Figure : Foe, le Lion mort au combat

19 ans qu’il est mort sur un stade, défendant les couleurs du Cameroun. Pendant qu’à l’étranger des rues et des stades sont baptisés à son nom, le complexe sportif qu’il avait entamé au pays est dans les ruines.

Mourir au champ de bataille tout en arborant les couleurs de la nation, ne peut  être qu’un signe de l’amour pour son pays. Il est à ce jour le seul qui a laissé sa vie sur un stade en défendant les couleurs du Cameroun sous le maillot des Lions indomptables. Marc-Vivien Foé, milieu athlétique, dossard numéro 17 en club comme en sélection nationale, avec une stature de colosse derrière laquelle se cachait un homme généreux, attachant mais aussi discret et curieux de tout.  Foé était reconnu pour sa gentillesse et sa simplicité, et sa disparition subite fait aussi partie des éléments de compassion qu’il a su forger, et qui restent après lui.

Fils de Martin Foe et de Micheline Engene, Marc-Vivien Foé est né le 1 mai 1975 dans le quartier Nkolo ll de Yaoundé, où il fait ses études primaires et secondaires. A Garoua où il continue les études secondaires, il commence sa carrière de footballeur sous les couleurs de l’Union Garoua, avant d’être remarqué et recruté par le Canon de Yaoundé, équipe qui lui ouvre les portes de l’international. Retenu dans les Lions cadets et Juniors, il participe à la Coupe du monde 1994, après laquelle commence véritablement sa carrière internationale. Il signe son premier contrat au Racing Club de Lens en France le 13 août de la même année. Au cours de la saison 1997-1998, ses performances en club attirent des convoitises du côté de l’Angleterre, notamment par Manchester United. Mais un mauvais vent souffle chez lui cette année-là.  Très attendu pour la Coupe du monde de 1998 en France, il se fracture le péroné gauche durant un entraînement pendant un stage de préparation avec sa sélection, ce qui l’empêche de participer à cette Coupe du monde et lui fait perdre également le contact avec Manchester United. En cours de saison 1998-1999, il rejoint West Ham toujours en Angleterre, où il avait toujours rêvé d’évoluer selon ses déclarations à la BBC. Avec le club londonien, Foé retrouve son meilleur niveau et  gagne notamment la Coupe intertoto en 1999. Retour en France sous les couleurs de l’Olympique lyonnais, avec lequel il remporte la Coupe de la Ligue en 2001 puis le Championnat de France en 2002. Il repart en Angleterre, cette fois en prêt, d’un an à Manchester City qui n’avait pas pu l’avoir 4 ans plus tôt. En sélection nationale, double vainqueur de deux  Can successives 2000 et 2002,  Foé formait  avec son ami Rigobert Song le renouveau camerounais. L’aventure aurait dû continuer s’il n’y avait pas eu ce fameux jour du 26 juin 2003

C’est Roger Milla qui apprendra la triste nouvelle aux joueurs encore sous l’émotion de leur qualification pour la finale. Ces derniers décident de ne jouer la finale, mais sous l’impulsion de la femme de Marc-Vivien, ils acceptèrent de la jouer pour lui, car c’est ce qu’il aurait voulu selon elle. Au sein de la famille du football mondial, la nouvelle est intenable.

Tombé au front

Ce jour-là en effet, Marc-Vivien Foé s’écroule à la 72e minute de la demi-finale Cameroun-Colombie de la Coupe des confédérations 2003 sur le terrain du stade de Gerland de Lyon, où il était presque à domicile. Victime d’un malaise, inanimé, les yeux révulsés, les premiers à son chevet sont les colombiens Yepes et Patiño Les Camerounais qui regardaient le match à la télévision nationale se rappellent cette expression de douleur du commentateur sportif Jean Lambert Nang « A ya yai, quelle image ». Evacué vers l’antenne médicale du stade, le médecin de la FIFA annonce l’effroyable nouvelle après 45 minutes de tentatives pour le réanimer. C’est Roger Milla qui apprendra la triste nouvelle aux joueurs encore sous l’émotion de leur qualification pour la finale. Ces derniers décident de ne jouer la finale, mais sous l’impulsion de la femme de Marc-Vivien, ils acceptèrent de la jouer pour lui, car c’est ce qu’il aurait voulu selon elle. Au sein de la famille du football mondial, la nouvelle est intenable.  Lors de la seconde demi-finale opposant la Turquie à la France, Grégory Coupet entrera sur le terrain en larmes, encore sous le choc de la nouvelle, tout comme Thierry Henry qui lèvera son doigt au ciel après son but en mémoire du Lion mort. Lors de la finale perdue contre la France, ses coéquipiers s’échauffent avec le numéro 17, qui était celui du joueur, et à la fin du match, ils font un tour d’honneur avec une photo géante de Foé.

Une vue du complexe sportif Foe, à l’abandon

Hommage

A l’international, le vaillant Lion a été célébré à la hauteur de sa bravoure et de son talent. Manchester City a retiré le numéro 23qu’il avait porté, l’Olympique lyonnais ainsi que le Racing Club de Lens ont retiré quant à eux le numéro 17 de leurs effectifs respectifs. Le 16 juin 2008, l’Olympique Lyonnais a réintégré ce numéro en le faisant porter par Jean II Makoun, juste parce qu’il est camerounais lui aussi. D’autres hommages incluent le baptême d’une partie du stade City of Manchester Stadium à son nom. La ville de Lyon a inauguré un Stade Marc-Vivien Foé dans le 3e arrondissement qui est utilisé par l’AS Monchat. Au stade Félix-Bollaert, une avenue porte son nom, et un mur peint le représente lui et l’Afrique, le lion et l’arbre, et il  y est inscrit « Un lion ne meurt jamais, il dort. » Sous l’impulsion du président de l’OL Jean-Michel Aulas, une réunion des plus grandes instances du football mondial avait été organisée avant la fin de la Coupe des confédérations 2009 afin de renommer l’épreuve la Coupe Marc-Vivien Foé. Un hommage lui est rendu le 28 juin 2009, lors de la finale de la Coupe des confédérations opposant le Brésil aux États-Unis. À Johannesburg, lieu de la rencontre, le fils aîné de Marc-Vivien Foé lit un texte en hommage à son père, quelques secondes avant le coup d’envoi.

Pendant ce temps, qu’est devenue sa mémoire dans son propre pays. Il avait 28 ans quand il mourut, et avait entamé le projet d’un complexe sportif à Nkomo. Des années plus tard, les reportages des médias le décrivaient comme étant en ruine. Un complexe qui aurait dut être réhabilité et servir de site d’entraînement des lions ou d’autres équipes africaines au cours de cette 33ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations organisée sur ses terres, le Cameroun aurait également pu lui dédier cette compétition qu’il accueille après le passage de tant de générations de lions indomptables, que cela ne serait que juste retour… d’ascenseur

Roland TSAPI

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