Figure : Lazare Kaptué, la bataille pour la recherche et la formation des médecins

Promoteur de l’université des Montagnes, il s’est aussi illustré par de nombreux travaux de recherches notamment sur le VIH sida, travaux qui restent à capitaliser

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Le 12 avril 2021, s’est éteint à Yaoundé l’une des icônes camerounaises de la science et de la recherche, le Professeur Lazare Kaptué Noche. L’homme de 82 ans était peu connu du grand public, mais était une référence dans les milieux scientifiques, de la recherche et de la formation en ce qui concerne la médecine au Cameroun. Son nom est étroitement associé à l’université des Montagnes, plus connue pour la formation des médecins et pharmaciens au Cameroun, qui s’est positionnée comme une alternative locale pour des milliers de jeunes Camerounais attirés par la médecine, mais qui ne pouvaient en son temps accéder à l’unique Centre universitaire des sciences et de la santé de Yaoundé,  et étaient obligés d’aller chercher au Bénin ou en République démocratique du Congo pour les modestes, ou dans les universités Russes et européennes pour les plus nantis.

Féru de l’immunologie

Le Professeur Lazare Kaptué Noche était agrégé d’hématologie, immunologie et maladie du sang depuis novembre 1973. Ce  diplôme obtenu en Franche couronnait ainsi un long parcours d’apprenant entamé en 1946 à la mission catholique de Mbanga, 7 ans après sa naissance dans la même ville. Après l’obtention de son Cepe en 1952, il poursuit ses études secondaires au collège François Xavier Vogt de Yaoundé jusqu’en 1959. Il s’inscrit ensuite dès les premiers jours de l’année 1960 à la Faculté mixte de pharmacie et de médecine de Toulouse en France. De 1963 à 1972, pendant 9 ans, il arpentait les couloirs de tout ce qui est laboratoires et lieux de recherche ; soutenant au passage sa thèse de de doctorat en médecine à Paris en 1967, obtenant une attestation d’étude approfondie d’immuno-hématologie en 1971, avant son diplôme d’agrégation en 1973. Sa riche carrière professionnelle a aussi commencé alors qu’il était encore étudiant, il débute comme moniteur de parasitologie à la Faculté de médecine de Paris en 1963, alors qu’il était encore en 4eme année universitaire. Autrement dit, Lazare Kaptué Noche s’était mis à enseigner les blancs chez eux alors qu’il n’était pas déjà assez avancé, preuve que les jeunes africains étudiants en France à l’époque imposaient du respect auprès de leurs camarades, en même temps qu’ils gagnaient très vite l’estime des enseignants par leur assiduité. Pendant tout son séjour européen, il continuera à enseigner, notamment comme assistant de recherche au Blood transfusion center et au Post graduate medical school Hammersmith à Londres en Grande Bretagne. De retour au Cameroun, il intègre naturellement le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé où il enseignait jusqu’à sa retraite l’hématologie et l’immunologie.

La lutte contre la Sida

Il entame aussi une carrière administrative au sein du gouvernement le 10 septembre 1984, comme directeur de la Santé au Ministère de la Santé Publique. IL s’occupe pendant 4 ans, jusqu’en août 1989, de la gestion et la formation de tout le personnel médical (Médecins, Pharmaciens, Dentistes, personnel médico-sanitaire), en même temps qu’il devait organiser tous les services de santé : hôpitaux, Centres de santé, tout en assurant l’approvisionnement en matériels et en médicaments. Il est par la suite promu au poste d’Inspecteur Général du même ministère, poste qu’il occupe  jusqu’au 31 août 1993. Pendant son séjour au gouvernement, il est l’un des rares à avoir géré le sida et son argent, sans avoir été infecté par le virus de l’enrichissement. En janvier 1985 en effet, il a la responsabilité de fonder et de gérer le Comité national de lutte contre le SIDA au Cameroun, dont il restera président jusqu’en septembre 1993. Pendant 8 ans donc, il a organisé et animé la lutte contre le SIDA, avec ses sous programmes comme le Family Health International (FHI) qui s’intéressait particulièrement aux prostituées, écoles et autres collectivités. Il fonde même en 1992 l’Ong (SidAlerte Cameroun) travaillant avec les jeunes écoliers, étudiants, enfants des rues, les associations de femmes et d’hommes, les personnes vivant avec le VIH/SIDA, les veuves et orphelins du SIDA, les associations des jeunes. Quand il quitte ce ministère en 1993, il retrouve ses premiers amours, l’enseignement et la recherche, et est officiellement mis à la retraite le 31 décembre 2004 par son ministère d’attache, l’Enseignement supérieur.

Formation

Mais depuis 1994, un an après avoir quitté ses fonctions au ministère de la Santé, il s’était, outre ses fonctions académiques, consacré à fondation de l’Association pour l’Education et le Développement (AED), promotrice de l’Université des Montagnes (UdM). L’ambition était de prêter main forte à l’Etat dans la formation des médecins au Cameroun, dont la carence se faisait criarde d’années en années, alors que l’Etat ne pouvait admettre plus de 80 étudiants en médecine chaque année. La tâche fut rude pour le professeur Lazare Kaptué, qui présidait au destinée de cette université depuis 2008. Il était obligé, faute d’avoir obtenu du ministère de l’Enseignement supérieur  les autorisations nécessaires de délivrance des diplômes de médecine, de faire parachever la formation de ses étudiants à l’Université de Kinshasa en République démocratique du Congo, d’où ils revenaient avec le diplôme de médecine. La bataille a duré, l’homme ne s’est pas découragé, jusqu’à ce que reconnaissance s’en suive. Aujourd’hui les étudiants de cette université finissent leurs études sur place et participent aux examens de sortie certifiés par le ministère de tutelle. Dans le domaine de la recherche, il a contribué dans son laboratoire à la découverte du Groupe O du VIH1, avec la souche MVP 5 180 qui a été brevetée. Il avait également obtenu un brevet pour le séquençage complet de l’Adn d’un virus de l’immunodéficience simienne isolé  chez un singe drill. Sur la plan politique, il était maire Rdpc de la de la Commune de Demdeng  dans le département du Koung-Khi, région de l’Ouest depuis le 09 juillet 2002. L’hommage rendu par le  Professeur Tetanye Ekoe à l’annonce de son décès est évocateur de la dimension de l’homme : « La communauté  médicale et universitaire du Cameroun vient de voir tomber un des grands arbres de sa forêt. Un des plus grands bubinga de l’histoire de la médecine de notre pays et de l’Afrique centrale, vient d’être scié et abattu. Que nous restera-t-il de cette volumineuse et précieuse bibliothèque enfouie dans les montagnes…. Le Cameroun vient de perdre un de ses meilleurs fils » il restera à la postera de savoir capitaliser son héritage scientifique, pour que ses œuvres ne sombrent pas dans l’abîme de l’oubli

Roland TSAPI

2 Replies to “Figure : Lazare Kaptué, la bataille pour la recherche et la formation des médecins”

  1. C’est une perte énorme pour ce pays.
    Prof merci infiniment pour ce grand travail abattu. A nous les larmes a toi le repos éternel au près du créateur. Va et reposé en paix tu combattu le meilleur combat . Patriarche

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