Fêtes de fin d’année : le défi de la propreté atemporelle

Plus qu’une affaire d’esthétique, la propreté joue un rôle déterminant dans l’affirmation de l’individu en société, et même dans sa rentabilité sur le plan économique. Les pays industrialisés l’ont intégré et en ont fait toute une politique globale, qui n’est pas limitée à des occasions ponctuelles.

La propreté qui n’est devenue une préoccupation qu’à l’occasion des fêtes  en Afrique et au Cameroun, a été érigée en mode de vie ailleurs. Dans les pays industrialisés, les gouvernements en ont fait une politique globale et mis sur pied toute une stratégie qui oblige, sans contraindre, les populations à l’adopter. Un  peu comme celui qui marche dans une rue d’une propreté impeccable, et s’abstient seul de laisser tomber un papier, se sentant obligé de respecter l’environnement dont la propreté s’impose à lui. D’après Geneviève Heller que nous avons précédemment citée, la promotion de la propreté est un instrument central pour les politiques publiques. Elle est de toute évidence à mettre en relation avant tout avec la campagne hygiéniste qui s’est développée avec intensité dans la seconde moitié du XIXe siècle dans les pays industrialisés. Ceux-ci devaient faire face à des fléaux sociaux fortement aggravés par les conditions de surpopulation, à savoir l’augmentation de la population et la concentration des masses laborieuses. Dans pareille contexte, l’insuffisance des conditions d’habitation jointe aux conditions de travail et à la précarité des moyens d’existence prend un caractère pathogène sans précédent. Les épidémies de choléra et de typhus, les ravages de la tuberculose, la mortalité infantile, l’alcoolisme suscitent des préoccupations majeures au centre desquelles se trouve la question du logement et de l’hygiène urbaine.

Mais la campagne d’éducation de la population en matière d’hygiène ne porte pas seulement sur le logement, son aménagement intérieur et l’entretien. Tous les secteurs de la vie domestique sont soumis aux critères de l’hygiène et corrigés, il en est ainsi de l’alimentation, de l’habillement, du soin aux petits enfants, de l’hygiène du corps.

Sauvegarder l’économie

propreté intérieure, gage de prospérité

A ce niveau, le motif d’intervention est d’abord économique, c’est-à-dire que ces fléaux coûtent cher à la collectivité via l’assistance publique et l’incapacité de travailler, et ensuite un réflexe d’autodéfense, car la classe privilégiée elle-même a lieu de craindre la contamination. Concrètement, ce sont ces deux critères qui se révèlent décisifs: on cherche à promouvoir la santé des masses par intérêt tout autant sinon plus que par un égalitarisme naissant qui attribuerait à chaque homme le droit à la santé et au bien-être. L’alimentation en eau saine, l’amélioration du réseau des égouts, l’assainissement de quartiers entiers par démolition, la construction de logements salubres, la mise sur pied d’une police des constructions axée sur des préoccupations hygiéniques, telles sont quelques-unes des mesures caractéristiques de l’hygiène urbaine. On réalise très tôt cependant qu’il faut mener une autre campagne parallèlement à celle des services publics, à savoir une campagne d’éducation de la population. À quoi sert-il, en effet, de construire des logements salubres, si ceux qui les occupent viennent à les rendre malsains par négligence ou par ignorance. Il faut leur apprendre à aérer, à laisser pénétrer le soleil, à entretenir le logement. La propreté est ici un instrument central. La femme gardienne du foyer, est investie d’une mission réformatrice, elle est responsable de la salubrité dans sa maison, elle doit prendre part, à l’échelle familiale, à l’immense tâche d’édification d’une ère nouvelle marquée par l’hygiène scientifique. L’intérieur de la maison est peu à peu entièrement réformé; il est surtout déshabillé, dépouillé, simplifié. Les ornements, les draperies lourdes, les meubles rembourrés, les tapis, les moulures, les corniches, les alcôves, les bibelots, bref, tout ce qui peut accrocher la poussière, gêner les opérations de nettoyage systématique, ce qui ne peut être lavé aisément, tout le « superflu » aux yeux des hygiénistes les plus sévères, est supprimé. On recommande les surfaces lisses, peintes à l’huile, de simples voiles de coton en guise de rideau, le linoléum, le lit métallique. La clarté doit régner à l’intérieur des logements, celle du soleil bien sûr en priorité, et de la lumière; mais aussi une clarté pour ainsi dire formelle qui affiche la propreté, qui appelle la propreté : les parois doivent être claires, les rideaux blancs; la cuisine et la salle de bains, la chambre à coucher, tout au moins le lit, sont dominés par la couleur blanche, celle qui incarne le mieux l’hygiène et la propreté…Un intérieur hygiénique se nettoie plus facilement car tout est organisé de façon rationnelle, et aussi plus souvent et plus parfaitement. Mais la campagne d’éducation de la population en matière d’hygiène ne porte pas seulement sur le logement, son aménagement intérieur et l’entretien. Tous les secteurs de la vie domestique sont soumis aux critères de l’hygiène et corrigés, il en est ainsi de l’alimentation, de l’habillement, du soin aux petits enfants, de l’hygiène du corps.

Propreté et morale

Les arguments moraux restent cependant indissociables de la campagne hygiéniste : la propreté est pour ainsi dire une question de dignité humaine, vis-à-vis de soi-même, des autres, et même de Dieu. Comme il est souvent dit, « la netteté du corps appelle la netteté de l’âme ». L’une entraîne l’autre, et la première est révélatrice de l’autre. On compte également beaucoup sur les conditions physiques, matérielles et leur influence sur le mental et la moralité. C’est un aspect prépondérant de l’initiative pour la construction des logements ouvriers, il faut désormais créer un espace tel qu’il modifie les comportements, éduque, serve d’exemple. De même qu’il est rappelé que l’ordre et la propreté domestiques sont le reflet de la moralité, de la capacité, de l’honnêteté. L’adage dit « l’intérieur de la femme parle d’elle » : le désordre, la saleté et la négligence sont associés à la dépravation, à l’immoralité et à l’irresponsabilité. Au contraire, la tenue exemplaire du ménage est signe de bonheur, de prospérité, de sécurité, et même d’amour ! La santé est protégée, la moralité est sauve. Plus encore, l’humeur, l’énergie jusqu’à la productivité sont conditionnées par la propreté. « L’individu qui s’est lavé, qui s’est débarbouillé, marche d’un pas alerte, le visage frais, l’esprit disponible et peut très réellement produire mieux… et plus vite. »

Roland TSAPI

One Reply to “Fêtes de fin d’année : le défi de la propreté atemporelle”

  1. Vos chroniques nous édifient énormément au quotidien. Je vous félicite pour ce travail énorme
    Les mots pour vous qualités restent à créer car vous êtes un monument M. Roland Tsapi

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