Figure : André Nziko, le pionnier du super marché camerounais

L’absence d’éducation scolaire n’a pas été un handicap pour cet autodidacte qui a laissé derrière lui une chaine de supermarchés prospères

Dans les années 60 et jusqu’à l’aube de l’an 2000, le marché camerounais de la distribution en grand surface a connu une rude concurrence entre les nationaux et les expatriés, et dans cette bataille, il y a des fils du pays qui ont réussi à s’imposer et faire reculer les Grecs et les libanais. Les Camerounais d’une certaine génération se rappellent encore des magasins Nziko dont le supermarché occupait trois niveaux dans un immeuble qui surplombait l’une des pans de collines de la ville de Yaoundé. Qui était l’homme caché derrière ces grands magasins ?

Sa pièce officielle d’identité indique qu’il est né en 1923 à Bawang-Bamendjou, un village de l’Ouest Cameroun, avec pour nom Nziko André. Il fait partie de la deuxième génération des selfs made men qui se sont frayé leur chemin seuls, et ont réussi à s’imposer dans le milieu économique, au point où leurs œuvres font désormais l’objet des recherches pour l’obtention des diplômes universitaires, alors qu’ils n’ont jamais été à l’école. Il arrive à Mbalmayo en 1936, accueilli par des ainés qui l’y avaient précédé. Il se met assidument au travail, restant focalisé sur ses objectifs, grandir dans la profession de commerçant. Il sait que ce n’est pas du jour au lendemain que cela va arriver, mais est également conscient que la patience et l’endurance le mèneront à bon port. 27 ans plus tard, en 1963, il crée la Société camerounaise de commerce, la Scc avec siège à Mbalmayo, qui devient 6 ans plus tard, en 1969, les Etablissements André Nziko. La boutique avait ainsi grandi et prit avec cette transformation un statut légal avec l’inscription au registre de commerce et sa soumission à la déclaration fiscale et étatique. En 1986, les Etablissements André Nziko s’étaient déjà imposés sur le marché de la distribution en grande surface, avec des innovations permanentes. Des établissements André Nziko, la structure passe à Etablissement Nziko Sarl, déplace son siège à Yaoundé où est ouverte une boutique, et d’autres agences voient le jour à Zoétélé, Batouri et Bertoua. D’après le rapport de stage académique effectué dans cette structure du 1er juin au 31 juillet 2018 rédigé par Tano Tayedon Nely Marielle, les  Etablissements André Nziko Sarl, spécialisés dans le commerce général, la vente en gros et en détail des produits alimentaires, d’entretiens, papeteries, drogueries, lingeries et boissons, possédait à cette date 7 agences au total, avec l’ouverture de celles de Maroua, Ngaoundéré, Bafoussam et d’un entrepôt à Douala

Héritage

Comme pour beaucoup d’hommes d’affaires de sa génération et de celle qui l’a précédé, le secret de la réussite de Nziko reste un mythe. Beaucoup de ceux qui ont vécu cette époque, sont unanimes pour dire que les supermarchés Nziko étaient des endroits agréables à fréquenter, surtout que c’était une fierté camerounaise, aux côtés des autres supermarchés tenus par les expatriés. Nziko comme nom de marque, n’aurait à ce jour probablement rien à envier à ces marques qui gagnent progressivement l’espace commercial camerounais, si le temps et l’âge n’avaient pas eu raison de l’homme. Il a fait ses derniers comptes terrestres le 19 mai 1996 à Toulouse en France, il avait 73 ans. Son héritage humain et matériel n’a pas dérogé à ce qui a été depuis longtemps érigé comme règle dans les grandes familles, à savoir les disputes. L’homme avait laissé derrière lui une trentaine d’enfants et sans testament. Lors de ses obsèques à Bahouam, son village natal, le choix porté par le chef du village après une palabre sur un des garçons, Philippe Tala Nziko, avait provoqué des échauffourées. Il avait fallu l’intervention de quelques compagnons de vente du défunt pour apporter l’accalmie. Ce qui n’augurait rien de bon pour la suite. Son nom est cité dans la série de ce que le journal Ecomatin appelle « la malédiction des grandes fortunes », dont la faiblesse est peut-être de ne pas toujours savoir transmettre. Mais peut-on condamner quelqu’un d’être mort en laissant une fortune, ceux à plaindre ne sont-ils pas ceux qui n’arrivent pas à capitaliser ce qui leur est laissé.

A 13 ans le jeune André Nziko était déjà face à son destin, loin de son village natal, il n’avait plus l’affection des parents et le soutien que les jeunes continuent de nos jours d’avoir à 25 ans, mais il a su se forger ce destin, et à 73 ans il a tiré sa révérence, laissant derrière lui une œuvre… que chacun peut apprécier

Résistance  

Si les boutiques Nziko ont progressivement perdu de leurs prestiges et de leur attraction, le Cameroun peut encore se féliciter de ce qu’elles n’ont pas encore complètement fermé, et peuvent en conséquence toujours renaître. En attendant, l’un des héritiers a compris qu’au moins le nom de marque devait être perpétué, et a créé depuis 11 ans la Fondation André Nziko (Fanz)avec plusieurs volets  dont la promotion du sport dans sa globalité, mais davantage celle du handball. Le fondateur, Paulin Nyoumsi voulait créer une équipe de handball pour offrir aux cadres et aux travailleurs des établissements Nziko un moyen d’épanouissement. La version féminine de cette équipe est affiliée depuis 2010 à la Fédération camerounaise de handball et ambitionne de remporter elle aussi des titres. Une autre façon de perpétuer la mémoire de celui dont l’héritage laissé à la postérité est plus immatérielle. Comme ses aînés dans les affaires, Victor Fotso et Kadji Defosso et autres, il aura prouvé qu’avec patience et abnégation, la jeunesse peut atteindre ses objectifs. Et ce qui est possible dans le domaine des affaires, l’est aussi dans d’autres domaines, où il faut se donner du temps pour réussir, du temps pendant lequel les échecs sont aussi au rendez-vous, mais comme le disent les coaches en développement personnel, « celui qui a réussi n’est pas celui qui n’est jamais tombé, c’est celui qui a toujours su se relever chaque fois qu’il est tombé ». A 13 ans le jeune André Nziko était déjà face à son destin, loin de son village natal, il n’avait plus l’affection des parents et le soutien que les jeunes continuent de nos jours d’avoir à 25 ans, mais il a su se forger ce destin, et à 73 ans il a tiré sa révérence, laissant derrière lui une œuvre… que chacun peut apprécier

Roland TSAPI

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