent à 24,5 milliards de f cfa, contre 10 % pour deux autres prestataires locaux ayant un meilleur avantage concurrentiel. De même, Moda Holding Hong Kong, toujours une filiale de Moda Corporation était chargée de transporter les tests de dépistage, et l’a fait à un coût prohibitif, portant le prix de revient d’un test à 17 500 fcfa, alors que le Cameroun pouvait l’obtenir à 2932 fcfa s’il s’adressait directement au fabricant. L’intervention des entreprises de Mohamadou Dabo ont fait perdre à l’Etat au moins 14 milliards de francs cfa. Le rapport n’a pas encore fini d’être exploité par la justice au moment où Mohamadou Dabo s’en va, et c’est après lui qu’elle établira si ce principal artisan du financement du 3eme hôpital général du Cameroun était du côté des coupables, ou de celui des victimes.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *