Figure. : Dika Akwa Nya Bonambela et le nyambeisme

Précurseur d’une science africaine qui renoue l’humain avec lui-même, son immense œuvre scientifique et culturelle tend à se noyer dans l’éphémère vie politique qu’il a menée, dans la continuité de ses idées de défense de l’intégrité de l’homme noir, qui a aussi droit à un état respectueux des valeurs humaines

Parmi les sciences léguées à l’Afrique, il y a le nyambeisme. C’est une science développée par le prince Dika Akwa Nya Bonambela, d’après laquelle l’existence de chacun dépend forcément de l’existence d’une autre personne avant, et que l’existence de cette autre personne dépend aussi d’une autre avant lui, ce qui conduit à un ancêtre commun. Cette centralité des ancêtres et des parents explique pourquoi les liens et l’aide aux plus âgés est important. Dika Akwa Nya Bonambela a peut-être plus marqué les consciences dans les années 90 à l’occasion de la lutte pour la démocratie, mais au-delà de l’éphémère politique, il y a l’éternelle science,  le nyambeisme qu’il a léguée à l’humanité.

Né le 27 janvier 1933 à Douala, le Prince Dika Akwa Nya Bonambela est le 109 e descendant d´une vielle dynastie africaine, issu d´une famille qui a payé un lourd tribut pour la défense de la cause nationaliste au Cameroun. Il est le petit fils du roi Dika Akwa XI, signataire avec l’Allemagne impériale du traité de protectorat du 12 juillet 1884 mort en déportation en 1916, neveu du Prince Ludwig Mpondo Akwa, le défenseur de la cause camerounaise au Reichstag de 1902 à 1911 et fusillé par les Allemands en 1914. Son père, le roi Betote Akwa a connu à son tour la déportation politique avant de devenir doyen d´âge de l’Assemblée Nationale camerounaise, Président du Conseil National des Chefs traditionnels et ministre d´Etat au Cameroun.

En janvier 1961, Dika Akwa qui entre temps a adopté le sobriquet « Diabobe » comme nom de de combat, est arrêté pour «atteinte à la sûreté intérieure de l´Etat». Condamné à perpétuité, il est baladé durant son séjour carcéral dans vingt-six brigades et douze prisons, dont celle de Mokolo au Nord, où il végétait depuis plusieurs mois enfermé dans une cellule hermétiquement close et totalement obscure.

Politique

13 ans après sa naissance, Dika Akwa Nya Bonambela entame en 1948, des études secondaires en France. Mais il est​ comme​ hanté par l’histoire combattante de sa dynastie. 3 ans à peine après avoir mis les pieds en France, il est déjà actif dès 1951 dans le mouvement estudiantin et en 1954 il crée le journal Kaso. En 1956, il est secrétaire du Comité politique du Courant d´Union Nationale qui rassemble les forces vives du Cameroun, et se retrouve ambassadeur itinérant du mouvement nationaliste de son pays en Asie et au Maghreb. Il est dans la délégation des nationalistes qui réclament l’indépendance et la réunification du Cameroun à la tribune des Nations Unies à New York en 1957, et préside en 1958, alors qu’il n’a que 25 ans, le Comité économique de la conférence de solidarité des peuples afro-asiatiques au Caire. Au mois d’avril  de la même année, il est l’hôte du Neo-Destour en Tunisie et celui du FLN en Algérie. Le Président Gamal Abdel NASSER lui ayant accordé l’asile politique, il doit mener de front l’afro-asiatisme et le panafricanisme. Il fonde alors la force de libération africaine avec Abdel KRIM, le vainqueur du Rif, et ensuite, établi à Accra, sous les auspices de Nkwame N´Krumah, il devient l’un des onze secrétaires du Comité directeur de la «All African Peoples Conférence». Au Cameroun, le Prince Dika Akwa fonde le Coreca (Comité pour la réunification du Cameroun) et  prend la tête de la Force de libération nationale du Cameroun (Fnlcam). Après l’amnistie de 1959, il devient lun des leaders de la réconciliation nationale, puis secrétaire du Comité politique des forces vives de l´opposition. Elu en 1960 secrétaire à l’Organisation et à la propagande de l´UPC légale, il accède au Premier secrétariat en novembre. Mais en janvier 1961, Dika Akwa qui entre temps a adopté le sobriquet « Diabobe » comme nom de de combat, est arrêté pour «atteinte à la sûreté intérieure de l´Etat». Condamné à perpétuité, il est baladé durant son séjour carcéral dans vingt-six brigades et douze prisons, dont celle de Mokolo au Nord, où il végétait depuis plusieurs mois enfermé dans une cellule hermétiquement close et totalement obscure, quand il y est rejoint en 1963 par d’autre prisonniers comme Samuel Zeze, Etam Ebénezer, Owono Mimboe, ou Isaac Tchoumba. Libéré en 1965, il repart en France et se consacre à la vie universitaire et scientifique.

Repli

Apres un  diplôme en Economie et Sciences Sociales de l´Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris et un doctorat en ethnologie, Dika Akwa Nya Bonambela entame sa carrière professionnelle en France où il est entre autres, chercheur  au CNRS de Paris, en plus de dispenser des cours dans diverses universités, instituts et grandes écoles. De retour au pays, il est nommé coordonnateur de recherches ethno-sociologiques à l’Office National de la Recherche Scientifique et Technique (ONAREST) et depuis 1983, chef du département d´Histoire et d´Archéologie à l’Institut des Sciences Humaines. Il est également professeur depuis 1979 à l´Université des Mutants au Sénégal et directeur de la revue « Le Mutant d´Afrique ». Son œuvre scientifique s’étale sur une trentaine d´années et seize ouvrages, avec une contribution déterminante à la science en renouvelant l’ethnologie religieuse, en mettant sur pied une nouvelle discipline, l’universologie, une méthode nouvelle, le Mulongi /ou méthode architecturale, la Logique Filiatique, mais aussi des efforts de reconstitution originale d´une histoire des peuples noirs vue de l´intérieur.

Avec le nyambéisme, Dika Akwa ou colonel Diabobe demeure l’un des rares Sawa et camerounais qui a honoré la mémoire de ses ancêtres et rendu sa fierté aux Akwa-Bonaku de la grande Famille Bonambela, en bâtissant le célèbre Mukanda, plus connu sous le nom de ‘château Dika Akwa’, une œuvre aux mille symboles qui font remonter l’histoire du duala jusqu’à l’Egypte

Retour en politique

Quand Dika Akwa rentre en France après la prison, il adhère à l’Unc, sans abandonner ses convictions politiques nationalistes. Dès le retour au multipartisme en 1991, il renoue avec l’Upc re-légalisé, dont il préside aux destinées avec Fréderick Augustin Kodock comme secrétaire général. Selon Clément Mbouendeu, « il a été victime de son altruisme au retour du multipartisme, dépensant son argent pour réhabiliter l’Upc que les ennemis du changement et taupes ont qualifié d’Upc du château financé par le pouvoir, ce qui était faux.» Il est​,​ en effet​,​ président du Directoire de l’opposition qui mène un combat pour la conférence nationale souveraine, mais il subit des coups tant de l’intérieur du parti que de l’ensemble de l’opposition, et n’est pas épargné par le pouvoir. Dans le parti, le secrétaire général réclamait la suprématie, au sein de l’opposition il est suspendu de la Coordination après une réunion de l’instance à Bamenda dont le lieu lui avait été caché, et au cours de laquelle il avait été accusé d’avoir pris une enveloppe du pouvoir. Lequel pouvoir a fait encercler son palais pendant un mois, le soupçonnant de cacher des armes, a bloqué son salaire et l’a expulsé de sa maison de fonction à Yaoundé après une marche de l’opposition. Il meurt le 21 juillet 1995. Si ses objectifs politiques n’ont pas été atteints, il lui subsiste au moins la science. D’après le journaliste Edouard Kingue, avec le nyambéisme, Dika Akwa ou colonel Diabobe demeure l’un des rares Sawa et camerounais qui a honoré la mémoire de ses ancêtres et rendu sa fierté aux Akwa-Bonaku de la grande Famille Bonambela, en bâtissant le célèbre Mukanda, plus connu sous le nom de ‘château Dika Akwa’, une œuvre aux mille symboles qui font remonter l’histoire du duala jusqu’à l’Egypte

Roland TSAPI

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