Figure : Chemuta Divine Banda et les droits de l’homme, comme un agneau au milieu des loups

A la tête d’un organisme gouvernemental sensé promouvoir les droits de l’homme, les premières entraves à ses missions venaient des membres du même gouvernement. Il n’a pour autant pas manqué de donner l’alerte, en signant des rapports relevant les faits, rien que les faits  

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Le Cameroun a maille à partir avec les droits de l’homme depuis la survenance des crises sécuritaires dans les régions septentrionales et anglophones, et davantage ces derniers temps, avec des images qui circulent dans les réseaux sociaux. C’est que dans la société entière, que ce soit du côté des institutions étatiques ou de celui des civils, l’homme ne se contente plus seulement de traiter son semblable soit comme un objet soit comme un animal qu’il décapite, mais il se donne le plaisir d’en faire un spectacle, filmer et montrer aux yeux du monde. L’horreur est à son comble. Cela nous rappelle à la mémoire un haut fonctionnaire de l’Etat décédé le 18 mai 2020, qui comme un incompris, avait saisi l’occasion qui lui avait été donnée de présider aux destinées de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés pour sonner l’alerte sans cesse, faisant savoir que les signaux était aux rouge et que si rien n’était fait, le pays plongerait dans la barbarie. On n’en est pas loin aujourd’hui.  

Il s’agit de Chemuta Divine Banda, né le 26 décembre 1946 à Bafut dans la région du Nord-Ouest. Son cursus scolaire le signale à l’Université de Yaoundé et à Nova university au Etats Unis d’Amérique, des études supérieures sanctionnées par un doctorat en administration publique obtenu entre 1987 et 1992. Mais avant d’achever son diplôme, il était déjà au service de l’Etat comme chef du Bureau pour l’Amérique latine de 1977 à 1978 au ministère des Relations extérieures et Chef du Service des affaires américaines et océaniennes dans le même département ministériel de 1979 à 1980. L’ex président Ahidjo le sollicite ensuite auprès de lui comme Conseiller sur l’organisation administrative à la Présidence de la République du Cameroun, poste qu’il continuera d’occuper jusqu’en 1986, année à laquelle il est nommé premier conseiller à l’Ambassade du Cameroun à Washington DC pendant 4 ans. En 1990 il est fait chargé d’affaires du Cameroun à La Haye, Pays-Bas. Trois années plus tard, en 1993 il devient chef du Service des ressources humaines de l’OIAC toujours à La Haye. Il retrouve le pays natal en 1999 comme ministre plénipotentiaire au ministère des Relations Extérieures, Cabinet du ministre d’Etat jusqu’en 2003, date à laquelle il est nommé à la tête de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, en remplacement de Solomon Nforgwei décédé.

Le cœur à l’ouvrage

Dès la prise de ses fonctions, ce natif de Bafut prend son travail au sérieux, conscient de par son expérience internationale que le Cameroun n’a pas bonne presse à l’extérieur pour ce qui est du respect des droits de l’homme. Ses faits d’armes sont assez parlant, il aura été l’un des fonctionnaires qui ne s’embarrassait pas des révérences inutiles envers la hiérarchie, et qui n’a jamais manqué de dire au gouvernement dans toutes ses composantes, pas ce qu’il pense, mais ce qui est. Dans le rapport d’activités 2018 de la Commission, au sujet des attitudes des autorités quand il s’agit de s’assurer du respect de droits de l’homme, il écrit : «  la CNDHL a également dénoncé le refus par certaines autorités de l’accès à certains lieux de privation de liberté, toute chose qui conforte ainsi l’idée répandue selon laquelle, ces lieux constitueraient des foyers de torture par excellence. Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer la réponse négative opposée par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé, à l’invitation de visiter, les cellules du Secrétariat d’Etat à la Défense (SED), le 14 septembre 2017. Il s’agissait à cette occasion des investigations entreprises suite à des allégations de détention abusive de 12 personnes suspectées d’actes de terrorisme dans le cadre de la crise dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et qui auraient passé plus de 6 mois dans les cellules du SED, sans le moindre contact avec leur famille ou leur Conseil. En 2018, cette situation semble ne pas avoir beaucoup évolué, en dépit de l’audience accordée à l’équipe de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés par le Ministre Délégué à la Présidence, chargé de la Défense, monsieur  Beti Assomo, le 16 octobre 2017. Il répondait ainsi à la correspondance à lui adressée le 5 octobre 2017 par le Président de la CNDHL, au sujet du refus du Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé d’accompagner la délégation de la CNDHL au SED. » Dans le contexte camerounais caractérisé par le culte du chef, il fallait être Chemuta Divine Banda pour apposer sa signature au bas d’un document qui pointe aussi directement du doigt l’armée camerounaise.

Le souci du commun au-delà du culte de la personne

Mais l’homme se battait pour le respect du droit de l’homme, pas pour le respect d’un homme. Et les barbaries qui ont cours en ce mois d’août 2020 dans les zones anglophones, il avait également attiré l’attention du gouvernement là-dessus dans la conclusion de ce rapport « L’état des droits de l’homme est globalement préoccupant au cours de l’année sous revue, en raison des conséquences sur les droits de l’homme de la persistance des crises sociopolitiques et sécuritaires dans les Régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest avec les exactions des groupes armés qui tuent, prennent en otage, imposent la fermeture des établissements scolaires, des marchés, des hôpitaux, détruisent les propriétés tant publiques que privées. »

Chemuta Divine Banda, par sa rigueur au travail aura démontré que ce n’est pas parce qu’on est nommé dans un organe étatique par le président de la république que l’on doit chanter ses louanges et fermer les yeux sur les manquements du gouvernement, et cela n’a pas fait de lui un pestiféré ou un mal aimé pour autant, comme beaucoup tente de le faire croire. Malgré son franc parlé, il a été désigné pour faire partie de l’équipe affectée à l’enquête sur le massacre de Ngarbuh du 14 février 2020. Le 14 avril 2020, lors d’une sortie médiatique à Yaoundé, il a clairement interpelé le gouvernement sur la situation des prisonniers au Cameroun et les conditions de détention, en indiquant qu’il y avait 30 000 personnes dans les prisons sur l’ensemble du territoire et demandait au pouvoir de les décongestionner, à la faveur des mesures prises contre la pandémie du corona virus. Même si ses cris n’étaient pas entendus, il est parti à 74 ans, convaincu qu’il a essayé à sa manière de donner un contenu  à cette sagesse qui dit « fais ce doit, advienne que pourra »

Roland TSAPI

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