Figure : Arouna Njoya, le faiseur du premier roi

Il a fabriqué dans l’ombre le premier président du Cameroun, est resté le plus discret possible tout en tirant toutes les ficelles du pouvoir, et point d’assurer un « titre foncier » au gouvernement pour la famille royale Bamoun

Les Camerounais connaissent feu Ahmadou Ahidjo comme le Premier ministre du Cameroun oriental qui a conduit le pays à l’indépendance en 1960, et qui est devenu par la suite le premier président du Cameroun. Mais ce qui n’est pas souvent dit, c’est qu’il avait été introduit et initié en politique par un fils du Noun, d’ailleurs pressenti à un moment pour occuper les fonctions suprêmes, mais qui a préféré jouer les mentors pour laisser prospérer celui dirigera le pays pendant 22 ans. Ce fils du Noun s’appelait Arouna Njoya.

Diverses publications sur lui, puisent l’essentiel des éléments des archives de l’Assemblée nationale française, et renseignent que Arouna Njoya est né vers 1908 à Foumban, fils de Nji Monkuop l’oncle du Roi Njoya. Il connaît au Cameroun une carrière de fonctionnaire, assumant d’importantes fonctions locales. Ecrivain, interprète et secrétaire du chef de la circonscription de Dschang de 1925 à 1929, il est nommé en 1929, chef supérieur de la région Bamoun. Il occupe cette fonction pendant 18 ans, jusqu’en 1947, jouant pendant le même temps le rôle de représentant des chefs traditionnels Bamoun auprès du gouvernement français. De 1938 à 1944, il appartient au Conseil consultatif du Cameroun, et à l’Office régional du travail de Foumban. De 1936 à 1945, il est assesseur titulaire du tribunal du second degré de Foumban, secrétaire de la ligue sportive Bamoun de 1936 à 1944 et président de la Jeunesse camerounaise française (section de Foumban) de 1938 à 1944. Il se consacrait également à une activité de planteur, et fonda la coopérative des planteurs Bamoun de caféiers d’Arabie. A la fin de la deuxième guerre mondiale, il est décoré de la médaille de la Résistance. Devenue une personnalité incontournable de la localité, il est élu délégué pour la région Bamoun à la première Assemblée représentative du Cameroun, et en devient membre de la commission permanente.

Son objectif est « à travail égal, salaire égal.» Il dépose également une proposition de résolution, visant l’application stricte et immédiate de la Constitution de 1946 à l’Outre-mer, afin que « tous les actes et gestes traduisant une discrimination raciale soient définitivement interdits dans les territoires d’outre-mer »

Sénateur français
Le 10 février 1947, il est élu au Conseil de la République française, encore appelé Senat à l’époque, et y restera jusqu’en 1958 quand le Cameroun oriental acquiert une relative autonomie. Il siège principalement à la commission de la France d’outre-mer de 1949 à 1958 et à la commission de la famille, de la population et de la santé publique de 1950 à 1957. Il a aussi appartenu, de manière plus passagère, aux commissions de la production industrielle, du travail et de la sécurité sociale, du ravitaillement, des moyens de communication et des transports, et des pensions, pour devenir en 1955 titulaire du prestigieux poste de secrétaire du Conseil de la République française, et ce jusqu’en 1957. Au cours de ses mandats à la Haute Assemblée, Arouna Njoya consacre toutes ses interventions au Cameroun et aux territoires d’outre-mer, se préoccupant de l’ensemble des problèmes politiques, sociaux et économiques qui concernent ces territoires. Il s’attache à la situation de la production agricole de son pays, pour laquelle il demande à plusieurs reprises l’augmentation des crédits prévus. Souhaitant que le Cameroun possède des moyens de communication et un équipement en rapport avec la richesse de son sol, il recommande la création de coopératives agricoles et une meilleure organisation du marché des produits agricoles pour favoriser leur exportation. De tous les écrits, il transparait que Arouna Njoya était fortement préoccupé par la prospérité de son pays, et essaya d’utiliser sa position au Senat français au mieux pour protéger les intérêts du Cameroun oriental. Attaché aux traditions africaines et à sa civilisation, il dépose dès 1946 une proposition de résolution visant à encourager l’art indigène au Cameroun, pour « sauver et remettre en honneur les traditions artistiques de ce territoire ». De même, il lutte pour l’égalité en termes de travail et de salaire, en déposant en 1948 une proposition de résolution demandant l’entrée en vigueur du décret du 17 octobre 1947 instituant un code du travail dans les territoires d’outre-mer. Son objectif est « à travail égal, salaire égal.» Il dépose également une proposition de résolution, visant l’application stricte et immédiate de la Constitution de 1946 à l’Outre-mer, afin que « tous les actes et gestes traduisant une discrimination raciale soient définitivement interdits dans les territoires d’outre-mer »

…à la veille du passage du témoin, le choix de la France sera porté sur lui. Mais déjà ministre des Finances dans le tout premier gouvernement du Cameroun, il va proposer au cours des consultations un plus jeune que lui, Ahmadou Ahidjo qu’il avait copté et initié  à la politique une dizaine d’année plus tôt…

Faiseur de roi camerounais

Politicien modéré,  Arouna Njoya s’implique fortement pour parvenir à une coopération plus douce et pacifique entre la France et son pays jusqu’à l’indépendance. Réclamant un « fédéralisme régional », il demande que la loi tendant à prendre des mesures propres à assurer l’évolution des territoires d’outre-mer, serve à préparer son pays à l’indépendance, et réclame en conséquence une amorce de pouvoir législatif. Ses positions lui valurent même le qualificatif de traitre, tant il voulait que l’accession à l’indépendance se fasse sous une forme de parrainage «alors que l’Upc et le Parti des démocrates du Cameroun exigeaient une indépendance « immédiate et totale. » Il est d’ailleurs soupçonné d’avoir œuvré à la chute du Premier ministre André Marie Mbida, et à la veille du passage du témoin, le choix de la France sera porté sur lui. Mais déjà ministre des Finances dans le tout premier gouvernement du Cameroun, il va proposer au cours des consultations un plus jeune que lui, Ahmadou Ahidjo qu’il avait copté et initié  à la politique une dizaine d’année plus tôt, et qui deviendra par la suite le Premier Président de la République fédérale du Cameroun et plus tard de la république unie du Cameroun. Arouna Njoya aura été le mentor d’Ahidjo qui ne prenait aucune décision engageant la nation sans le consulter. C’est lui qui eut l’idée d’organiser les Journées Historiques de Foumban qui allaient aboutir à la  Conférence de Foumban d’où naquit la Réunification du Cameroun. Les observateurs politiques disent que par ces actes de mentorat du premier président du Cameroun, il a obtenu au gouvernement un titre foncier pour le département du Noun en général et Foumban en particulier, c’est pour cela qu’aucun gouvernement ne peut être formé sans un fils de la royauté Foumban, c’est pour cela que le Sultan Mbombo Njoya par exemple est resté ministre à vie, et même après avoir quitté le gouvernement de son plein gré pour occuper le trône, il a été encore été ramené dans les institutions, par une nomination au sénateur. Ça au moins, le département le doit à Arouna Njoya, décédé le 9 octobre 1971, à l’âge de 63 ans.

Roland TSAPI

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