Extrême Nord : le chemin de croix à la recherche d’une goutte d’eau

Cette région reste celle où avoir accès à cette denrée de base est une véritable gageure. Et la situation n’est pas prête de changer

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Dans une vidéo extraite d’une édition de journal d’une chaîne de télévision camerounaise, l’on voit des hommes et des femmes alignés à perte de vue aux côtés des bidons et autres jerricanes, tous divergeant vers un point d’eau. Nous sommes dans le village Diméo, dans l’arrondissement de Mokolo, département du Mayo Tsanaga, région de l’Extrême Nord. Soleil, vent et poussière sont au rendez-vous, mais ces populations tiennent le coup, seul objectif, avoir une goutte d’eau. D’après le reporter, ce seul point d’eau dessert trois villages, confirmé par un habitant qui précise qu’il s’agit des villages Moudal, Sabongari et Diméo. Au total, 338 foyers recensés se servent ici, et une femme du village Sabongari témoigne également qu’il faut se lever à 4h du matin pour espérer rentrer vers 16h avec une goutte d’eau, 22 heures selon une autre, et parfois l’on rentre bredouille. Comme conséquence, les populations dorment sur place, couchées à même le sol malgré le soleil, en attendant leur tour. Au bout de la peine, on peut avoir 3 bidons de 20 litres, à utiliser par toute la famille pendant trois jours, explique une autre dame. Et ici quand on parle de famille il ne s’agit pas de deux personnes ! Une autre femme explique que même l’eau sale qui forme une nappe autour du puits est récupérée pour la lessive, et elle prévient que dans ces conditions elles ne peuvent pas se protéger contre le coronavirus, « comme on dit que chaque fois il faut se laver les mains » dit-elle. Et le reporter de  conclure qu’ici, les femmes ne se souviennent pas à quand remonte leur dernier bain, faute d’eau ou par économie du peu qu’il y a.

Don

Ce forage de Diméo, qui soulage tant bien que mal 368 foyers, sollicité 24h sur 24, est en plus tout récent. Sur sa page facebook, Eau pour tous, une Association à but non lucratif dont la mission est de faciliter l’accès à l’eau potable aux populations du Grand Nord Cameroun, a publié le 31 janvier 2021 une vidéo, accompagné de ce commentaire : « Notre premier forage, votre don aux habitants de Dimeo. Vous avez été nombreux à nous faire confiance et à nous confier votre argent. Nous vous présentons notre premier forage, votre don au Village Diméo. Toute la semaine prochaine, si le Très Haut le permet, nous vous ferons vivre les différentes étapes de la construction de ce forage qui sauvera sans aucun doute de milliers de citoyens camerounais. Nous vous remercions pour la confiance que vous nous accordez et œuvrons bec et ongles à remplir notre mission. » Dans cette vidéo on peut remarquer  une femme en train de se plier en quatre pour remercier un membre de cette association, considéré comme un véritable envoyé de Dieu. C’est dire que sans cette association, ces populations seraient, comme bien d’autres de la région de l’Extrême Nord Cameroun pour ne rester que dans cette localité, dans  des conditions plus graves.

Courant 2018, l’agence japonaise de coopération internationale (Jica) , en partenariat avec le Fonds des Nations unis pour l’enfance Unicef, a construit des forages à motricité humaine dans les villages Dana, Gobo, Polgue, Begue-palam, Guere, Gobio dans le département du Mayo Danay, Amchidé, Zina dans le Logone et Chari, Djouta Bembal dans le Diamare, Kossa et  Limani dans le Mayo Sava, Midivin dans le  Mayo Kani. En même temps, quelques centres de santé bénéficiaient aussi des systèmes photovoltaïques d’approvisionnement en eau potable, sur financement de la Banque Islamique de développement. Toujours des âmes de bonne volonté qui viennent au secours des populations à la recherche de la goutte d’eau, et se disputent les flaques infestes avec le bétail. Pendant ce temps, que fait l’Etat dont l’une des missions est d’assurer le bien-être des populations, d’après la Constitution ? L’excuse facile est souvent que la zone est désertique, comme si dans la partie sud du pays où les fleuves abondent, il y avait de l’eau dans les ménages.

Absence de volonté politique

D’ailleurs, des peuples ne vivent-ils pas dans les pays désertiques avec de l’eau potable ? Il ya 30 ans,  feu Mouammar Kadhafi, ancien chef d’Etat libyen  disait « Nous obligeront l’eau douce à aller là où nous voulons, et cela sur 4000 kilomètres », c’était  au soir du 28 août 1991, à l’inauguration d’un gigantesque projet d’adduction d’eau de son pays constitué à 95% du désert. Le projet s’appelait “la grande rivière”, avec pour but de pomper les réserves d’eau du sud pour irriguer le nord. D’après les géologues qui ont travaillé sur le projet, la nappe d’eau qui s’étend sous la Libye, le Tchad, le Soudan et l’Egypte est inépuisable, elle est suffisante pour les besoins de ces 4 pays sur une période de 4860 ans. Motivé par le seul envi de donner l’eau aux populations, Kadhafi a réalisé ce qui reste à ce jour le plus grand exploit, pour satisfaire un peuple, creuser l’eau et la faire marcher sur 4000 kilomètres pour couler dans les robinets des ménages. Cela a coûté beaucoup d’argent, mais au départ il a fallu la volonté politique, c’est ce qui manque le plus au gouvernement camerounais. Que représente la région de l’Extrême-Nord Cameroun, comparé à la vaste Libye ? L’extrême-Nord serait un vaste jardin bien arrosé si les populations avaient une importance aux yeux des gouvernants.

Et si la volonté manque au niveau global, que font les représentants des populations locales ? Le département du Mayo Tsanaga qui est pris en exemple ici, compte 6 députés, donc 5 du Rassemblement démocratique du peuple camerounais au pouvoir, et un de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès, son allié. Ces derniers roulent dans des voitures payés par ce bas peuple, ont des salaires payés sur le dos de ces derniers, et en plus bénéficient de 8 millions de francs Cfa chaque année pour mener des micros crédits parlementaires en faveur de ces pauvres, mais qu’en font-ils ?  4 millions de francs sont suffisants pour faire un point d’eau et construire une pompe à motricité humaine.  Ça ferait 2 forages par député, soit 12 par an, en 10 ans le département aurait eu 120 points d’eau, répartis dans les 7 communes qui le constituent, soit au moins 17 points d’eau chacune, les populations n’en demandent pas mieux. A chaque élection on présente pourtant cette région, volontairement maintenue dans un état de misère poussée, comme celle qui donne des scores à la russe au parti au pouvoir et à ses alliés, mais qu’ils laissent en retour… mourir de soif. Pourquoi ?

Roland TSAPI

One Reply to “Extrême Nord : le chemin de croix à la recherche d’une goutte d’eau”

  1. On dit souvent que l eau c est la vie. Dans un pays normal c est la première denrée qui devait être disponible pour la population mais si même ça on est incapable de fournir…. Je me demande où allons nous. Les riches s enrichissent sur le dos des pauvres qui a leur tour touche le fond. Dire qu un individu normalement constitué supporte ce régime…

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