Figure : Estelle Yomba, le rêve des Tic en Afrique

Elle incarne cette jeunesse qui, ayant toutes les chances de rester ailleurs, a préféré revenir en Afrique en laquelle elle croit, et entend y apporter sa contribution à l’éclosion d’un continent fier de lui

 « Les statistiques récentes révèlent que le continent africain aura la population la plus jeune au cours des années à venir. C’est un atout formidable qu’il est judicieux  d’exploiter sans aucune retenue. C’est la jeunesse africaine qui a la noble responsabilité de s’approprier sa souveraineté numérique. La première colonisation a été physique et nous peinons toujours à nous en remettre des décennies plus tard. La colonisation numérique, si elle venait à se faire, nous mettra KO et de même, des siècles et des siècles ne nous suffiront pas pour nous relever. » Ces propos ne sont pas d’un homme politique africain panafricaniste, encore moins d’un écrivain engagé pour la cause de l’Afrique, mais d’une jeune camerounaise de 31 ans à peine, qui occupe la place de choix de  Senior technical program manager chez Google, le géant américain de services et solutions technologiques. Hissée presque au soleil, elle s’est retournée comme son ainé Ernest Simo vers l’Afrique et son pays, et se donne désormais le défi de permettre à l’Afrique de rattraper le gap dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, et surtout d’être un continent qui se réinvente et propose aussi des solutions innovantes.

Parcours

Estelle Yomba, née Masso Kamgang Claude Estelle a un parcours atypique. Elle perd sa mère à l’âge de 10 ans et son père deux ans plus tard. Suffisant pour une fille de Nkongsamba pour être déroutée. Son statut ne l’ébranle pas, mais fait sortir en elle la forte envie de donner le meilleur d’elle-même. Après l’école primaire de Nkongsamba, elle continue ses études secondaires au lycée de Manengouba de la même ville, et migre plus tard au lycée de la cité des palmiers à Douala. Titulaire  d’un baccalauréat série C, elle n’a encore aucune idée de ce qu’elle va faire : « En  toute franchise bien avant l’obtention de mon baccalauréat je faisais littéralement dans le suivisme. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un mentor. Et donc cela va vous paraître banal et pourtant c’est l’élément déclencheur, c’est en scrutant  des flyers qu’on distribue très souvent aux nouveaux bacheliers pour leur proposer les filières disponibles et leurs débouchés que je découvre ce domaine qu’est la technologie. » La jeune bachelière va alors s’inscrire en cycle  informatique  à l’Institut d’excellence Paul K. Fokam de Yaoundé  en 2007. Ici, ses prouesses lui attirent la sympathie de certains bienfaiteurs qui vont lui permettre de continuer ses études au Ghana. Elle y obtient un Bachelor of science, et s’envole alors pour les Etats Unis où elle entame sa carrière comme ingénieur en logiciel. En 2012, elle est recrutée par Skylite Communications, une entreprise de la Silicon Valley en qualité d’ingénieur logiciel. Elle est par la suite employée chez eBay comme ingénieur logiciel, c’est de là que Google lui tend la main. Elle y entre comme ingénieur dans Google Chrome, gravit les échelons  en occupant divers postes d’ingénieure et de responsable technique, et est par la suite transférée à vers Google Cloud.

Le corps aux Etats Unis, l’esprit au Cameroun, l’envie d’apporter ma très modeste pierre à la transformation de la jeunesse lorsque j’ai encore toute ma vigueur, ma force, me commandent. Convaincue de l’immense talent exceptionnel et sous exploité que regorge cette jeunesse, j’entreprends de m’investir dans le domaine de la formation des jeunes dans les IT pour leur donner le moyen d’être en phase avec l’évolution du numérique à l’échelle mondiale

Vision africaine

Malgré cette ascension, Masso Kamgang Claude Estelle, désormais Estelle Youmba à la suite de son union avec Franky Yomba, n’oublie pas d’où elle vient : « Me retrouver aux Etats Unis sur la Silicon Valley n’est pas un sentiment d’accomplissement pour moi, tant je vois en cette tribune le moyen de me former, d’apprendre, de démystifier ce qui différencie les autres de nous, recueillir là-bas les meilleures semences pour venir les mettre en terre chez nous afin d’obtenir les  mêmes fruits sinon de meilleurs fruits. » Les difficultés que rencontrent le Cameroun et l’Afrique, loin de la repousser comme d’autres qui s’exilent, exercent plutôt de l’attraction sur la jeune ingénieure. Que de fuir, elle est plutôt convaincue qu’elle peut apporter une solution. « Le corps aux Etats Unis, l’esprit au Cameroun, l’envie d’apporter ma très modeste pierre à la transformation de la jeunesse lorsque j’ai encore toute ma vigueur, ma force, me commandent. Convaincue de l’immense talent exceptionnel et sous exploité que regorge cette jeunesse, j’entreprends de m’investir dans le domaine de la formation des jeunes dans les IT pour leur donner le moyen d’être en phase avec l’évolution du numérique à l’échelle mondiale. Grâce au soutien de Sunshine Africa Education, je mets sur pieds en 2018 la Seven Advanced academy qui offre des formations, Seven Global Procurement (Seven GPS) centre d’incubation de la Seven Avanced Academy qui compte deux entités à savoir la Seven Digital Marketing ( Seven DMA) et la Seven Architectural Design (Seven AD). La grande réalisation de ce projet est la création prochaine de Seven International University. Toutes mes réalisations comme vous constaterez tournent autour de l’éducation, la formation,  pour la simple raison que le plus capital c’est de travailler sur la connaissance et les projets pour  être des références dans le monde. »

Elle compte donner à cette université un label correspondant aux standards internationaux, tout en mettant à la disposition de la jeunesse camerounaise  et africaine, un système éducatif qui les éloigne des clichés de l’inadéquation formation- emploi. « Il est urgent pour nous de mettre un point final à cette faille qui existe entre ce qu’on a au cours de son séjour dans les amphis  et les attentes du monde professionnel. Nous souhaitons que cette vision soit commune à tous les acteurs de l’éducation du Cameroun et ceux de notre magnifique berceau de l’humanité qu’est l’Afrique. Ensemble on est toujours plus fort c’est loin d’être un secret», dit-elle. Parallèlement à son combat pour la révolution numérique de l’Afrique, Estelle Youmba se bat également pour réclamer la place des femmes dans le leadership. A ces dernières elle lance cette exhortation : « Les dames,  si  Estelle Yomba  que je suis s’y trouve, vous aussi vous pouvez la rejoindre et faire mieux. Les filles et femmes doivent se découvrir, s’inspirer des modèles de femmes actives dans les IT, se comprendre, se faire confiance, se jeter à l’eau et le reste s’accomplira. » Adepte de la fierté de ses origines, elle  reste très africaine. Cheveux coupés en mode afro, elle veut incarner l’Afrique même dans ses habitudes vestimentaires, dont le choix des tons est toujours porteur d’un message, celui de la valorisation de l’Afrique. Le challenge est énorme, mais son leitmotiv se résume en 4 mots : Oser et y croire.

Roland TSAPI

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