Figure : Abel Kingue, contraint à l’exil définitif

Comme ses camarades leaders de l’Union des populations du Cameroun, il était traqué jours et nuit sur le sol camerounais, contraint à l’exil d’où il ne reviendra plus jamais

Une partie de l’histoire du Cameroun a été sans conteste écrite par Abel Kingue, l’un des leaders de l’Union de population du Cameroun traqués par le régime Ahidjo dans sa quête de ce qui était alors appelé la pacification du pays après l’indépendance. Né au Cameroun, il est enterré en Egypte, décédé après que sa santé se soit dégradée alors qu’il était en mission en Algérie. Le président algérien d’alors, Ahmed Ben Bella, le fit rapatrier dans son avion au Caire, où s’étaient regroupés certains militants de l’Upc en exil. Il y rendit l’âme et fut inhumé sur place.

A la naissance à Fokoue, dans le département de la Menoua, région de l’Ouest, Il s’appelait Abel Kegne. La date officielle de sa venue au monde est de 1924, mais d’autres sources non authentifiées parlent de 10 ans plus tôt, en 1914. Quoi qu’il en soit, il est constant qu’il quitte son village natal à 3 ans, en compagnie de son père qui a osé contester l’autorité du chef, et de ce fait banni. Dans le village voisin, il se décide à y abandonner son père quand il prend un peu de l’âge, et rejoint l’ ami de son géniteur à Dschang. Ici il devient ramasseur de balle au club de tennis. Très tôt, il apprend à développer les capacités internes, caractéristiques propres des sports individuels comme le tennis. Il se fait remarquer au Club, et est inscrit à l’école. Les écrits sont assez vagues sur le bienfaiteur qui détecta ses prédispositions intellectuelles, et sur le nom de l’école où il a fait ses premiers pas. Il est signalé par la suite à Bafang, puis à Nkongsamba avant de se retrouver à l’école des infirmiers d’Ayos, dans la région du centre. On dirait que ses études en infirmerie ne lui seront pas utiles sur le moment. En 1947, Abel Kingué travaille dans un magasin à Douala, où il fait la rencontre d’un certain Robert Ekwalla. Aidé par son instruction, il est en mesure de détecter très vite les violations du droit du travailleur et de les dénoncer. Les deux amis adhèrent à l’Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC), qui dans le contexte de l’époque prédisposait ses adhérents à la politique, et celle qui défendait les intérêts de la classe ouvrière était prônée par l’Union des populations du Cameroun nouvellement crée en 1949, dont il rejoint les rangs en avril 1950. Instruit et moulé à l’action syndicale, il intègre le parti par la grande porte, en entrant dans le comité directeur lors du premier congrès à Dschang. En 1951, à Nkongsamba, il dénonça publiquement les machinations politiques du prince Ndoumbe Douala Manga Bell, démontrant ainsi qu’il avait de grandes compétences d’orateur, de fortes convictions idéologiques et une grande capacité de travail et d’organisation. En septembre 1952, il est réélu vice-président de l’UPC lors de son deuxième congrès à Eséka, en même temps que lui est confié l’organe de communication de l’UPC, la voix du Cameroun, comme rédacteur en chef.

Le 18 avril 1955, son domicile, ainsi que ceux de Ruben Um Nyobé et Jacques Ngom, sont pillés et incendiés à Douala. En campagne d’organisation dans la Sanaga maritime du 23 au 30 mai 1955, il est à nouveau victime d’un attentat à Song Mbengue. L’attentat cette fois est commandité par le nouveau Haut-Commissaire Roland Pré et exécuté sur le terrain par un certain Jacques Bassama, d’après les archives

Traque

Abel Kingue à l’extrême droite

En décembre 1953, celui qui s’appelle désormais Abel Kingue, (le changement de la prononciation de son nom reste un mystère), représente la Jeunesse Démocratique du Cameroun aux Nations unies. Il en était l’un des fondateurs, et son ascension dans le parti l’avait placé dans le viseur de l’armée coloniale française dont la mission prioritaire était désormais de museler ce parti qui réclamait l’indépendance immédiate. A son retour des Nations Unis, il est la cible d’une attaque à Mbouroukou, près de Melong, au cours de laquelle il est grièvement blessé et laissé pour mort. Ses camarades attribuent cet attentat au Haut-commissaire Soucadeaux. L’année suivante, en avril 1954, il est candidat comme député à l’Assemblée territoriale du Cameroun ATCAM, mais malgré sa grande popularité, l’administration coloniale se garde bien de proclamer sa victoire qui est attribuée à un adversaire. Les méthodes d’intimidation se multiplient tout de même contre le parti dont lui, qui est à l’avant-poste de l’organisation des grèves, distribution des tracts et autres actions visant à dénoncer la colonisation et demandant ni plus ni moins l’indépendance. Le 18 avril 1955, son domicile, ainsi que ceux de Ruben Um Nyobé et Jacques Ngom, sont pillés et incendiés à Douala. En campagne d’organisation dans la Sanaga maritime du 23 au 30 mai 1955, il est à nouveau victime d’un attentat à Song Mbengue. L’attentat cette fois est commandité par le nouveau Haut-Commissaire Roland Pré et exécuté sur le terrain par un certain Jacques Bassama, d’après les archives. Alors que deux de ses camarades, Mahop Ma Sende et Bias Bi Nguimbous trouvent la mort, Abel Kingue échappe de justesse et sort de la zone grâce à la protection de la population qui le déguise en femme pour tromper la vigilance des barrages de contrôle des soldats de l’administration coloniale. Le 9 novembre de l‘année suivante en 1956, alors que l’Upc est désormais dissoute depuis le 13 juillet 1955 à la suite des événements du 25 mai de la même année à Douala, il préside une réunion de la jeunesse démocratique du Cameroun à Buéa, quand un commando envoyé du Cameroun oriental par Delaunay l’assaille, le frappe et le laisse pour mort une fois de plus. Désormais les leaders de l’Upc sont réfugiés au Cameroun anglophone, notamment à Buéa, Kumba et Bamenda. Mais en juillet 1957, sous la pression de l’administration coloniale, les autorités britanniques du  Cameroun anglophone les déportent à Khartoum au Soudan, d’où ils se disséminent au Caire en Égypte, à Conakry en Guinée ou à Accra au Ghana.

Exil

Abel Kingue s’installe en Egypte. Au cours d’une réunion des leaders au Ghana en septembre 1962, ils sont interpellés à la suite d’une explosion de bombe sur le lieu de la réunion. Il passera 10 mois en prison avant d’être libéré, mais fait face à des déboires en interne dans le parti. Accusé d’avoir bloqué les fonds  sous son unique contrôle qui devaient alimenter le maquis, il est exclu du comité Révolutionnaire par la 2eme assemblée populaire sous maquis le 25 avril 1963. La même année, il dit sa part de vérité dans une plaquette intitulée « la vérité sur le comité révolutionnaire ». Mais la prison sans soins qu’il avait faite au Ghana avait empiré son état de santé, qui a même évolué au trouble de comportement. 1964, lors d’une mission à Alger, son état se détériore  et sous les bons auspices du président algérien,  il est transporté au Caire où il meurt le 16 avril. Ayant échappé à 3 attentats physiques, aurait-il finalement succombé à un quatrième par empoisonnement, comme Félix Roland Moumié, la vérité reste à faire sur le sujet.

Roland TSAPI 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code