Fêtes : les bénéfices pour les autres

Pendant que les pays africains et occidentaux boivent et dansent à l’occasion de la fête de noël, la Chine en tire le maximum de bénéfices en monopolisant entre autres le marché de fournitures de tous les ornements, sans elle-même reconnaitre cette nativité.

Les dépenses liées aux fêtes de fin d’année sont devenues presque incompressibles pour les familles camerounaises et même des institutions publiques. Les dépenses de nécessité comme celles de l’habillement ou de la nourriture sont gonflées au même moment où les dépenses de plaisir sont créées, pour donner un peu plus de vie au visage, à la maison, à la ville. Pour des contraintes de porte-monnaie, certaines familles sont obligées de se limiter au strict minimum, qui dans ce cas est au moins le sapin ou les guirlandes électriques. D’où viennent ces objets, historiquement et économiquement ?

Historique

Historiquement d’abord, l’arbre aujourd’hui transformé en arbre de noël existait avant la fête chrétienne liée à la naissance du Christ. Les celtes avaient adopté un calendrier basé sur les cycles lunaires. A chaque mois lunaire était associé un arbre, l’epicea fut celui du 24 décembre (jour du solstice d’hiver et de la renaissance du soleil). Pour le rite païen du solstice d’hiver, un arbre symbole de vie était alors décoré avec des fruits, des fleurs et du blé. En 354 après JC, l’Eglise institue la célébration de la naissance du Christ, le 25 décembre, pour rivaliser avec cette fête païenne. Initialement la célébration de Noël se résumait à la messe de la nativité, mais la tradition du sapin de Noël s’est développée avec la Réforme de l’église. Les protestants étant contre la vénération des saints, n’appréciaient pas les santons qui représentaient des personnages bibliques. C’est ainsi qu’ils ont préféré choisir comme symbole de Noël le sapin et cette coutume s’est rapidement répandue dans les pays protestants. Pour la France, le premier sapin serait attesté sur la place Kléber à Strasbourg en 1521. En Allemagne, ce serait à Brême en 1570, à Riga en Suède en 1510. … Au XIX° siècle, le sapin est adopté par la France entière et se répand aussi aux Etats Unis alors que l’Italie et l’Espagne ne l’ont adopté qu’au XX° siècle. C’est seulement après la II° Guerre mondiale que cette coutume se répand aussi en Amérique Latine, et en Afrique. En Angleterre, cette tradition est mise à la mode au 19e siècle quand le Prince Albert, mari de Victoria, rapporta le premier sapin. La plupart des décorations utilisés remontent ainsi à l’ère victorienne : les bougies (majoritairement remplacées par les guirlandes électriques de nos jours), l’étoile en haut du sapin, les bonbons en forme de canne… pour ce qui est des lumières qui brillent sur les sapins, on relève que dans tous les pays du Nord marqués par l’influence scandinave et/ou celte, on place des bougies aux fenêtres au soir du 24 pour guider les visiteurs, en souvenir de l’errance de Marie et Joseph le soir de la Nativité. Plus largement l’illumination des rues, des maisons à l’intérieur comme à l’extérieur fait partie intégrante des fêtes de fin d’année depuis l’invention des guirlandes électriques en 1882 jusqu’aux débauches de décorations nées aux Etats Unis d’amérique, puis importées en Europe et dans le monde entier.

Quoique n’étant concerné ni de par ses traditions ni de par la religion, elle a fait de noël une opportunité économique. Au final, même la famille la plus pauvre au Cameroun ou au bout de la planète se débrouille pour donner de l’argent à la Chine, en achetant la guirlande même la plus moins chère. Cet argent va en Chine, ou à l’extérieur dans tous les cas pour celui qui n’a acheté qu’un kilogramme de riz. On fête ici, pour le bénéfice des autres.

A qui profitent les dépenses ?

La ville de Yiwu en Chine

Economiquement ensuite, le sapin, les guirlandes et autres décorations viennent de Chine. Ce pays qui ne fête pas Noël, et qui ne connaît pas le sapin dans ses traditions a pourtant su en tirer profit. En décembre 2020, le média français Europe 1 dans son émission « Carnets du monde » a fait un reportage à Yiwu, une ville au sud de Shanghai en Chine où sont fabriqués et négociés ces articles qui sont ensuite vendus à travers le monde. Au total, 95% des décorations et des jouets de Noël sont fabriqués en Chine, et la grande majorité, autour de 80% des boules, guirlandes et sapins en plastique qui décorent les salons sont fabriqués dans la ville de Yiwu, devenue le supermarché du Père Noël. Avec ses six millions de mètres carrés et plus de 100.000 boutiques, le marché international de Yiwu est présenté comme une véritable caverne d’Ali baba du made in China, et plus précisément la caverne du Père Noël en fin d‘année. Il faudrait une année complète pour en faire le tour. A une trentaine de minutes de route de ce marché se trouvent les usines, l’une d’elle est décrite comme un « bâtiment gris et sale » où travaillent une dizaine d’ouvrières payées à la pièce, 10 heures par jour. L’atelier est minuscule mais il en existe des milliers dans toute la ville, d’où partent les commandes en direction du monde entier, pour un prix sorti d’usine parfois de 65 francs cfa le sapin. La situation peut ainsi se résumer : en Chine on ne fête pas Noël, on en tire les bénéfices. Pendant que les camerounais se tuent à dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas pour des pacotilles qui deviendront encombrant deux jours après, en chine on se frotte les mains, on engrange les bénéfices pour un noël qu’on ne célèbre même pas ici. L’Empire du milieu se fait ainsi des milliards d’années en années sur l’incrédulité des Africains, et pour revenir leur prêter un peu d’argent. Pendant qu’en Occident, en Afrique, au Cameroun on boit, mange et danse à l’occasion de Noël, en Chine les usines tournent 24h sur 24h. Et le lendemain on se réveillera surpris qu’elle soit devenue la première puissance économique du monde, elle sera même taxée d’envahissante. Que gagne le pays économiquement, aux sortir des fêtes de fin d’années, c’est la question que se posent les dirigeants d’un pays comme la Chine. Quoique n’étant concerné ni de par ses traditions ni de par la religion, elle a fait de noël une opportunité économique. Au final, même la famille la plus pauvre au Cameroun ou au bout de la planète se débrouille pour donner de l’argent à la Chine, en achetant la guirlande même la plus moins chère. Cet argent va en Chine, ou à l’extérieur dans tous les cas pour celui  qui n’a acheté qu’un kilogramme de riz. On fête ici, pour le bénéfice des autres.

Roland TSAPI

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