Figure Issa Hayatou ou l’honneur de la Caf

Il a battu le record de longévité à la tête de cette instance sportive continentale, en y laissant des empruntes qui resteront gravées sur le chemin de cette discipline, malgré une sortie qualifié de manquée    

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Il a battu le record de longévité à la tête de cette instance sportive continentale, en y laissant des empruntes qui resteront gravées sur le chemin de cette discipline, malgré une sortie qualifié de manquée    

 « Mon premier sentiment est celui d’une sincère et profonde gratitude. (…) Aujourd’hui, c’est un homme serein et fier chez lui, qui se trouve devant vous… sauvegardons l’attachement à l’unité et à l’universalité du foot qui charrie, plus que toute autre discipline sportive une popularité évidente. Mais aussi hélas, un populisme ambiant dans lequel cohabitent insidieusement la fiction et le réel ; l’exaspération aux dépens de la lucidité». Ces mots sont prononcés le 15 janvier 2021 à Yaoundé, à la veille du coup d’envoi du championnat africain de football, par un homme comblé, qui se voyait attribué le titre de président d’honneur de la Confédération africaine de football, une première dans l’histoire.

Issa Hayatou a en effet roulé sa bosse dans le football auquel il a consacré presque toute sa vie. Né le 9 août 1946 à Garoua, il appartient à la grande famille Hayatou, de Garoua, dont les illustres aînés sont Amadou Hayatou, ancien secrétaire général de l’Assemblée nationale ou Garga Alim Hayatou, secrétaire d’État à la Santé et Lamido de Garoua. Entre 1964 et 1967, il pratique le 400 et 800 mètres. Sélectionné dans l’équipe d’athlétisme, il rejoint ensuite l’équipe du Cameroun de basket-ball. Il dispute ainsi les premiers jeux d’Afrique à Brazzaville, avec les meilleurs basketteurs de son pays. En parallèle, il devient professeur d’éducation physique et sportive. À partir de 1974, Hayatou commence à prendre des responsabilités dans le milieu sportif en devenant secrétaire général de la Fédération camerounaise de football à l’âge de 28 ans et le demeure jusqu’en 1983. Entre 1982 et 1986, il est directeur des sports au ministère de la jeunesse et des sports du Cameroun puis devient président de la Fédération camerounaise de football en 1986.

La Caf

À la suite du décès de l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema, il devient, en août 1987, le cinquième président de la Confédération africaine de football. Trois ans plus tard, il obtient une nouvelle fonction en devenant membre du comité exécutif de la Fédération internationale de football association. Sous son mandat de président de la CAF et depuis vingt ans, le football africain connaît une véritable avancée. Hayatou réussit ainsi à obtenir cinq places au lieu de deux pour les pays de sa confédération au tournoi final de la Coupe du monde de football. Plusieurs des pays africains présents à cette compétition ont particulièrement brillé alors qu’ils étaient totalement absents auparavant comme le Cameroun en 1990 ou le Sénégal en 2002 qui se distinguent ainsi. De même Pour la première fois, le continent africain accueille l’épreuve reine du sport mondial à l’occasion de la Coupe du monde de football de 2010 en Afrique du Sud probablement grâce à l’influence de son président. De la même manière, la Coupe d’Afrique des nations de football prend de l’ampleur en passant de huit à douze équipes en 1992 puis à seize équipes quatre ans plus tard lors de l’édition sud-africaine. Le nombre d’équipes participant aux qualifications de ces Coupes d’Afrique des nations ne cesse d’ailleurs d’augmenter. Ils sont ainsi quarante-quatre sélections à tenter de se qualifier pour l’édition 2012. La Confédération africaine, sous la présidence d’Hayatou contribue également au développement de ses compétitions de clubs comme la Coupe d’Afrique des clubs champions (1964-1996) puis la Ligue des champions de la CAF depuis 1997, la Coupe de la CAF, de 1992 à 2003, puis la Coupe de la confédération et la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe. Sous sa présidence, les moyens accordés à diverses pratiques mineures comme le futsal, le football féminin ou le beach-soccer sont augmentés par la CAF. Dans sa carrière, Issa Hayatou n’a pas manqué de viser haut à un moment. En 2002, il est candidat à la présidence de la FIFA, mais est largement battu par le sortant Sepp Blatter. Mais il occupera tout de même ce poste, quoi qu’à titre intérimaire pendant un an de 2015 à 2016, à la suite de la suspension de Sepp Blatter. Le 26 février 2016, il dirige le congrès extraordinaire de l’organisation qui aboutit à l’élection de Gianni Infantino.

Départ

En mars 2017, il se porte candidat pour un huitième mandat à la présidence de la confédération africaine de football, mais il perd les élections contre le malgache Ahmad Ahmad avec 14 voix de différence. De retour au pays,  il est nommé par décret présidentiel à la tête du conseil d’administration de l’académie nationale du football. Réuni jeudi 10 décembre 2019 au Caire, en Egypte, le comité exécutif de la Confédération Africaine de football a décidé de proposer à l’Assemblée nationale de la CAF d’accorder le statut de président d’honneur de l’instance à Issa Hayatou. Cette proposition sera soumise au vote de l’Assemblée générale vendredi 11 décembre et adopté. A l’actif de Issa Hayatou en effet, le monde du football retient en résumé : l’obtention de 5 places pour les sélections africaines en Coupe du monde, l’organisation en Afrique du Sud, en 2010, d’une phase finale de la Coupe du monde de football, le passage de 1 à 4 sièges africains au sein du comité exécutif de la Fifa, le passage de 8 à 16 équipes en phase finale de la CAN, le création d’une CAN féminine, d’une CAN des moins de 17 ans et d’une CAN des moins de 20 ans, l’Adoption de la réforme de la Coupe d’Afrique des clubs champions (devenue la Ligue des champions) et revalorisation des droits de retransmission télévisés.

Seul regret dans la vie de cet homme, c’est qu’il n’aura pas su partir. Après 29 ans de règne à la tête de la Caf, l’on aurait souhaité qu’il ne se représente plus pour un nouveau mandat, mais il confirma sa candidature en 2017 et fut battu par le malgache Ahmad Ahmad, connaissant finalement une sortie peu glorieuse. Mais cela n’entacha en rien le travail abattu et le combat mené pour la reconnaissance du football africain dans les instances mondiales. Le titre de président d’honneur de la Caf n’arrive que pour le concrétise

Roland TSAPI

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