Figure : André Fouda, les premières pierres de la ville de Yaoundé

Il a été le premier maire noir de la ville de Yaoundé, au moment où le Cameroun était encore sous administration française, et les premières lignes de l’urbanisation de la capitale politique portent sa signature, en plus du fait que tout un quartier a été baptisé en son nom, le quartier Fouda.

André Fouda

André Fouda Omgba Nsi, dit André Fouda est né en 1906. L’école n’était pas alors vulgaire à cette époque, et envoyer les enfants acquérir une instruction n’était pas assez évident même si les parents l’avaient voulu. C’est en 1921, à 15 ans qu’il obtient son premier diplôme scolaire, le certificat d’études primaires. Il poursuit alors sa scolarité à l’école primaire supérieure, et obtient la charge de Commis des Postes dans l’administration coloniale en 1924. Il sert à Kribi, Akoloninga puis à Douala en 1937. Il fait ainsi partie des jeunes Camerounais qui se frottent à l’administration française et ont le temps d’apprécier le traitement qui est infligé aux locaux qualifiés d’indigènes, un traitement méprisant en somme. Il ne reste pas indifférent à cette situation et n’hésite pas à s’engager dans la défense des droits élémentaires des locaux. A 32 ans en 1938, il fonde avec Paul Soppo Priso, à l’initiative du gouverneur Richard Brunot la Jeunesse camerounaise française (Jeucafra), pour permettre aux Camerounais de faire entendre leurs voix, dans un contexte où les indigènes sont opprimés sans égard. La Jeucafra devient  la première organisation d’envergure « nationale » qu’ait connue le Territoire. Elle est n’est pas une organisation subversive, et ses positions se résument d’abord au soutien à la France face à la menace nazie. Mais même assujettie à la France et dominée par les chefs traditionnels, la Jeucafra donne à toute une génération de jeunes Camerounais l’occasion de s’initier à la prise de parole et de rencontrer des représentants politiques de toutes les régions du pays. Tant et si bien qu’en 1944, lorsque la France se libère enfin de la tutelle nazie, la Jeucafra, tout en soulignant « son indéfectible attachement à la France », formule de nouvelles revendications : liberté d’expression, abolition du travail forcé, suppression de l’indigénat, représentation au Parlement français, salaire minimum, etc. C’est ainsi qu’André Fouda se forge une personnalité politique. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il rallie la France libre comme opérateur des PTT, son engagement lui vaudra d’être décoré de la médaille de la Résistance française, et il reçoit en 1956 des mains du Général de Gaulle le grade d’Officier de la légion d’honneur.

Il fait ainsi partie des jeunes Camerounais qui se frottent à l’administration française et ont le temps d’apprécier le traitement qui est infligé aux locaux qualifiés d’indigènes, un traitement méprisant en somme. Il ne reste pas indifférent à cette situation et n’hésite pas à s’engager dans la défense des droits élémentaires des locaux.

Maire

Doté d’une notoriété certaine et d’une reconnaissance officielle de l’administration française, André Fouda est désormais sur une pente ascendante.  Lors des élections municipales au Cameroun sous mandat de novembre 1956, il devient le premier maire élu de la ville de Yaoundé, capitale du Cameroun français. Il est à ce titre le premier maire autochtone, remplaçant à cette fonction le Français Edgar Claverie. Deux ans plus tard, Ahmadou Ahidjo qui vient de remplacer André Marie Mbida  comme Premier ministre du Cameroun oriental, et qui cherche des appuis politiques dans le Sud nomme André Fouda ministre des Affaires économiques dans son premier gouvernement le 20 février 1958. Mais il n’abandonne pas  sa fonction de maire, et 7 ans après l’indépendance du Cameroun oriental, il est nommé délégué du gouvernement de la Communauté urbaine de Yaoundé, fonction qu’il a occupé jusqu’à son décès en 1980, soit 23 ans à la tête de la municipalité de la capitale, qu’il cèdera à Emah Basile. Dans la foulée, il a présidé aux destinées de l’Association des maires du Cameroun, et était devenu de par sa posture, l’interlocuteur privilégié du peuple beti.

André Fouda avait laissé une grande famille, qui semble hélas ne pas être soucieuse de la mémoire de leur géniteur, elle qui est devant les tribunaux pour les conflits de succession. Le super maire de la ville de Yaoundé en effet, a laissé derrière lui un important patrimoine au sujet duquel sa progéniture à de la peine à s’entendre.

Ville capitale

Une vue aérienne de Yaoundé

D’après Kamdem Souop dans un article titré André Fouda le bâtisseur d’Ongola la belle, publié dans le journal Villes et communes en 2014, il est le père de l’adressage de la ville de Yaoundé, qui lui doit les noms des rues, des avenues et de certaines places de la cité capitale. De même, le plan d’urbanisme de Yaoundé, élaboré au milieu des années 1970 porte sa signature. Il traça et aménagea plusieurs quartiers dont Essos, Emombo ou Mvog-Mbi. On lui doit aussi d’avoir imposé une couleur unifiée pour les maisons en bordure de route et interdit les barrières de plus de deux mètres. Le 14 octobre 1978, le chef de l’Etat, Ahmadou Ahidjo inaugurait l’hôtel de ville de Yaoundé dont André Fouda avait posé la première pierre le 29 mai 1976. Selon Kamdem Souop toujours, c’est par ailleurs à travers la démolition d’habitations qu’il sera rendu célèbre. Le notable Germain Ebogo du village Messa (aujourd’hui remplacé par les quartiers Messa, Mokolo, Elig-Effa et Madagascar) n’oublie pas que les engins du maire défunt n’ont laissé aucun souvenir des nombreux arbres fruitiers qu’on y trouvait, notamment les pruniers, explication du nom de la localité. Même ressentiments chez  les Mvog Ekoussou, autochtones de Ntoungou (du nom de la rivière qui traverse cette zone), aujourd’hui connue sous le nom de Tsinga. Ils ne lui pardonnent pas d’avoir relogé de force les Tsinga chassés dès 1936 du site de l’usine Bastos sur les terres de ses oncles maternels. Des ressentiments du reste normaux, quand on sait que la gestion d’une ville avec des ambitions de la faire grandir, ne peut faire l’unanimité. Il est  mort le 27 février 1980, laissant derrière lui une ville en pleine essor, mais qui n’échappe pas au phénomène des villes grandissantes dont l’urbanisation ne suit pas. En sa mémoire, une stèle qui porte son nom a été construite par la mairie de Yaoundé 5, même comme l’espace, autrefois insalubre est jugé par certains indigne de servir à commémorer le souvenir du “bâtisseur”. André Fouda avait laissé une grande famille, qui semble hélas ne pas être soucieuse de la mémoire de leur géniteur, elle qui est devant les tribunaux pour les conflits de succession. Le super maire de la ville de Yaoundé en effet, a laissé derrière lui un important patrimoine au sujet duquel sa progéniture à de la peine à s’entendre.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *