Figure : Gustav Nachtigal et les bases du territoire Kamerunais

l a été celui à qui le chancelier Bismarck de l’Allemagne avait confié la mission de sécuriser le territoire camerounais en 1884 pour le compte de l’empire allemand, tâche qu’il a accompli notamment en avalisant et officialisant le traité germano-Kamerunais, qui consacrait la perte de la souveraineté des chefs locaux

Un village de la région du Centre, département du Mbam et Kim, arrondissement de Ntui, porte un nom qui n’a rien à voir avec la langue locale, mais qui évoque plutôt l’une des périodes douloureuses du Cameroun, celle de la colonisation allemande. En hommage à l’explorateur allemand Gustav Nachtigal, ce village avait pris ce nom et le gardera ensuite, après le départ des Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Les recherches à l’état actuel ne permettent pas de décrire les circonstances dans lesquelles ce village a été baptisé ainsi, mais il reste constant qu’à cette période, les administrateurs allemands qui avaient entrepris d’explorer l’intérieur du territoire Kamerunais après la signature du  traité germano-duala, tenaient désormais à marquer leur passage partout, en laissant des traces physiques ou immatérielles.

Gustave Nachtigal est né le 23 février 1834 à Eichstedt, une commune allemande de Stendal. Après des études de médecine dans les universités Martin-Luther de  Halle-Wittenberg, Wurtzbourg et Greifswald, il devient à 2O ans, en 1854, membre d’une fraternité étudiante, le Corps de Palaiomarchia et reçoit plus tard le ruban du Corps Nassovia Würzburg en 1878  ainsi que le ruban du Corps Pomerania Greifswald en 1877. Il s’engage ensuite comme chirurgien dans l’armée. Trouvant le climat allemand préjudiciable à sa santé, il part pour Alger et Tunis,  participant en tant que chirurgien à de nombreuses expéditions d’exploration. Chargé par le roi de Prusse de remettre des cadeaux au sultan du Bornou (territoire de l’actuel Tchad et Lybie) pour le récompenser de sa bienveillance envers les Allemands, il entreprend un voyage qui durera cinq ans. Parti de Tripoli en 1869, il traverse la région saharienne du Tibesti et atteint le Bornou en 1871, d’où il repart pour se diriger vers l’Est. Pour atteindre Khartoum au Soudan en 1874. 10 ans après, en 1884, il est nommé par le chancelier Otto Von Bismarck en Afrique centrale et occidentale comme envoyé spécial pour négocier les annexions territoriales. Grâce à ses interventions, le Togoland (actuel Togo) et le Kamerun (actuel Cameroun) deviendront des colonies allemandes.

La signature de ce traité instituait le protectorat allemand sur ce qui était alors appelé Kamerunstadt. Ce traité est devenu avec le temps un objet d’étude du droit international dans les relations entre les Etats, et beaucoup de chercheurs camerounais en ont fait le sujet principal de leurs thèses.

Traité

Consul itinérant, représentant le Kaiser et le chancelier Bismarck dans tout le golfe de Guinée, de Calabar au Cap Lopez, c’est sous les auspices de Gustav Nachtigal que fut signé le traité germano-Duala. Ce document, connu dans les annales de l’histoire du Cameroun comme  « le Traité de 1884 » a été signé le 12 juillet 1884 entre deux firmes commerciales allemandes et les rois Ndumbé Lobè Bell et Akwa Dika Mpondo de la côte camerounaise. on y lit : « Nous soussignés, rois et chefs du territoire nommé Cameroun, situé le long du fleuve Cameroun, entre les fleuves Bimbia au nord et Kwakwa au sud, et jusqu’au 4° 10’, degré de longitude nord, avons aujourd’hui au cours d’une assemblée tenue en la factorerie allemande sur le rivage du roi Akwa, volontairement décidé que : Nous abandonnons totalement aujourd’hui nos droits concernant la souveraineté, la législation et l’administration de notre territoire à MM. Edouard Schmidt, agissant pour le compte de la firme C. Woermann, et Johannes Voss, agissant pour le compte de la firme Jantzen et Thormählen, tous deux à Hambourg, et commerçant depuis des années dans ces fleuves. Nous avons transféré nos droits de souveraineté, de législation et d’administration de notre territoire aux firmes sus-mentionnés avec les réserves suivantes : 1. Le territoire ne peut être cédé à une tierce personne. 2. Tous les traités d’amitié et de commerce qui ont été conclus avec d’autres Gouvernements étrangers doivent rester pleinement valables. 3. Les terrains cultivés par nous, et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages, doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants. 4. Les péages [impôt versé par les commerçants aux monarques locaux pour l’exploitation des terres] doivent être payés annuellement, comme par le passé, aux rois et aux chefs. 5. Pendant les premiers temps de l’établissement d’une administration ici, nos coutumes locales et nos usages doivent être respectés. » La signature de ce traité instituait le protectorat allemand sur ce qui était alors appelé Kamerunstadt. Ce traité est devenu avec le temps un objet d’étude du droit international dans les relations entre les Etats, et beaucoup de chercheurs camerounais en ont fait le sujet principal de leurs thèses. Avec ce traité aussi, Gustav Nachtigal avait ainsi pris de vitesse le consul britannique Hewett, surnommé Mister Too Late par les Duala, lui aussi venu pour négocier l’implantation britannique, mais arrivé trop tard. Le Dr Max Büchner viendra par la suite  remplacer l’ambassadeur extraordinaire Nachtigal, avant l’installation officielle du premier gouverneur allemand sur le Kamerun, un certain Von Soden.

A peine un an au Kamerunstadt, Gustav Nachtigal avait réussi à sécuriser le territoire pour le compte de l’Allemagne, non sans violence et victimes bien sûr, mais les écrits restent floues ou muettes sur les méthodes initiées et qui furent perpétuées pour soumettre les populations locales à l’indigénat. Tombé malade, on décide de le ramener chez lui en Allemagne, mais il meurt le 20 avril 1885, à l’âge de 51 ans au large du cap Palmas au Liberia. Pour ne pas jeter son corps en mer comme ce fut le cas pour des milliers de Noirs esclaves, il est ramené à Douala où il est enterré. Le Cameroun garde encore des souvenirs de lui, comme le monument Nachtigal dressé dans la ville de Douala au quartier Bonanjo, ou le village Nachtigal, dans la région du Centre, éponyme du fleuve Nachtigal sur lequel se développe depuis 2016 un projet de barrage hydroélectrique. Un privilège de mémoire donné une fois de plus aux colonisateurs, là où les héros nationaux sont maintenus dans l’ombre.

Roland TSAPI

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