Figure : Amobé Mévégué, le don de soi pour l’Afrique

Piqué par le virus de l’identité nègre, il en était influencé dans ses faits et gestes, avec une « Afrique qui  bouge » comme rêve. Il s’en est allé trop tôt hélas

Ses parents l’ont prénommé Alain à sa naissance, il a plus tard préféré celui d’Amobé, pour rester dans une démarche identitaire africaine dans l’ensemble, et camerounaise en particulier. Son changement de nom n’avait rien d’un caprice de star, mais traduisait pour lui un retour à l’authenticité africaine, aux sources de la culture qu’il faut maîtriser et contrôler pour jouer sa partition dans le monde. Pas question pour lui d’afficher les clichés occidentaux pour paraître, quoiqu’ayant grandi parmi les blancs, il savait qu’il n’en était pas un et ne le regrettait pas d’ailleurs. Je suis fier d’être africain, ne cessait de le dire  haut et fort,  Amobé Mévégué. Dans une de ses multiples interviewes, il s’est lui-même défini en juin 2004 au journaliste David Cadasse du média en ligne Afrik.com : « Je suis le produit du colonialisme. Je suis né au Cameroun et je suis venu en France à l’âge de cinq ans. Il n’y a aucune différence entre moi et un cousin de la Caraïbe francophone. Qu’il en ait conscience ou pas. Quand je suis arrivé en France, je ne parlais pas de langues africaines. J’ai vraiment épousé la  francitude . J’ai consommé du Michel Delpeche, du Mike Brant etc. J’étais voué à être un assimilé total mais j’ai fait le chemin inverse. Car au fur et à mesure je sentais que ce n’était presque pas naturel que je sois là (en France, ndlr). L’Afrique m’a rattrapé. J’ai reconstitué un corpus culturel africain en apprenant ma langue maternelle. Avec mon expérience professionnelle et avec ce que j’ai éprouvé en France, je me suis vraiment replongé dans l’Afrique. »

Valoriser la diaspora africaine

Né en 1968 au Cameroun, Amobé Mévégué arrive en France à l’âge de cinq ans, où il fait sa scolarité. Titulaire d’un diplôme d’études universitaires général de communication et d’une licence d’études cinématographiques, il poursuit sa formation au Conservatoire libre du cinéma français de Paris. Dès le milieu des années 80, il fait figure de pionnier en prenant part à l’aventure de Tabala FM, première radio africaine établie en France. C’est là qu’il déploie sa passion pour le journalisme essentiellement autour des questions de développement durable. Sollicité pour produire une émission culturelle à Radio France internationale, il propose le nom de Plein Sud, tout un concept. L’émission démarre en 1994, et pendant 16 ans, elle est au service de la culture africaine à travers des concerts live, des invités, des reportages, un véritable voyage au cœur d’une planète qui «bouge», comme il aimait à le dire. L’émission s’est achevée le 4 juin 2010. Son parcours dans le monde des médias et du showbiz est dense et diversifié.

J’étais voué à être un assimilé total mais j’ai fait le chemin inverse. Car au fur et à mesure je sentais que ce n’était presque pas naturel que je sois là (en France). L’Afrique m’a rattrapé. J’ai reconstitué un corpus culturel africain en apprenant ma langue maternelle. Avec mon expérience professionnelle et avec ce que j’ai éprouvé en France, je me suis vraiment replongé dans l’Afrique.

En 1996, en parallèle à ses activités chez RFI, il coproduit Africa Musica, le premier hit-parade des musiques africaines,  émission est diffusée sur le réseau des chaînes de télévisions nationales d’une trentaine de pays d’Afrique grâce à Canal France Internationale. En 1998, sur Mcm Africa, il invente avec Myriam Seurat le premier talk-show quotidien de la diversité. Deux ans après, en 2000, il crée le magazine de presse écrite Afrobiz  ainsi que le site associé Afrobiz.com. Dès l’an 2002, et pendant quatre saisons sur Tv5 Monde, pour l’émission Acoustic, il reçoit sur son plateau les plus grands noms de la musique internationale. Depuis 2010, il anime le journal de la culture musique de la chaîne d’information internationale France 24. Dirigeant de média depuis la création du magazine Afrobiz, il était finalement à la tête de la chaîne de télévision panafricaine Ubiznews dont il était fondateur. Durant de longues années, par son engagement il avait soutenu et promu de nombreuses initiatives en Afrique et dans la Caraïbe. Dès 1992, il crée l’association Paz une tune en créationau sein de laquelle il impulse de nombreux projets à vocation culturelle et sociale. Cet engagement se concrétise notamment par la création en 2004 de FAMOUS, le festival afro-asiatique des œuvres universelles de solidarité. Cette association qui a changé de dénomination, est désormais intitulée l’académie du plus beau rêve africain AMOBADAY, qui signifie Amobé Most Beautiful African Dream Academy for the Youth. Son but étant de réaliser les rêves des porteurs de projets.

Africain

Partout Amobé Mévégué allait, il traînait l’Afrique avec lui, en commençant par son nom, car disait-il : « Pour moi, c’est quelque chose d’important un nom. Il a une charge émotive et une charge historique. C’est la mémoire et le miroir de l’âme. Je trouve insensé que les gens puissent s’offusquer du fait que je revendique un héritage qui existe. Je suis fier d’être Africain ». Et il expliquait alors au journaliste de afrik.com le choix de Amobé comme prénom à la place d’Alain en ces termes : « J’ai fait une démarche. Chez nous (au Cameroun, ndlr) la filiation est patriarcale. Je porte le nom de mon père qui a apposé en plus celui de mon oncle. Mévégué Ongodo. Pour créer le prénom Amobé, j’ai fait une anagramme de tous mes patronymes. A de Alain, pour respecter le choix de ma mère, M de Mévégué, O pour Ongondo et B pour Bineli, le nom de mon grand-père. » Ce grand-père dont il a visité les terres pour la dernière en septembre 2021. De retour d’un voyage au Cameroun en effet, il s’est éteint à Paris le 8 septembre 2021, victime d’un paludisme, il avait 53 ans.

Pour moi, c’est quelque chose d’important un nom. Il a une charge émotive et une charge historique. C’est la mémoire et le miroir de l’âme. Je trouve insensé que les gens puissent s’offusquer du fait que je revendique un héritage qui existe. Je suis fier d’être Africain

L’homme qui s’en est ainsi allé, avait en définitive l’Afrique de ses ancêtres dans le sang, il l’incarne dans sa chair, cela se voyait sur sa peau, l’Afrique transpirait dans sa voix, l’Afrique guidait ses actions et se matérialisait dans ses œuvres. C’est à juste titre que Laurent MBagbo, l’ex président ivoirien et ex prisonnier de la Haye pour son amour aussi pour l’Afrique, lui  fait cet hommage : « Ce digne enfant du continent africain était profondément engagé pour une Afrique fière et forte, ainsi que dans plusieurs projets dans les Caraïbes. Durant toute sa vie, il a œuvré discrètement et efficacement pour le continent. Il a tant donné sans rien attendre en retour. Il était le visage d’une jeunesse engagée, dynamique et fraternelle…Ton départ, Amobé, me rappelle comme une évidence que nous sommes bien peu de choses, et que l’horloge de la vie peut paraître injuste. On dit que la mort est une surprise que fait l’inconcevable au concevable. Quelle  cruelle surprise ! Repose en paix mon très cher Amobé, que la terre de nos ancêtres te soit légère. Il restera de toi tout ce que tu as accompli et donné, merci pour tout »

Roland TSAPI

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