Figure : Marcel Niat, la vielle époque de la Sonel

Il a participé à la création de la Société nationale d’électricité du Cameroun, qu’il a dirigé pendant 27 ans, avant qu’elle ne fasse l’objet de la privatisation, qui n’a pas pu pérenniser l’œuvre

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 A tort ou à raison, la région de l’Ouest Cameroun est aujourd’hui qualifiée de la seule au Cameroun qui connait le plus fort taux de pénétration en électricité. Cette prouesse, l’opinion, toujours à tort ou à raison, l’attribue à celui qui était au four et au moulin lors de la création de la société qui à son époque faisait encore la fierté du Cameroun, la Société nationale d’électricité en abrégé Sonel. Marcel Niat Njifenji est cet homme dont le nom suscite encore aujourd’hui un sentiment nostalgique au sein de toutes les entreprises parties prenantes dans le secteur de l’électricité. Dans le livre intitulé De la tour Elf à la prison centrale de New-Bell: Histoire d’une déchéance, Jean-Baptiste Nguini Effa le qualifie d’« une personnalité très charismatique, […] un homme posé et puissant, qui sait apprécier la compétence et l’efficacité et s’appuyer sur ses collaborateurs en accordant une large délégation de pouvoirs. »

Marcel Niat Njifenji est né le 26 octobre 1934 à Bangangté, chef-lieu du département du Ndé dans la Région de l’Ouest, d’un père infirmier fonctionnaire et d’une mère agricultrice, tous deux originaires de la même ville. C’est dans cette ville qu’il fait ses études primaires et secondaires jusqu’à 13 ans. Après le Cours secondaire devenu Collège classique et moderne mixte, il continue au Lycée général Leclerc de la capitale Yaoundé. En 1954, il est lauréat du concours général de France et de l’Union française en histoire géographie. Un an plus tard, ses études secondaires sont conclues dans cet établissement par l’obtention d’un baccalauréat en mathématiques élémentaires. Ce qui lui ouvre les portes de l’avion pour la France. A la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, il obtient une licence en sciences physiques et mathématiques, puis le diplôme d’ingénieur de l’Ecole supérieur d’électricité. Et déjà l’amour de la patrie prend le dessus sur l’envie de rester, il fait partie de la première vague d’étudiants camerounais allés étudier à l’étranger qui rentrent au pays. A raison, puisque le pays a besoin d’eux, les compétences locales sont nécessaires pour prendre la main progressivement et remplacer le colon qui doit s’en aller.

Carrière dans l’électricité

De retour au Cameroun, il est intégré dans la fonction publique le 31 décembre 1960, au grade d’ingénieur des ponts et chaussées et des services techniques de l’État. Le secteur de l’énergie électrique est à ce moment géré par la société Énergie Électrique du Cameroun (Enelcam). Le président Ahmadou Ahidjo qui autant que faire se peut utilisait les intelligences selon les compétences, le détache le 6 décembre 1962 pour cette société, où il est fait responsable du Bureau d’Études. Le pays doit se développer, et a besoin d’énergie pour cela. Le jeune fonctionnaire de 28 ans sait que le pays a un potentiel énergétique énorme et s’emploie à le capitaliser. De son premier poste dans la société, il est d ‘un apport considérable dans les travaux de construction du barrage hydroélectrique d’Edéa III. Trois ans plus tard, Niat Njifenji monte en grade et est nommé Chef du service Études et Travaux Neufs à la Société d’Électricité du Cameroun (Edc). À ce poste de 1965 à 1972, seront étudiés et réalisés sous sa conduite les premiers ouvrages de transport, de répartition et de distribution de l’énergie électrique et l’amorce de l’électrification rurale avec des techniques et des matériaux adaptés au contexte local.

Sonel

Dans l’électricité, Niat Njifenji était comme un poisson dans l’eau. Les compétences étaient encore valorisées et le mérite avait sa place. Le 1er janvier 1973, il est nommé directeur général adjoint de l’EDC après avoir assumé quelque temps les fonctions d’attaché au directeur général chargé des études et de la programmation. Au cours de la même année, l’Etat du Cameroun engage des pourparlers devant aboutir à la fusion des sociétés Enelcam et Edc pour constituer une nouvelle société. Ces négociations aboutissent en 1974, et en date du 18 mai, est créée la Société Nationale d’Electricité du Cameroun (Sonel de regretté mémoire »), qui a en outre, pour mission de prendre en charge les distributions publiques dans l’ex-Cameroun Occidental, où Powercam est également dissoute au profit de la nouvelle société. La réunion de l’assemblée générale constitutive de la Sonel adopte les statuts de la société selon lesquels elle est une société anonyme et d’économie mixte, à caractère industriel et commercial ayant pour objet la production, le transport, la distribution et l’utilisation de l’énergie électrique au Cameroun. La première réunion du Conseil d’Administration a lieu et nomme Ntang Gilbert comme président du Conseil d’Administration, Niat Njifenji Marcel au poste de directeur général, Ndioro Justin et Dakayi Kamga Thomas comme directeurs Généraux Adjoints.

Défi

Désormais, le fils de Bangangté, 40 ans sonnés, est le patron de l’électricité au Cameroun. Sa mission est d’autant plus lourde qu’à l’époque ; le président de la république est engagé dans une politique qui vise à positionner le Cameroun au niveau le plus haut en Afrique et tutoyer les grandes économies. Son ambition dans le secteur n’est pas seulement de donner de l’énergie aux industries pour se développer et électrifier le pays jusque dans les fins fonds des villages, Ahidjo veut aussi alimenter la sous-région Afrique central et pourquoi pas l’Afrique du Nord. Niat Njifenji a la responsabilité de mettre cette vision en œuvre, et en est conscient. Il établit une programmation de l’électrification du Cameroun sur la base d’études du potentiel hydroélectrique, et des exigences de développement de la consommation et des objectifs du gouvernement. A son actif l’on met d’importantes réalisations comme les barrages de Bamedjing et de Bakaou, le renforcement de la centrale électrique d’Edéa, la construction des centrales hydroélectrique de Song Loulou et Lagdo, la construction des réseaux de transport THT interconnectés Sud (Ris) et interconnecté nord (Rin) et l’électrification de plus de 2000 villes et villages du pays.

Irremplaçable ?

Niat Njifenji a passé exactement 27 ans à la tête de la Sonel, avec une brève interruption en 1984. Après le coup d’Etat du 4 avril en effet, il fut arrêté le 17 avril, soupçonné d’avoir en tant que patron de l’électricité, plus ou moins aidé les putschistes. Incarcéré à la prison de Kondengui, il sera libéré 8 mois plus tard sans aucune charge retenue contre lui. Il retrouve par la suite son fauteuil de Dg de la Sonel. On peut même dire que le pays ne lui a jamais trouvé un remplaçant à ce poste. Même les portefeuilles ministériels et le titre de vice premier ministre que le président Paul Biya lui a concédé à un moment n’ont pas permis de le remplacer. Le 7 septembre 1990, Marcel Niat Njifenji fait sa première entrée au Gouvernement comme Ministre du Plan et de l’Aménagement du Territoire. Il cumule avec les fonctions de Directeur Général de la Sonel. Le 9 avril 1992, il est nommé Vice-premier Ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie, et garde toujours ses fonctions de Directeur Général de la Sonel. C’est finalement à la faveur de la privatisation de la société en juillet 2001 qu’il quitte le poste, remplacé à ce qui était désormais Aes Sonel par l’américain Mark. E. Miller, délégué par le groupe Aes ayant racheté la Sonel. C’est à partir de ce moment qu’est entrée dans le vocabulaire des camerounais le mot délestage.

Niat Njifenji dans le domaine est resté irremplaçable, inscrivant son nom au panthéon des hommes dont le dévouement au travail devrait servir de modèle. Un nom qui en tout cas reste mythique, même comme cette auréole est aujourd’hui diluée dans la politique où on se demande ce qu’il y est allé faire. A 86 ans il est encore président du Senat, même avec une santé chancelante, et la majorité est d’avis qu’il aurait bien pu se passer de la politique.

Roland TSAPI

One Reply to “Figure : Marcel Niat, la vielle époque de la Sonel”

  1. Irremplaçable veut dire qu’en dehors de lui,le Cameroun n’avait pas d’ingénieur capable de manager la sonel? Où bien le cumul est justifié par d’autre pratique obscur ?

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