Figure : Martin Mbarga Nguelé : l’enquête de la Cni toujours en cours

Dans ses vieux jours, il tente encore de donner à la police camerounaise une image humaniste, mais goulots d’étranglement empêchent encore l’accès facile à la pièce d’identité

Du haut de ses 89 ans, il tient encore les reines de la police camerounaise, un corps dont la sensibilité de ses champs d’action le rattache directement à la présidence de la république. A cet âge il est sûrement le grand père de beaucoup d’entre ceux qui sont sous sa responsabilité, mais à la différence d’autres personnalités avoisinant son âge qui sont aux affaires au Cameroun, il fait encore preuve de la réactivité que beaucoup de jeunes fonctionnaires n’ont pas. En l’isolant de l’ensemble que constitue le système gouvernant, ses actions visibles tendent en général à donner une image un peu plus digeste à un corps qui avec le temps s’est forgé une réputation plutôt négative. Au moment où la police camerounaise est devenue la risée de tous, malmenée dans la rue lors des violents rixes avec les civils, tortionnaires dans les unités de police, Martin Mbarga Nguelé se bat comme un beau diable pour tenir bon et sortir ce corps du creux de la vague et le rendre moins haïssable. Et les actions menées laissent clairement voir qu’il se désolidarise complètement et sans langue de bois des attitudes condamnables des éléments de police, si l’on s’en tient au franc parler qui caractérise ses sorties, comme celle du 21 septembre 2021 : « une vidéo devenue virale dans les réseaux sociaux présente depuis ce matin les images des fonctionnaires de la police en train d’administrer à un mis en cause dans le cadre d’une enquête pour vol, un traitement inhumain et dégradant, à l’aide d’une machette, dans une unité de police. Le délégué général à la sûreté nationale porte à la connaissance de l’opinion nationale que ces faits sont exacts et se sont déroulés dans la nuit du 15 au 16 septembre 2021, au commissariat de sécurité publique du 18eme arrondissement de la ville de Yaoundé. Les fonctionnaires en question ont été identifiés et font l’objet des mesures appropriées pour répondre de leurs actes devant les instances judiciaires et disciplinaires.»

Le 15 septembre 2021 déjà, le président de la république signait des sanctions adressées à une dizaine de policiers, en donnant les moindres détails sur les motifs : « faute contre l’honneur, le devoir et la probité par non-paiement de loyer, retrait indu et rétention abusive des pièces et documents d’un usager et indélicatesse portant atteinte à la considération de la police par extorsion de fonds, faute contre l’honneur, le devoir et la probité par non-paiement de ses dettes, indélicatesse commise dans la vie privée et préjudiciable au renom de la police pour pratique d’une activité privée lucrative, indélicatesse ou compromission portant atteinte à la considération de la police par distraction et vente d’une moto d’origine douteuse. » Il est évident que c’est le Délégué général à la sûreté national qui a soumis ces dossiers avec autant de détails à la sanction du président de la république, preuve que dans sa démarche il n’a pas l’intention de jouer la mère poule auprès de ses poussins quand ces derniers s’adonnent à des activités déshonorantes.  

Le policier diplomate

Né le 1er juillet 1932, c’est au début des années 1950 que Martin Mbarga Nguelé entame sa carrière dans la police camerounaise. Ainsi, il servira tour à tour à Douala comme Inspecteur de police, commissaire central pour la ville de Yaoundé, directeur régional de la police judiciaire pour le Centre-Sud, puis chef de service provincial de la Sûreté nationale pour la même région. Entre 1983 et 1984, il est Délégué général à la Sureté nationale. Après le putsch manqué du 6 avril 1984, il prendra la route du Zaïre, actuel République démocratique du Congo, où commence pour lui une nouvelle carrière de diplomate. Ambassadeur du Cameroun au Brésil pendant 19 ans, il sera envoyé au Royaume d’Espagne d’où il a été rappelé pour trôner à la tête de la Dgsn, 26 ans  après l’avoir quittée. Le décret n° 2010/263 du 13 août 2010 qui le nommait à la tête de la police camerounaise avait été perçu comme le symbole de la crise de confiance entre le Renouveau et la jeunesse, mais était aussi une preuve que le vieux flic faisait partie du dernier carré des hommes fidèles en qui Paul Biya faisait encore confiance, pour être allé le chercher pour remplacer Emmanuel Edou.

Il reste cependant dans la chaussure de ce plus haut gradé et le plus âgé à la fonction la plus élevée, le caillou de la carte nationale d’identité dont la production dans un délai raisonnable reste une enquête non bouclée

Redorer le blason de la police

Cette nomination ne lui a pas valu que des félicitations, certains policiers rompus auraient bien voulu être à sa place, et l’homme ne l’ignore pas. Appelé dans un contexte où le Cameroun était de plus en plus critiqué pour non-respect des droits de l’homme avec la police en première ligne, il savait que c’est un baobab qu’il fallait secouer pour faire sortir ses éléments de leurs zones de confort. La police devait être nettoyée de fond en comble, de l’intérieur comme de l’extérieur. Les observateurs disent qu’il a commencé par soigner l’apparence extérieure des éléments, qui sont désormais mieux habillés, l’accent étant mis la propreté. Il fallait ensuite s’attaquer aux pratiques internes faites de coups bas, de trafic d’influence et des règlements de compte. Pour ce dernier point, il a en date du 2 juillet 2021 signé un message-porté  à l’attention de tous les responsables des services centraux et extérieurs, les invitant à surseoir automatiquement toute sanction relevant de leur compétence au profit d’un déclenchement de la procédure de traduction devant le conseil de discipline. Ces derniers devaient également « éviter, à compter de la date de signature de ce message, la transmission à la hiérarchie de toute procédure disciplinaire irrégulière sous peine d’engager leur responsabilité personnelle ».

Dans la gestion du Fonds de solidarité pour le Covid 19, 3 milliards de francs cfa était alloués à la police, mais il n’a pas fait plus d’effort que ça pour récupérer cet argent lorsque ses premières demandes de décaissement ont été rejetées au ministère des finances pour non-conformité des projets présentés. Ce qui a permis à son département d’échapper aux convocations du Tribunal criminel spécial. S’il ne dépendait que de Martin Mbarga Nguelé, la police camerounaise devrait à ce jour être l’une des plus civilisées et humanistes du continent, mais tout ne dépend pas toujours de lui. Il reste cependant dans la chaussure de ce plus haut gradé et le plus âgé à la fonction la plus élevée, le caillou de la carte nationale d’identité dont la production dans un délai raisonnable reste une enquête non bouclée

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code